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Sortie. Les frères Lumière
N° 352
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Sortie. Les frères Lumière

Attention, Ces deux-là font
du cinéma comme personne. (AFP)

Après l’exceptionnel No country for old men, les frères Coen retournent à la comédie et continuent leur exploration de la face obscure, un peu débile, du cerveau humain. Jubilatoire.


Quand un homme boit trop, il est possible qu’il déprime. Et quand il déprime, il est possible qu’il travaille à la CIA. Cela peut faire très, très mal. Alors gare aux dégâts. C’est un peu cela la devise du nouveau film des Coen Brothers. John Malkovitch est donc agent secret. Il boit et ildéprime. Sa femme le trompe et ses patrons le virent. Alors il écrit.
Tout. Sa confession, forcément bourrée de choses secrètes, échoue par hasard chez un duo d’agents…sportifs. Brad Pitt et Frances McDormand, qui récupèrent le précieux objet, sont moniteurs dans une salle de sports gérée par un ancien prêtre. Lui est un débile profond, elle aussi. Les deux rêvent d’argent, surtout elle, qui a besoin d’effectuer quatre sérieux reliftings pour remodeler son corps au goût de ses dragueurs potentiels, de préférence sur le Net. C’est parti pour une longue partie de coucheries, de tromperies, de crimes accidentels et de quiproquos en tous genres.

Bienvenue dans le monde loufoque, borderline, creux et tellement compliqué à l’intérieur, de Joel et Ethan Coen. Burn after reading, qui pourrait être traduit par quelque chose comme A lire et à brûler, s’inscrit en droite continuation de films comme Arizona junior, O Brother, Le Grand saut, ou Intolérable cruauté. Moins inspirée que les deux premiers, plus enlevée que les deux autres, c’est une comédie salée, grinçante, affreusement cynique. Les Coen et leurs acteurs s’amusent en faisant du grand art. Comme dab’. Ici, ils s’en prennent, une fois de plus, aux histoires de couples qui se déchirent (bonjour Fargo), aux règlements de comptes par avocats interposés (coucou Intolérable cruauté), mais aussi au désarroi d’un homme angoissé à l’idée de réfléchir et d’écrire (comme Barton Fink), sans oublier les dérives crapuleuses (Blood simple), les méprises profondes (Big Lebowski) et tous ces crimes à l’horreur comique (Miller’s crossing et Lady killers). Un véritable jeu de massacre.

Un monde fou, fou
Si vous avez, en cinéphiles normalement constitués, joui du traitement réservé par les frères Coen au monde flamboyant des producteurs de cinéma dans Barton Fink, préparez-vous, avec Burn after reading, à jubiler à l’idée que les Coen s’en prennent cette fois au petit monde dispendieux de la CIA. Oui. Les agents secrets, les spécialistes de l’intelligence (toute relative, nous prévient l’accroche du film) et tous ces bidules qui nous font tellement peur. Ces gens-là s’ennuient à mourir, dépriment, effacent les cadavres des autres, ne sont pas regardants quant aux dépenses. Et ils ne comprennent pas le monde, pauvres bougres qu’ils sont, aussi perdus que les cibles qu’ils passent leur vie à traquer.

Comme avec Woody Allen, et plus encore avec le regretté Robert Altman (un très grand, celui-là), les stars hollywoodiennes sont comme transformées une fois passées entre les mains des Coen Brothers. Elles oublient leurs caprices, leurs cachets, leur paranoïa. Et plongent, de bon cœur, dans l’art de l’auto dérision. Il faut voir comment un Brad Pitt se joue de son image, en maître-chanteur plus débile que la moyenne mondiale. Il faut voir George Clooney, habitué des Coen, se moquer de son image de séducteur. Il faut voir Frances McDormand, autre abonnée à la tribu Coen, et ce nouveau-venu de John Malkovitch pour comprendre une vérité toute bête : les stars, avant d’être stars, sont de bons acteurs. Simplement.

Si No country for old men était un chef d’œuvre, comme Barton Fink, Fargo, Big Lebowski ou encore The Man who wasn’t there, Burn after burning est juste un très, très bon film. Ecriture et mise en scène au cordeau, une vraie gâterie cinématographique. Avec la même quête, décidément obsessionnelle chez ces frères-là, de ce que l’on peut appeler le démantèlement des ressorts et mécanismes de la débilité contemporaine. Sans rire !

(“Burn after reading” est actuellement en salle)

 
 
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