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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Rahim Sefrioui

Politique. Elle bouge, elle bouge, la Haraka

Mahjoubi Aherdane ( à g.)
désormais à la tête d’un conseil
de la présidence, la marge de manoeuvre de Mohand Laenser (à d.) devrait augmenter. (TNIOUNI)

Finis les scissions et l'axe amazighité-ruralité, le Mouvement populaire cherche une cohérence politique et annonce : en 2009, il faudra compter avec Mohand Laenser et sa tribu.


Week-end des 13 et 14 décembre. Congrès constitutif de la Jeunesse harakie. Les congressistes initient un virage et imposent le recours aux urnes comme seul et unique mode de désignation aux postes de responsabilité : secrétariat général et comité central. Le secrétaire général du MP, Mohand Laenser, s'en félicite. Mais, dans les rangs du
Mouvement, certains sont perplexes. Car, dans un parti où l'acclamation a toujours été érigée en mode de scrutin, il est pour le moins difficile de bousculer les mentalités. “Nous avons créé un précédent dans l'histoire de la Haraka et le parti doit assumer ses responsabilités, si jamais il est tenté de revenir aux vieilles méthodes”, commente un jeune cadre du MP.

En plus de vernir l'image un peu vieillotte du MP, l'acte de naissance d'une Chabiba en structure unique marque une nouvelle consécration de la fusion de mars 2006 entre les trois composantes de la Haraka (MP, MNP et UD). L'étape étant aujourd'hui franchie, le Mouvement passe aux choses sérieuses en s'attaquant à la mise en place de structures régionales et locales pour préparer les élections communales : un sport où le parti est passé maître. “Là aussi, et comme pour la Chabiba, nous devons prendre garde à bien gérer les différentes sensibilités héritées des trois défuntes composantes”, confie un dirigeant du MP. La responsabilité de préparer et de coordonner ces nouveaux rendez-vous échoit à Ahmed Moussaoui, ancien ministre et membre du bureau politique, plutôt un homme de consensus.

Les communales de 2009 serviront de test sérieux, pour juger de l'état de santé de la famille de Mahjoubi Aherdane, après les désordres nés des suites des dernières législatives. Comme d'habitude, le MP défendra encore et toujours le retour au scrutin uninominal, recette magique qui a la préférence des Harakis, et qui permet de rafler les suffrages du monde rural. “Au fond, et même si les enjeux sont de taille, les communales de 2009 ne sont pas le seul souci du MP, qui appréhende au moins deux autres échéances à venir”, explique un responsable du parti. Notre source fait clairement allusion au congrès national (celui de la confirmation) en 2010 et, surtout, aux élections législatives de 2012, test suprême de la solidité de tout l'édifice, le rendez-vous que la famille harakie ne devra pas manquer si elle veut sortir des rangs de l'opposition pour revenir au bercail du gouvernement de sa majesté.

Alliances, la grande inconnue
Retour au présent. Membre de l'opposition, avec les islamistes du PJD et les libéraux de l'UC, le MP se garde pour le moment de trancher sur la question des alliances. Il traite au cas par cas, barrant le concept des “alliances” et le remplaçant par celui des “coopérations”, selon des thématiques bien précises comme lors de la discussion de la loi des Finances. Au moment où le PAM de Fouad Ali El Himma préparait une alliance parlementaire avec le RNI de Mustapha Mansouri, il était bien question que le deal intègre aussi, dans un deuxième temps, le MP. Le projet, nous explique-t-on, a été finalement abandonné à cause des “tergiversations” des amis de Mohand Laenser, les Harakis étant “désillusionnés” après la piètre performance du PAM lors des élections législatives partielles de septembre dernier. Au sein de l'hémicycle, une dizaine de députés MP ont pris l'initiative de demander à rejoindre le groupe PAM-RNI, nouveau mastodonte parlementaire. Réaction inattendue des deux côtés : El Himma refuse de les prendre…et Laenser les laisse libres de leurs mouvements, tant que le groupe MP peut compter sur une quarantaine d'élus. “Nous ne voulons rien des amis d'El Himma et ils feraient mieux de nous laisser, et laisser la classe politique travailler dans la sérénité”, insiste un jeune responsable du parti. En somme, le MP fait le dur apprentissage de l'opposition en attendant des jours meilleurs. Et en se disant sans doute qu'il reste l'une des principales forces politiques du pays, une alternative (à la gauche, aux islamistes) à laquelle Mohammed VI pourrait toujours faire appel, le jour où il voudrait redistribuer les cartes.

