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Par Rozenn Salicé-Kadiri
Tanger. Le business de lart
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Alexis Mangez et Omar Salhi,
les deux fondateurs de Tanger
Auction, dernière-née des maisons
de ventes aux enchères marocaines.
(DR)
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Une maison de ventes aux enchères ouvre dans la ville du Détroit. De quoi redonner à l'art tangérois son lustre d'antan.
Dans le petit local aux murs rouge carmin du quartier Val Fleuri de Tanger, la pression monte pour Omar Salhi et Alexis Mangez. Et pour cause. Dans quelques semaines, ce sera le grand jour pour les deux jeunes créateurs de Tanger Auction, la dernière-née des maisons de ventes aux enchères marocaines. Le marteau résonnera pour la première fois le 24 janvier à l'hôtel Mövenpick. Entre peintures |
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orientalistes, marocaines et art moderne, les passionnés retrouveront à cette occasion une palette de grands noms. La part belle sera faite aux artistes du Nord, à l'image des Tangérois Mohamed Hamri et Antonio Fuentes, de Mariano Bertuchi, le fondateur de l'Ecole des Beaux-Arts de Tétouan, ou encore de l'inclassable et incontournable Mohamed Drissi. C'est plus angoissant qu'un mariage, plaisante Omar Salhi, également propriétaire de la Medina Art Gallery qui se trouve à deux pas. Ce sera surtout une première dans l'histoire de Tanger !, surenchérit Alexis Mangez, lui-même fils et petit-fils d'artistes.
Les meilleurs clients, des Marocains
En s'installant dans la ville du Détroit, les deux associés savent qu'ils possèdent un atout de poids. Les habitants du Nord n'auront plus besoin de se déplacer pour suivre les ventes à Casablanca. D'autant que 90% des uvres cédées aux enchères au Maroc viennent de Tanger et que les tableaux ont toujours plus de valeur lorsqu'ils sont vendus là où ils ont été créés, explique Alexis Mangez. Cette maison était attendue depuis longtemps. Elle va permettre de donner une vraie place au marché de l'art dans la ville, justifie Omar Salhi, sans perdre de vue l'autre objectif que s'est fixé Tanger Auction, à savoir la promotion de jeunes peintres. Une situation commerciale stratégique donc, mais aussi hautement symbolique. Tanger est LA ville incontestable de l'art dans le royaume. Les artistes ont toujours été fascinés par sa lumière. Delacroix, Matisse
tous les grands sont passés par là. L'école des Beaux-Arts de Tétouan n'est pas loin non plus, insiste Alexis Mangez.
Tanger Auction est aussi le fruit d'une passion commune pour la peinture et d'une amitié entre les deux hommes. Il y a cinq ans, Alexis faisait la connaissance de Omar, tandis qu'il travaillait au développement de la zone franche de Tanger. Et depuis le retour du Français au Maroc cette année, les deux compères n'ont pas perdu leur temps. Lancement officiel de leur société en septembre, sélection des lots, publication du catalogue le 20 décembre, mailing à quelque 2 000 contacts... les choses n'ont pas traîné. Grâce à l'expérience de Omar Sahli auprès des marchands et collectionneurs, les deux associés ont plutôt l'embarras du choix. Sur 300 uvres, ils en ont retenu 140. Avec pour principaux critères la qualité bien sûr, sans oublier le prix. De 1 000 à 300 000 DH pour le plus coté, un Gharbaoui. Mais il devrait y en avoir pour toutes les bourses. Les gens connaissent globalement la valeur de leur bien. On voit très peu de personnes venir frapper à notre porte avec un tableau sous le bras pour nous demander combien il vaut !, précise Alexis en souriant. Les étrangers étaient les seuls à acheter il y a encore quelques années. Toutefois, aujourd'hui les meilleurs clients sont marocains, fait remarquer le galeriste.
La chasse aux Bacon, Delacroix, Matisse & co
C'est d'ailleurs cette émergence d'un véritable marché de l'art dans le royaume qui a poussé le commissaire-priseur parisien, Maître Claude Boisgirard, dont Tanger Auction s'est alloué les services en gage de crédibilité, à traverser la Méditerranée pour venir mener ces enchères. Maître Boisgirard a tout de suite été emballé. Il est extrêmement optimiste pour le Maroc. Car si le marché de l'art est fait à Paris, il reste à faire ici, assure le jeune Français. Les fondateurs de Tanger Auction en sont persuadés : malgré la morosité financière ambiante, leur petite entreprise ne connaîtra pas la crise. L'art est une valeur sûre, voire refuge, quand les Bourses et l'immobilier plongent. Les Marocains l'ont bien compris. Si au début certains achetaient pour acheter, on a maintenant affaire à de fins connaisseurs qui se font l'il en fréquentant les galeries d'art et savent choisir, analyse Alexis Mangez, tout en soulignant que le plus fastidieux demeure de trouver les tableaux car ils circulent énormément. On peut les voir à Londres, à New York puis à Casablanca. Pour évacuer leur stress avant l'ultime montée d'adrénaline, les deux collègues s'attellent déjà à leur seconde vente, qui aura lieu le 21 mars. Il faut toujours avoir un train d'avance dans ce métier. Et de se prendre à rêver : A Tanger, il y a encore des Francis Bacon accrochés aux murs chez des particuliers ! Si seulement, un jour, on pouvait les rassembler pour une vente aux enchères avec des Delacroix, Matisse
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Zoom.
De Casablanca et Marrakech
Avec la dernière née Tanger Auction, le Maroc compte désormais six maisons de ventes aux enchères. Cinq autres structures - quatre à Casablanca et une à Marrakech - ont en effet déjà vu le jour depuis l'essor du marché de l'art dans le royaume au début des années 2000. Première à se lancer à Casa, la CMOOA (Compagnie marocaine des uvres et objets d'art) a été créée en 2002. Dotée d'un hôtel de ventes depuis 2004, elle propose trois à quatre événements par an, avec une place importante accordée aux peintres orientalistes mais aussi à l'art contemporain et islamique. Lui ont emboîté le pas, toujours à Casablanca et sur le même créneau des artistes marocains et orientalistes, Eldon et Choukri, MémoArts, puis il y a deux ans Marauction en partenariat avec la galerie Athar. Plus récemment, fondée en 2007 à Marrakech par des Marocains de retour au pays après vingt ans d'expérience au Royaume-Uni, British Home fait quant à elle figure de maison de ventes aux enchères à l'anglaise. On s'intéresse à toutes les antiquités en général. Nous pouvons aussi bien proposer des meubles victoriens que des objets d'art iraniens ou des céramiques, confie son directeur avec un accent so british.
Collectionneurs et amateurs d'art ne devraient en ce sens plus savoir où donner de la tête ce week-end puisque pas moins de trois ventes aux enchères sont organisées en deux jours. La CMOOA donnera le la ce samedi 20 décembre dans la ville ocre avec des Gharbaoui et Majorelle entre autres signatures. Même jour, même lieu, place à l'art contemporain avec des photos, sculptures et peintures présentées par British Home dans le cadre de la première Biennale de Marrakech. Le lendemain, dimanche 21 et à Casablanca cette fois, MémoArts mettra pour sa part aux enchères une centaine de livres, bijoux et tableaux parmi lesquels des El Glaoui, Endres et Mantel.
(Exposition les 22 et 23 janvier. Vente aux enchères
le 24 janvier, à l'hôtel Mövenpick à Tanger.
Catalogue disponible sur le site www.tangerauction.com)
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