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N° 351
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Pour ZB, des volontaires préfèrent la prison à Marseille à la liberté à Khouribga.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Cette semaine, Zakaria Boualem le magnifique s’est passionné pour une affaire particulièrement riche en enseignements. Personne ne sera surpris d’apprendre qu’il s’agit de foot. Ne vous enfuyez pas, il faut être particulièrement bouché (e) pour ne pas admettre que le foot, c’est la vie et que pour chaque situation, il existe une métaphore footballistique qui permet d’y voir plus clair. Bon, cette petite introduction tout en finesse étant faite, voici l’affaire et merci. Un supporteur marseillais du nom de Santos se déplace à Madrid pour soutenir son club qui joue contre l’Atletico. Grosse tension dans les tribunes avec les policiers locaux, petite bagarre et le désormais célèbre Santos se retrouve en prison. La police espagnole est soupçonnée d’avoir abusé de la matraque. Ce n’est pas Zakaria Boualem qui le dit mais l’UEFA, qui condamne l’Atletico à un match à huis clos. ça n’empêche pas la justice espagnole de condamner Santos à trois ans et demi de prison – c’est que le bougre, figurez-vous, dispose de la nationalité espagnole. Grosse colère à Marseille devant l’aspect disproportionné de la peine, mobilisation des supporters, tee-shirts à l’effigie du héros, etc. Certains rappeurs se fendent même d’un morceau à la gloire du Marseillais, très heureux de trouver un sujet un peu original (contrairement à ce qui se passe chez nous, les rappeurs français n’ont pas encore attaqué le filon
du rap patriotique alors ils galèrent pour les paroles, il faut les comprendre les pauvres). Autant dire que le match retour, où les Marseillais accueillent les Madrilènes s’annonce très chaud. Soudain, la justice espagnole, quelques jours après la condamnation et quelques heures avant le match, libère Santos sous caution. celui-ci rentre à Marseille et tout le monde se calme et merci.

Maintenant, la morale de l’histoire. La première, c’est que les Espagnols aussi sont des adeptes du soudain, sans doute un héritage que nous leur avons laissé. Quelques jours après avoir estimé que le type était un dangereux hooligan, on le trouve soudain pas si effrayant que ça. Tous ceux qui ont suivi chez nous le procès des satanistes ou celui du bloggeur irrespectueux reconnaîtront dans cette affaire la patte marocaine. Zakaria Boualem prévient les Espagnols : ça va pour cette fois, mais si vous recommencez, c’est le procès pour plagiat, direct, et merci.

Maintenant, imaginons, même si c’est difficile, que le match qui a dégénéré ait été un brave Khouribga-Marseille, que Santos ait agressé un noble représentant verdâtre des Forces auxiliaires et qu’il ait été emprisonné dans le sijn madani de la cité phosphatière, que Dieu nous en protège. Imaginez les journaux français parler de justice de sous développés, de pays méprisant pour les droits de l’homme, des conditions de détention avec des témoignages exclusifs. Des reportages à la pelle à Khouribga, entre deux sujets sur le pouvoir d’achat. Imaginez un discours de Sarkozy sur le thème “nous ne laisserons pas ce citoyen français là bas” avec l’accent de Rambo 2… Imaginez l’ironie à la libération de Santos : “Héhé, elle est belle l’indépendance de la justice au Maroc, on a bien fait de faire pression, pour qui ils se prennent ?…” Parce que, évidemment, en Espagne, la décision de libérer Santos n’avait rien à voir avec le match retour… Parce que, évidemment, l’Espagne est une démocratie respectueuse des droits de l’homme alors que nous, nous sommes des khorotos. Maintenant, encore plus difficile. Imaginez que cet étrange match Khouribga-OM ait lieu à Marseille et que ce soit un supporter marocain qui ait été emprisonné. Qu’auraient fait les autorités marocaines : rien du tout. “Bien fait pour sa gueule, il n’avait qu’à être poli, le bougre. Vous pouvez le garder tant que vous voulez, et même en prendre d’autres, il y a ici des volontaires qui préfèrent la prison à Marseille à la liberté à Khouribga”. Santos a été rapatrié par avion privé, affrété par l’Olympique de Marseille.

En 2006, un gamin de 11 ans a été tué dans une bousculade lors d’un derby Raja-WAC. Qu’ont fait les deux clubs en hommage à la victime ? Voir plus haut les trois mots en gras…

 
 
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