L'amazighité, mais pas seulement
Le MP est-il encore, selon un certain cliché, ce parti berbériste en guerre contre l'hégémonie fassie ? Pour les Harakis, le clivage est largement dépassé. Le parti défend toujours l'amazighité, l'un de ses fondements, mais en se limitant à la constitutionnalisation de la langue. “On dispose d'un bureau politique composé de près de trente personnes, mais où les amazighs se comptent sur les doigts d'une seule main”, répond de son côté Mohamed Ouzzine, jeune membre de ladite instance de décision. Ce qui est sûr, c'est que Mohand Laenser ne cache pas un certain mécontentement de voir les observateurs focalisés sur la “berbérité” de son parti et oublier son identité et sa famille politique, la vraie : celle des libéraux.

Pour réussir le pari de la modernisation, le MP se devait de venir à bout de l'omniprésente tutelle de Mahjoubi Aherdane. C'est presque chose faite. Il y a quelques semaines, l'Amghar a obtenu le conseil de la présidence qu'il revendiquait, et a même eu le luxe de choisir lui-même les membres qui siégeront à ses côtés, tous recrutés parmi les vieux routiers qui ont toujours formé son cercle d'hommes de confiance. Il a demandé un budget de fonctionnement d'un million de dirhams que les siens tardent à approuver, même s’ils finiront probablement par le lui accorder. Officiellement, ce conseil de la présidence devra veiller au respect de la ligne politique du MP et prévenir toute dérive. Aherdane tout occupé à diriger son conseil, c'est autant de champ libre et de marge de manœuvre dont devront hériter Mohand Laenser, son adjoint Mohamed Fadili et les membres du bureau politique, notamment pour décider des grands chantiers : élections, alliances, etc.

Ne l'oublions pas, le vieux MP a les moyens de ses ambitions. Des moyens humains avec de jeunes cadres qui poussent. Mais aussi des moyens financiers conséquents. Aujourd'hui la trésorerie du parti affiche une cagnotte de près de 30 millions de dirhams (provenant de dons et contributions personnelles, essentiellement) contre 15 millions de dirhams avant la fusion, confie un responsable haraki sous le sceau de l'anonymat. Cela peut toujours servir car l'argent n'est pas seulement le nerf de la guerre, mais aussi celui de la politique.



Gouvernement.
Quand le MP a (quand même) dit non

Septembre 2007. Grosse surprise à l'annonce du gouvernement El Fassi : les Harakis, troisièmes au classement des urnes avant l'USFP et l'UC, ne sont pas “de la fête”. Sans trop le faire exprès. La décision de dire “non” à Abbas El Fassi a été prise à l'unanimité des membres du bureau politique, quand ces derniers ont découvert que, à leur insu et à l'insu de leurs bases, Aziz Akhannouch, Nawal El Moutawakil et Amina Benkhadra étaient, un peu malgré eux, des militants harakis. Et qu'à ce titre, ils étaient appelés à assumer des charges ministérielles. Mais voilà que le “non” du MP, qui a refusé d'intégrer le casting gouvernemental concocté pour (plutôt que par) Abbas, change complètement la donne. Les magiciens du cabinet royal ont fait en sorte que les trois ministres sont devenus “bleus”, c'est-à-dire RNI, pour pouvoir intégrer un gouvernement dans lequel le MP n'avait plus sa place. La suite est connue : le Mouvement se morfond un temps avant de rejoindre, résigné, les bancs de l'opposition, puis de se ressaisir, pour réorganiser ses rangs. Et se dire que, si Dieu le veut (et les urnes aussi), tout redeviendra comme avant à partir des communales de 2009 et, surtout, des législatives de 2012. Amen.

 
 
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