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Artistes. 2008 vue par...
N° 353-354
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Artistes. 2008 vue par...

La jeunesse marocaine, en manque
de repères, préfère regarder
ailleurs. (AFP)

Cinq artistes et intellectuels nous écrivent pour décrire, en accéléré, les saillies d’une année riche en événements. Politique, culture et société... tout y est, avec la touche perso en plus.


Mon Maroc intime

Abdellah Taïa Ecrivain, son dernier livre Une mélancolie arabe (Seuil, mars 2008) est un franc succès de librairie

J’ai tout de suite pensé, en apprenant cette histoire, à Médée, l’héroïne mythique grecque immortalisée par la pièce de théâtre d’Euripide. Pour se venger de son mari, le roi Jason, qui la quitte pour épouser une autre femme, Médée tue les deux enfants qu’elle a avec lui en les étouffant contre elle. Et se tue elle-même après. Cela s’est passé au mois de novembre. A Mohammedia. Vers 18h00. Une femme marocaine enceinte et ses trois filles se tuent en se jetant devant un train. Mort violente. Très violente. Suicide collectif qui provoque un choc émotionnel énorme, soulève mille questions, met toute une société face à ses propres mensonges, ses éternelles hypocrisies, et qui… m’a fait pleurer.

Tous responsables
Je suis depuis obsédé par cette femme et ses filles, par ce destin arrêté, par ce geste ultime, le suicide, par cet acte de résistance. De courage. Je me devais d’écrire un peu sur elle. Lui rendre hommage. Qu’elle ne soit pas complètement oubliée, elle et ses filles. Je me devais de rappeler cet événement tragique, et ce qui a poussé cette femme à cette mort. En effet, la veille de cette tragédie, le mari de cette femme avait réussi à ce que celle-ci lui donne, comme l’exige désormais la loi marocaine, la permission de se remarier. Il voulait absolument avoir un garçon. La femme de Mohammedia n’avait donné naissance jusqu’à présent qu’à des filles (le bébé qu’elle portait dans son ventre était également de sexe féminin). Je ne veux être ici ni un procureur ni un donneur de leçons. Ce n’est pas seulement le mari de cette femme qu’il faut pointer du doigt mais tous les hommes du Maroc, pays malheureusement encore très paternaliste, très machiste. L’homme marocain ne veut visiblement pas changer. C’est cela le vrai problème. Le vrai scandale.

Je ne sais que trop bien comment le suicide est considéré en islam et, à partir de là, comment les Marocains (certains Marocains ? la plupart ?) ont jugé la femme de Mohammedia. Une brève visite d’un site Internet où il était question de ce suicide m’a vite donné la nausée et a confirmé mes soupçons : rares étaient ceux qui exprimaient ne serait-ce que de la pitié pour cette femme. Les condamnations pleuvaient sur elle comme la pluie qui n’a cessé de tomber sur le Maroc ces derniers temps. Manque de compassion. Manque d’humanité. ça aussi, c’est un scandale. Le Maroc a vraiment besoin d’une révolution des mentalités. Une révolution réelle, à tous les niveaux, dans toutes les classes sociales. Qu’on en finisse avec ce qui nous pousse à la soumission éternelle. Qu’on aide enfin ce pays et ses citoyens à avoir une vraie pensée libre.

Elle s’appelait Radia
Il y a longtemps, au début des années 80, durant mon enfance à Hay Salam (Salé), un de nos voisins a “fait sortir” du fichier de l’état civil (comme on dit en arabe marocain) sa fille aînée qui, selon lui, l’avait déshonoré en devenant “une pute” et “une droguée”. Autrement dit, il l’avait reniée. Du jour au lendemain, cette jeune femme avait cessé d’exister non seulement pour sa famille mais également pour la loi et pour tout le quartier. Qu’est-elle devenue ? Je me pose encore la question aujourd’hui. Pas de réponse. Et je m’en pose une autre, à laquelle je n’avais pas pensé à l’époque : la loi marocaine autorise-t-elle vraiment un père à “faire sortir” sa fille du fichier de l’état civil, à la renier officiellement ? Quant à la lâcheté des gens autour de moi dans cette affaire, elle me laisse sans voix. Comme seul commentaire, j’entendais dire : “Ce n’est pas notre souk !” Vraiment ? Le reniement de cette fille est devenu en tout cas, et assez vite, une menace lancée, y compris chez moi, à tout moment aux femmes du quartier qui étaient tentées par le démon de la liberté. Cette fille reniée, et que je n’ai jamais revue depuis ce temps-là, portait un très beau prénom : Radia.

Comme dans le film
Quelques jours seulement après le suicide de la femme de Mohammedia, le premier film de l’Anglais Steve McQueen, Hunger, est sorti dans les salles de cinéma en France. C’est simple : c’est le plus beau, le plus fort, le plus politique film de l’année 2008. Son sujet ? La grève de la faim entamée en 1981 par les prisonniers politiques de l’IRA dans la prison de Maze, en Irlande du Nord, afin d’obtenir un statut à part (ils ne voulaient pas être considérés comme des criminels de droit commun).

L’action se passe presque entièrement dans cette prison, théâtre terrible filmé d’une façon extraordinairement poétique, se concentre petit à petit sur le leader du groupe, Bobby Sands, qui sera le premier à commencer la grève de la faim et à en mourir. Hunger est un “chant d’amour”, un très grand film qui prend des risques et qui montre des hommes nus qui résistent par leurs corps. Qui vont jusqu’à la mort pour défendre leurs convictions. Pour choquer, violenter le monde et le changer. La femme de Mohammedia a fait pareil. Voilà les deux événements qui m’ont marqué en 2008, année durant laquelle je n’ai cessé de recevoir des signes alarmants venant de mon Maroc intime.



