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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Ayla Mrabet

“J'ai eu un succès fou auprès des hommes”

Soumaya Naâmane Guessous, sociologue et écrivaine
(AIC PRESS)

Antécédents

1965. Son père est libéré de prison.
1978. Rencontre son futur mari.
83-86. Naissance de ses deux filles.
1987. Publication d'Au-delà de toute pudeur (48 000 exemplaires vendus).
2008. Travaille sur la communication dans le couple, thème de son prochain livre.

Smyet Bak ?
Thami Naâmane.

Smyet Mok ?
Fatima Ghazouani.

Nimiro d'la carte ?
Je ne répondrais pas à cette agression. Ça me rappelle trop de déboires administratifs. J'ai le don de me disputer avec nos fonctionnaires là où je passe, à cause de leur incompétence.

C'est une agression aussi de vous demander votre date de naissance ?
Disons que mon âge varie selon mes humeurs…

Bon. Un flash-back sur Au-delà de toute pudeur,
ça vous va ?

Oui, ça va. Je voulais comprendre ce monde fondé à la fois sur le conformisme et la perversion, qui fait qu'il n'y a ni échange ni affection dans les relations entre les deux sexes. J'ai donc mis mon énergie à questionner hommes et femmes pour récolter leurs témoignages, essayer de comprendre.

Vous réalisiez ce que vous étiez en train de faire ?
A vrai dire, je ne me suis rendu compte de l'ampleur de mon propre travail que lorsque mon éditeur est venu, un exemplaire du livre à la main. Voir ma photo en quatrième de couverture et le titre rouge sur fond blanc m'a donné l'impression d'être dénudée…

Pudique, l'auteur d'Au-delà de toute pudeur ?
J'ai été touchée dans ma pudeur, oui. Je me suis enfermée chez moi, puis il a fallu que j'assume. Quand le livre a commencé à se vendre, certains voulaient juste voir la femme derrière l'ouvrage.

Vous êtes devenue le fantasme de ces messieurs, quoi…
J'avoue, j'ai eu un succès fou auprès des hommes, certains bavaient à mon passage !

Ah ouais, carrément…
Ce qui est sûr, c'est que j'étais au centre des discussions de salon. Certaines femmes, même parmi les intellectuelles, m'en ont voulu de les mettre à nu. Elles me reprochaient mon approche, trop crue à leur goût.

Vous iriez plus loin, aujourd'hui, si c'était à refaire ?
Oui. A l'époque, il y avait encore une certaine inconscience et une grande naïveté. Aujourd'hui, je penserais à donner plus de descriptions, plus de détails sur les zones érogènes de la femme, encore frustrée dans notre société. La plupart se plaignent de l'homme, qui “tire son coup et redescend”, comme elles disent…

Ah, vous comptez écrire un manuel du plaisir féminin ?
En quelque sorte, oui. Vous savez, cette étiquette de spécialiste est parfois source de malentendu. On m'a déjà appelée pour que j'intervienne en tant que “spécialiste du sexe”… Non, le sexe a ses professionnelles. Moi, je suis spécialiste de la sexualité.

A bon entendeur ! Vous pensez quoi de Yasmine, l'actrice X made in Morocco ?
Je la trouve courageuse de braver tous les interdits. Par contre, j'aimerais pouvoir parler à ses parents, discuter avec eux et connaître leur point de vue.

Vous définissez-vous comme féministe ?
Non, parce que l'image est trop cliché au Maroc. Je préfère dire que je suis une militante et une bonne citoyenne. Mon cheval de bataille, c'est l'harmonie entre hommes et femmes.

Et c'est par harmonie que vous avez décidé d'écrire un bouquin avec votre mari ?
(Rires) Absolument ! Grossesse de la honte est né à l'époque où notre benjamine partait étudier à l'étranger. Au lieu d'avoir une maison sans enfants, on a préféré combler le vide. Vous savez, le départ d'un enfant peut détruire un couple.

La religion est-elle un obstacle à l'émancipation des Marocains ?
Il faut arrêter avec cette idée. Ce n'est pas la religion qui régit nos comportements : nous vivons sous le dictat des traditions. La religion, les hommes la ressortent ou s'y réfugient quand ça les arrange.

Vous avez regardé Number One, le film de Zakia Tahiri ?
Oui. Ça ne m'étonne pas que le public apprécie. Il mêle folklore et théâtralité. Mais pour moi, c'est un téléfilm, pas un film à regarder au cinéma.

Et son positionnement pro-Moudawana ?
Ou avez-vous vu une sensibilisation à la Moudawana ? En ressortant, le spectateur n'en sait pas plus sur cette Moudawana citée je ne sais combien de fois. C'est malheureusement très représentatif de cette culture du ouï-dire propre aux Marocains.

 
 
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