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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Amine Bouchiba

Expo. Appelez-moi Hossein

Hossein Talal a commencé
à peindre à 25 ans. (DR)

Longtemps à l'ombre de sa mère, Chaïbia, Talal dévoile ses nouvelles toiles aux personnages de cirque, marque de fabrique de l'une des plus grandes figures de l'art contemporain marocain.


On disait Hossein Talal entièrement dévoué à la promotion de la carrière de sa mère, feue Chaïbia, figure emblématique de la peinture contemporaine marocaine. Tellement occupé à l'ombre d'une génitrice célèbre, qu'il a remisé toiles, pinceaux et brosses pendant un quart de
siècle au risque de se faire oublier par le grand public. Libéré du devoir filial, après le décès de Chaïbia en 2004, Hossein est de retour avec une exposition spectaculaire à la galerie casablancaise MémoArts. Une cinquantaine de toiles pour un même personnage d'une grande beauté, décliné à l'infini et qui nous plonge dans un univers étrange de personnages de cirque, une atmosphère féerique de fête foraine et de théâtre fantastique. Pionnier du mouvement pictural marocain, Hossein Talal -on l'oublie souvent- a commencé à peindre bien avant sa mère. Dans les années 60, il connaît déjà la consécration à l'âge de 25 ans. L'écrivain et critique d'art Jean Bouret le décrit, en 1967, comme l’un des meilleurs peintres marocains qui soient et compare ses œuvres à l'univers préromantique de William Blake, poète et peintre visionnaire du XVIII° siècle.

L'époque sied parfaitement à l'œuvre de Talal, puisque Alain Flamand, à qui on doit le premier ouvrage consacré à la peinture marocaine, parle ainsi de lui : “S'il avait été possible que Talal choisisse son siècle de peinture et son école, son choix se serait porté sur le XVIIIème siècle et sur Venise”. Hossein Talal est pourtant bien de son temps. Ses toiles à la frontière du figuratif sont, pour reprendre Jean Bouret, à mille lieues de ce qui se fait – ou se faisait déjà dans les années 60- dans le milieu artistique à Casablanca, Rabat ou Marrakech. Relevant plutôt de ce qu'on nomme “la nouvelle figuration”, les toiles de Talal rencontrent très tôt un vif succès notamment à Paris. Il y rencontre Ahmed Cherkaoui, déjà habitué des galeries de la capitale française, qui l'introduit dans le milieu très select de la société artistique parisienne. Hossein aurait eu coutume de dire “désormais nous sommes deux à Paris”. Grâce à son mentor, Talal accroche ses toiles pour la première fois à Paris sur les cimaises de la galerie la Roue. Des personnages de cirque angoissés, à la gueule enfarinée, au regard triste et aux membres désarticulés. Le tout dans toutes les teintes de gris.

Génie autodidacte et analphabète
L'emballement immédiat des critiques d'art lui promet une belle carrière internationale. Entre-temps, à l'issue d'une visite du critique d'art et ami intime de Cherkaoui, Jean Clarence Lambert, au domicile de Talal, le monde découvre sa mère Chaïbia. Un autre critique français, Pierre Gaudibert, prend le relais et la fait participer au Salon des “surindépendants” au musée d'Art moderne de Paris et l'expose à la galerie Solstice en 1966. Elle ne peint que depuis un an, mais très vite elle devient le peintre marocain le plus vendu à l'étranger. Le monde est fasciné par ce génie autodidacte et analphabète. Coloriste de grand talent, son œuvre, intuitive et sensorielle, est souvent apparentée au mouvement Cobra. On rapporte que Chaïbia a subjugué l'un des initiateurs du mouvement Cobra, Guillaume Corneille lui-même, et qu'il se serait mis à genoux pour admirer ses tableaux.

Du jour au lendemain, Talal ne s’est plus occupé que de la promotion et de la diffusion de l’œuvre de sa mère, au détriment de sa propre carrière. Cette reconversion ne l'éloigne pas du tout du milieu artistique. Dans les années 70, Talal, résidant désormais à Casablanca, est l'une des figures les plus mondaines de la ville. Il mène une vie intense, tient salon, reçoit beaucoup. Dans son atelier aux allures de théâtre baroque, où s'entassent toutes sortes d'objets, on joue du piano, on déclame des vers... Une foule cosmopolite se presse chez lui, quand il n'est pas de sortie. Une décennie plus tard, en 1982, il ouvre la galerie Alif Ba, en plein cœur de Casablanca, rue Omar Slaoui. La galerie chargée d'âme, reprenant la même ambiance que celle de son atelier, a exposé de nombreux artistes de renom aux niveaux national et international. Elle a été également l'une des premières à promouvoir l’art au Maroc. Talal y détient des documents et pièces de grande valeur qui constituent des pages de l’histoire marocaine de l’art contemporain. Aujourd'hui, le dandy, qui s'est assagi, aime toujours recevoir ses amis dans ce lieu. Ses toiles, qui gardent la même profondeur, la même innocence, la même générosité, que ses personnages clownesques d'antan, sont d'une étonnante actualité. Comme s'il était besoin de prouver que Talal était et restera, l'une des figures les plus marquante de la peinture marocaine.

Talal expose à Mémo Arts, Casablanca.

 
 
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