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Par Karim Boukhari
Sortie. Les frères Lumière
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Attention, Ces deux-là font
du cinéma comme personne. (AFP)
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Après lexceptionnel No country for old men, les frères Coen retournent à la comédie et continuent leur exploration de la face obscure, un peu débile, du cerveau humain. Jubilatoire.
Quand un homme boit trop, il est possible quil déprime. Et quand il déprime, il est possible quil travaille à la CIA. Cela peut faire très, très mal. Alors gare aux dégâts. Cest un peu cela la devise du nouveau film des Coen Brothers. John Malkovitch est donc agent secret. Il boit et ildéprime. Sa femme le trompe et ses patrons le virent. Alors il écrit. |
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Tout. Sa confession, forcément bourrée de choses secrètes, échoue par hasard chez un duo dagents
sportifs. Brad Pitt et Frances McDormand, qui récupèrent le précieux objet, sont moniteurs dans une salle de sports gérée par un ancien prêtre. Lui est un débile profond, elle aussi. Les deux rêvent dargent, surtout elle, qui a besoin deffectuer quatre sérieux reliftings pour remodeler son corps au goût de ses dragueurs potentiels, de préférence sur le Net. Cest parti pour une longue partie de coucheries, de tromperies, de crimes accidentels et de quiproquos en tous genres.
Bienvenue dans le monde loufoque, borderline, creux et tellement compliqué à lintérieur, de Joel et Ethan Coen. Burn after reading, qui pourrait être traduit par quelque chose comme A lire et à brûler, sinscrit en droite continuation de films comme Arizona junior, O Brother, Le Grand saut, ou Intolérable cruauté. Moins inspirée que les deux premiers, plus enlevée que les deux autres, cest une comédie salée, grinçante, affreusement cynique. Les Coen et leurs acteurs samusent en faisant du grand art. Comme dab. Ici, ils sen prennent, une fois de plus, aux histoires de couples qui se déchirent (bonjour Fargo), aux règlements de comptes par avocats interposés (coucou Intolérable cruauté), mais aussi au désarroi dun homme angoissé à lidée de réfléchir et décrire (comme Barton Fink), sans oublier les dérives crapuleuses (Blood simple), les méprises profondes (Big Lebowski) et tous ces crimes à lhorreur comique (Millers crossing et Lady killers). Un véritable jeu de massacre.
Un monde fou, fou
Si vous avez, en cinéphiles normalement constitués, joui du traitement réservé par les frères Coen au monde flamboyant des producteurs de cinéma dans Barton Fink, préparez-vous, avec Burn after reading, à jubiler à lidée que les Coen sen prennent cette fois au petit monde dispendieux de la CIA. Oui. Les agents secrets, les spécialistes de lintelligence (toute relative, nous prévient laccroche du film) et tous ces bidules qui nous font tellement peur. Ces gens-là sennuient à mourir, dépriment, effacent les cadavres des autres, ne sont pas regardants quant aux dépenses. Et ils ne comprennent pas le monde, pauvres bougres quils sont, aussi perdus que les cibles quils passent leur vie à traquer.
Comme avec Woody Allen, et plus encore avec le regretté Robert Altman (un très grand, celui-là), les stars hollywoodiennes sont comme transformées une fois passées entre les mains des Coen Brothers. Elles oublient leurs caprices, leurs cachets, leur paranoïa. Et plongent, de bon cur, dans lart de lauto dérision. Il faut voir comment un Brad Pitt se joue de son image, en maître-chanteur plus débile que la moyenne mondiale. Il faut voir George Clooney, habitué des Coen, se moquer de son image de séducteur. Il faut voir Frances McDormand, autre abonnée à la tribu Coen, et ce nouveau-venu de John Malkovitch pour comprendre une vérité toute bête : les stars, avant dêtre stars, sont de bons acteurs. Simplement.
Si No country for old men était un chef duvre, comme Barton Fink, Fargo, Big Lebowski ou encore The Man who wasnt there, Burn after burning est juste un très, très bon film. Ecriture et mise en scène au cordeau, une vraie gâterie cinématographique. Avec la même quête, décidément obsessionnelle chez ces frères-là, de ce que lon peut appeler le démantèlement des ressorts et mécanismes de la débilité contemporaine. Sans rire !
(Burn after reading est actuellement en salle)
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