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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fédoua Tounassi

Conso. Les fêtes, ça s’arrose

(DR)

Depuis quelques années, Noël et la Saint-Sylvestre sont devenus, à coup de marketing, du pain béni pour de nombreux secteurs. Tour d’horizon.


Fêter, c'est consommer de manière frénétique et à tous les niveaux. La Saint-Valentin, la Fête des mères ou encore Halloween sont devenus au fil des ans une vraie baraka pour les commerçants. C’est en effet pendant ces périodes que certaines activités font leur beurre. Les fêtes de fin d’année, Noël et la Saint Sylvestre, ne font pas exception. Pour
les magasins de cadeaux, de décoration, de prêt-à-porter, les épiceries fines, les chocolatiers ou la grande distribution, les ventes explosent et le chiffre d’affaires avec. Un marketing agressif, des vitrines décorées par des designers et des promotions alléchantes : tous les moyens sont bons pour inciter le client à des habitudes de consommation jusque-là étrangères à la société marocaine.


Chocolat.
Le roi des fêtes

On ne peut pas imaginer de fêtes de fin d’année sans chocolat. Si les particuliers en achètent pour leur propre plaisir, les entreprises le font pour offrir. D’ailleurs, pour les chocolatiers, les fêtes de fin d’année, c’est du pain béni : “Nous faisons une grande partie de notre chiffre d’affaires durant cette période”, déclare, avec un grand sourire, Mme Alami, gérante du chocolatier Millésime. Et cela peut atteindre 70 à 80% du chiffre d’affaires annuel. Les particuliers ne représentent pas le gros de cette manne. Avec une consommation qui ne dépasse par les 300 grammes de chocolat par habitant et par an, les Marocains ne sont pas friands de chocolat (moins que les Tunisiens qui en absorbent 500 grammes).

A contrario, les entreprises font les bonnes affaires des chocolatiers pour récompenser les salariés, fidéliser les clients ou les fournisseurs. “Certaines sociétés n’hésitent pas à débourser des centaines de milliers de dirhams en chocolat”, explique une responsable communication d’une grande banque de la place. Le budget de cette dernière pour 2008 est de 500 000 DH. Avec l’implantation de plusieurs franchisés sur le marché, Jeff De Bruges, Valentino, Patchi, Millésime, Neuhaus... l’offre est devenue large avec une fourchette de prix allant de 550 à 800 DH le kilo et parfois même plus. Un prix que l’on justifie en mettant en avant des droits de douane exorbitants (80,25% taxes comprises) et des frais de transport (avion ou autocar) qui pèsent sur les charges. Ce qui fait les affaires des chocolatiers locaux qui n’importent que la matière première (32,5% de droits de douane), et proposent donc des tarifs presque moitié moins cher. C’est d’ailleurs le cas pour Pralinor qui commercialise le kilo à 380 DH. Parfois le contenant coûte plus cher que le contenu. Coffrets en bois ou en cuivre, ballotins en velours, présentoirs en argent augment le coût du cadeau. Et la facture peut s’élever parfois à 2000 DH la pièce.


Cadeaux d’entreprise.
Ils connaissent bien la crise

“Au-delà du geste d'offrir, l’objectif est de se rappeler au bon souvenir du client ou du fournisseur, de le fidéliser, de le flatter”, explique Amal Hachimi, directrice commerciale d’une société spécialisée dans les cadeaux d’entreprise. Ces dernières poussent comme des champignons depuis quelques années. Et pour cause. Offrir des cadeaux de fin d’année est devenu un geste essentiel pour les sociétés dont l’activité tourne autour du relationnel, à l’instar des télécoms, banques, assurances, laboratoires pharmaceutiques, qui dépensent en marketing promotionnel 10% de leur chiffre d’affaires. “La moitié de ces 10% concerne les cadeaux de fin d’année”, explique le directeur marketing d’un laboratoire pharmaceutique de la place. Pour 2008, cette petite structure dont le personnel ne dépasse pas les 50 employés consacre un budget de 137 000 DH aux cadeaux d’entreprise. Toutefois, cette année les commandes ne se bousculent pas. Si certaines sociétés structurées s’y prennent assez tôt, d’autres ne s’y mettent qu’à la dernière minute.

Le syndrome de la crise financière est passé par là. Selon les professionnels, le marché est en légère baisse cette année. “La conjoncture actuelle incite à plus d’économie en matière de frais généraux”, souligne notre source. Beaucoup ont relativement revu leur budget à la baisse et choisi des cadeaux moins prestigieux. La tendance est actuellement plus aux articles de masse. “Et si des cadeaux VIP comme les toiles sont toujours d’actualité pour les grands patrons, le choix se porte plutôt sur les jeunes talents”, affirme une responsable communication d’une banque nationale. Cette année, ce sont plutôt des objets de décoration intérieure qui ont la cote, des objets zen et au style plus épuré. Même les articles de masse (stylos et petits accessoires de bureau) sont choisis dans des tons pastel et des matières nobles comme le bois. Les multinationales, quant à elles, privilégient les produits artisanaux. La valeur du cadeau reste très variable selon l'article mais aussi selon le budget de l'entreprise. Elle peut aller de 50 DH (stylos, calendriers…) à 1500 DH, voire 10 000 DH (article d'artisanat, toile de peinture…). Et ce même si le fisc impose des restrictions pour contrôler et freiner d'éventuelles largesses. En effet, pour que l’entreprise puisse déduire le cadeau de son bénéfice imposable, il doit être estampillé de son logo et sa valeur unitaire ne doit pas dépasser 100 DH.


