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Par Ayla Mrabet,
envoyée spéciale à Tanger
Festival. Au bonheur des salles
Le dixième Festival national du film de Tanger concorde avec le cinquantième anniversaire du cinéma marocain. Split screen des salles obscures et de leurs environs.
Ça tourne, à Tanger. Entre le cinéma Roxy et la Cinémathèque, la ville préfère, l'espace de quelques jours, le noir des salles aux lumières racoleuses d'une Espagne trop proche pour être accessible. Samedi dernier, l'écran du Roxy dépoussiérait la première pellicule du cinéma made in Morocco, celle du Fils Maudit de Mohamed Ousfour, datant de |
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1958. Une cérémonie d'ouverture au ton symbolique, comme pour mieux déployer la sarabande de nouveaux courts et longs-métrages de la programmation 2008. Dimanche 14 décembre, entre Izorane de Azlarabe Alaoui Lamharzi et Sellam et Démétan de Mohamed Amine Benamraoui, un long-métrage met de l'animation au cur du cinéma Roxy. Française, film de la réalisatrice Souad El Bouhati, est suivi avec la concentration habituelle du public, jusqu'à la scène qui dérange. Une carte du Maroc fâche, un Sahara pas assez marocain aux frontières, déclenche les huées du public et déloge même les acteurs Rachid El Ouali et Omar Azzouzi de la salle. La carte représentée serait issue d'un manuel de géographie français, d'où le heurt à la dignité de nos patriotes du cinéma. Le débat s'arrêtera aux portes du cinéma et aux discussions privées
Alors que le Roxy projette les films en lice pour la compétition officielle, la Cinémathèque de Tanger, elle, offre une rétrospective des productions locales : dans les images du passé, on retrouve Un Amour à Casablanca de Lagtaâ, Ali Zaoua de Nabil Ayouch, Les yeux secs de Narjiss Nejjar. Et les autres. Forcément. Des séances nostalgie qui reposent les yeux, forcent le respect et l'indulgence, redonnent espoir dans le cinéma marocain, ses inadvertances et ses coups de génie. |
Ecran noir.
In & out
Lundi, début de semaine, cinématographique pour les uns, routine pour les autres. Dans un restaurant où affluent les affamés du grand écran, un serveur court, pose une pizza et débarrasse, prend les commandes en note. L'un des invités du Festival le hèle, lui demandant un Coca et, par curiosité, ce qu'il pense des projections avoisinantes. Le garçon explique qu'il sait vaguement de quoi il s'agit, ah, c'est un festival national, pas de films américains, ah bon, lui n'a pas vraiment le temps, de toute façon, ce n'est pas pour lui, il préfère attendre de les regarder sur nos chaînes nationales, s'il zappe et qu'ils lui tombent dessus. Pendant ce temps, les sièges se remplissent au Roxy pour regarder le film qui valait 3 millions, Tu te souviens d'Adil, de Mohamed Zineddaine. Un long-métrage qui sonne assez juste, traitant d'intégration et d'intégrisme, tourné et joué entre le Maroc et l'Italie. La salle suit, garde le silence, applaudit de temps en temps, se gargarise de la qualité de l'image. Un peu plus tard dans l'après-midi, c'est au tour du controversé long-métrage de Zakia Tahiri, Number One, d'apparaître sur les écrans. Pas vraiment encensé par les critiques, le film hommage aux femmes marocaines (et à leur Moudawana) est brièvement présenté par la réalisatrice. Zakia Tahiri, comme pour donner le ton, s'est adressée à son public, celui des petites gens, modestes et intelligentes, qui lui offrent leur reconnaissance. Et effectivement, les rires et les applaudissements ont ponctué la séance, sur fond de s'hour et de femmes soumises puis respectées. A leur manière. Le débat au lendemain du film est moins lisse que le destin de ses personnages, certains journalistes et même acteurs voulant plus de précisions quant à l'histoire et sa tournure, l'utilisation de la sorcellerie pour arriver aux fins de l'héroïne, etc. Ce qui est sûr, c'est que Zakia Tahiri et son film étaient classés Number One dans les discussions. Les goûts et les couleurs
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Coulisses.
La vie rêvée des stars
Devant les portes de l'hôtel Chellah, où sont logés une grande partie des festivaliers, deux jeunes filles sont adossées au mur. Un invité, insigne presse autour du cou, ne peut s'empêcher de chanter à l'une des filles de son pays comme ses yeux sont jolis. Une flatterie que la demoiselle voudrait monnayer contre un badge
pour ses beaux yeux. Mais les invitations au cinéma ne se font pas à l'il pendant le Festival. Au cur de l'hôtel, Noor, people devant l'éternel, fait les cent pas accrochée à son téléphone, donne une interview, bichonne son image d'actrice, vante les mérites du cinéma marocain. Ce qui a le don d'en agacer certains, mais qui reste, comme elle le revendique, tout à son honneur d'artiste pluridisciplinaire. C'est un peu ça, les coulisses du Festival. Des bises du showbiz, qui passent en coup de vent, se donnent rendez-vous le soir pour une discussion autour d'un repas bien arrosé, soutiennent ou démontent un film, mêlant expériences professionnelles et rencontres humaines à leurs témoignages intra-stars. |
Production nationale.
50 ans et (bientôt) toutes ses dents
Et les cinquante ans du cinéma marocain, dans tout ça ? La réponse ne vient que quand on la cherche, en essayant de brasser les avis et les souvenirs. Le distributeur Najib Benkirane se remémore ce qu'il appelle la réconciliation du film marocain et son public, trêve qu'il place dans les années 90. S'ensuit une peinture quasi historique du cinéma local, avec, comme grand tournant, l'intervention du fonds d'aide, Nouredine Saïl à sa tête. L'avis partagé par le réalisateur et directeur de production Rachid Cheikh, revient aussi sur le nombre croissant de productions locales. Ce que les professionnels du domaine retiennent en général de ce demi-siècle est l'évolution quantitative et qualitative de notre Septième art. Déplorant tout de même, encore et toujours, la concurrence déloyale. Piratage, premier du nom, revient sur toutes les lèvres, même s'il ne touche pas directement au film marocain. Parce qu'il déshabitue les Marocains à aller au cinéma, pour peu qu'une salle soit ouverte. Tous parlent, surtout, du plan d'action du CCM prévu d'ici 2012, qui ferait naître 300 nouvelles salles. Pour Rachid Cheikh, un autre problème reste essentiel: Le cinéma marocain cherche encore son style.
Un film produit et réalisé au Maroc représente-t-il le film marocain? Nous en sommes encore à nous demander s'il faut faire fleurir plus de festivals ou plus de productions. Le Maroc devrait troquer la culture cinématographique contre l'industrie cinématographique. Pour ce qui est de la programmation, on la trouve représentative de l'année, mais pas des cinquante ans de cinéma national. Certains auraient voulu plus de rétrospectives, des tables rondes autour de la toute nouvelle histoire du cinéma, des hommages rendus à ceux qui l'ont bâti, une exposition des anciennes affiches, etc. Enfin. Les projections passent le temps, et les frustrations se dissipent, remplacées par une curiosité patiemment contenue. Sur toutes les lèvres, un film attise, couve son mystère, suscite les controverses avant même d'être projeté. La torpille Casanegra, de Noureddine Lakhmari, qui a déjà raflé deux prix au Festival de Dubaï, ceux de la meilleure image et de la meilleure interprétation masculine, marquera sans doute le cinquantenaire du film marocain. |
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