Décoration.
Mon beau sapin

L’arbre de Noël est devenu aussi un élément de fête indispensable. Et, surprise ! Ce ne sont pas seulement les expatriés qui décorent leur maison. Plusieurs foyers de Marocains musulmans arborent des décorations. “C’est plus pour les enfants que pour les adultes”, se justifie Karima en choisissant son sapin au marché du Maârif, quartier commercial de Casablanca. “C’est une habitude qui existait dans les années 70 mais qui a disparu avec le temps”, explique, pour sa part, Ahmed, vendeur de légumes, qui troque ses tomates et ses aubergines pour des sapins le temps des fêtes. Et il y en a pour toutes les bourses. “Les petits sont vendus à 100 DH et les grands à 300 DH”, précise Ahmed. D’autres magasins proposent des sapins en plastique à un prix variant entre 150 et 300 DH, décoration incluse. Guirlandes et autres boules lumineuses ne sont pas en reste. On en trouve un peu partout et à tous les prix (de 50 à 150 DH la boîte de six). Que ce soit à Alpha 55, Kitéa géant, Marjane, Acima ou encore Label Vie, des rayons entiers sont envahis par les décorations.


Alimentation.
Péché de gourmandise

Si les fêtes de fin d’année sont synonymes de chiffre d’affaires pour certains, ils le sont de méga fiesta pour d’autres. Et qui dit mégafiesta, dit méga gueuleton. Foie gras, saumon, huîtres, bûches, alcool... ces produits connaissent un pic de consommation durant les fêtes. Si ces articles étaient il y a quelques années l’apanage d’une certaine élite, leur consommation tend à se démocratiser avec l’arrivée de producteurs nationaux. Commercialisés dans la grande distribution, ils attirent de plus en plus les consommateurs. Les prix s’échelonnent de 300 DH en grande distribution à 1200 DH le kilo en épicerie fine pour le foie gras, et de 70 DH à 300 DH les 100 grammes pour le saumon fumé. “Les habitudes culinaires des Marocains évoluent. Ils veulent découvrir de nouvelles choses et le foie gras en fait partie”, explique un responsable de la Maison du foie gras, premier producteur national. Last but not least, les distributeurs d’alcool se lèchent les babines à l’idée des caisses (d’alcool) qui vont disparaître et d’autres (de monnaie) qui vont se remplir. Le pic de la consommation n’est autre que le 31 décembre. “D’ailleurs, la grande distribution engrange quelque 60% de son chiffre d’affaires annuels grâce aux boissons alcoolisées. La période des fêtes se taille la part du lion dans ce pourcentage”, nous confie le directeur commercial d’un fournisseur d’hypermarchés. Il n’est pas rare que les commerçants connaissent des ruptures de stocks le jour même. Avec la fermeture des magasins autorisés à 20h, ce sont les guerraba (vendeurs clandestins) qui en profitent le plus. “Je me fais en moyenne, bon an mal an, un chiffre d’affaires de 200 000 DH durant les fêtes”, confie Hassan, guerrab, sur le ton de la confidence.


Soirées à thème.
2009 à n’importe quel prix 

Finies les fêtes de fin d'année pépères. Dorénavant, tout le monde veut fêter la Saint-Sylvestre sans se casser la tête. Et ce n’est pas l’offre qui manque : restaurants, bars à tapas, cinq étoiles, etc. Dans les grands hôtels, les packages sont déjà prêts et les premières réservations commencent à tomber. Dîners de gala, tombola, animation et cotillons sont au programme. Et, cette année, la tendance est aux soirées à thème. Au Hyatt Regency, le Disco est à l’honneur avec une formule incluant la soirée et une nuit à l’hôtel. “Pour ceux qui préfèrent les soirées plutôt romantiques, le Café M propose un dîner gastronomique”, explique Alexandra Philippenko de Communication Manager. Le Royal Mansour quant à lui organise une soirée Black & White avec diner gastronomique au prix de 1450 DH. En général, les tarifs varient entre 900 et 2000 DH. Autre exemple, le club Mystic Garden propose une animation latino et un dîner pour 800 DH. Du côté des clubs huppés ou des bars à tapas, les prix varient entre 1000 et 1500 DH par personne pour un dîner et une animation occidentale, marocaine ou orientale. Mais ce n’est pas le prix de la soirée qui fait les affaires des restaurateurs et autres clubs. “C’est plutôt la consommation d’alcool qui gonfle la facture”, avoue le gérant d’un bar à tapas.

 
 
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