Appel.
Lettre à un jeune Marocain

Comme beaucoup de jeunes Marocains, j’ai grandi sans modèles… marocains à suivre. Enfant et adolescent je ressentais presque chaque jour que j’étais en dehors du Maroc, que ce pays et son Histoire n’étaient pas à moi aussi. A seulement quatre kilomètres de Rabat, j’étais dans la périphérie, dans l’oubli. Je n’existais pas. En tant qu’Abdellah, individu. Et je ne savais pas vers qui me tourner. Quelle star marocaine imiter. Quel intellectuel engagé admirer. A qui m’identifier. Aujourd’hui, je sais que je n’étais pas seul dans cet isolement. Qui continue. C’est pourquoi j’ai eu cette idée d’un livre collectif qui s’adresse à un jeune Marocain (fille et garçon), un peu sur le modèle de Lettre à un jeune poète de Rainer Maria Rilke. Plusieurs lettres écrites par des écrivains, des intellectuels, des chanteurs, des peintres… pour casser cet isolement du jeune Marocain. L’aider à penser autrement. Autrement. Librement.


Après Casablanca...

Rachid Benzine Ecrivain et politologue, son livre Les Nouveaux penseurs de l’islam (Albin Michel, 2004) reste une référence.

Un attentat peut-il en chasser un autre? Les actes de terrorisme issus de la matrice islamiste font malheureusement partie chaque jour de l'actualité internationale, et nous risquons de finir par nous habituer à cette litanie des morts qu'égrènent radios et télévisions, particulièrement en ce qui concerne l'Irak et le Pakistan, les deux pays où se produisent le plus de tragédies de ce type. Mais en novembre dernier, c'est Bombay, la capitale économique de l'Inde, qui a connu durant trois jours une spectaculaire action terroriste durant laquelle de très jeunes gens (“presque des enfants”, ont dit des témoins) ont semé la mort et la désolation dans deux grands hôtels de luxe, faisant quelque cent soixante morts. Une opération qui aura rappelé douloureusement aux Marocains les attentats du 16 mai 2003 à Casablanca.

Casa-Bombay, même combat
L'immense Inde est malheureusement coutumière des attentats, qu'ils soient le fait de groupes islamistes, hindous, cachemiris, maoïstes, sikhs ou tamouls. Ce pays ne s'est jamais remis de sa partition en deux nations -le Pakistan musulman et l'Inde hindoue- qui a provoqué en 1947 le massacre de centaines de milliers de personnes et le déracinement de millions d'autres. Et la violence est quotidienne au pays de Gandhi, l'inventeur de la non-violence de masse. Ces derniers mois, avant les attaques de Bombay, il y avait déjà eu des attentats islamistes à Delhi en septembre (treize morts) puis dans l'Etat de l'Assam en octobre (quatre-vingts morts).

L'Inde et le Maroc n'ont pas du tout la même histoire. La configuration des populations des deux pays n'est en rien la même. Et cependant, les jeunes gens fanatisés qui ont semé la mort en novembre à Bombay ressemblaient terriblement aux kamikazes à peine plus âgés que nous avons vus à l'œuvre à Casablanca en mai 2003. Dans les deux cas, nous avons eu affaire à de jeunes hommes facilement endoctrinés par des démiurges porteurs d'idéologies de mort à prétention religieuse. De jeunes hommes appartenant généralement à des groupes défavorisés et ne nourrissant aucun espoir quant à leur avenir et à celui de leurs proches. Peut-être Al Qaïda était-elle derrière ces attentats. Mais peut-être pas.

Misère économique et paresse intellectuelle
On prête beaucoup à la florissante entreprise créée par Oussama Ben Laden. Or l'intégrisme et le fanatisme naissent là où il y a de la misère et de l'ignorance, là où il y a trop d'inégalités et de désespérance. Mais ils naissent aussi là où la rhétorique islamiste ne trouve rien pour la contrer. Ni le courage de la pensée, ni le courage des politiques. Car on a vu aussi ailleurs des attentats commis par de jeunes diplômés, des gens de “bonne famille”, des ingénieurs. Cela veut bien dire que la désespérance seule n’explique pas le terrorisme. Il y a aussi le décalage de plus en plus criant entre les réalités des pays du Sud et leur développement, essentiellement touristique, quasi insolent.

Comment combler le hiatus entre un environnement qui pour les Marocains par exemple, se transforme à une vitesse galopante et l’absence d’outils pour l’intégrer, le comprendre ? Ni les médias, ni l’école, ni les discours publics, ni ce que l’on appelle “les cadres sociaux de la connaissance” ne permettent aux Marocains de penser cette irruption d’un ailleurs qu’ils ne connaissent pas mais qui est pourtant dans leur vie ! Misère économique et paresse intellectuelle : voilà bien les deux alliées du terrorisme. Tant que l’on n’aura pas accepté de réfléchir sérieusement et en urgence aux deux, les discours de haine trouveront toujours des oreilles pour les entendre et des bras pour les exécuter. Le courage, intellectuel et politique, se mesurera à notre capacité à poser un cadre qui prenne à bras le corps ces deux défis contemporains.


Politik is dead

Dris Ksikes Homme de théâtre, sa dernière pièce (Houwa) a éclairé le ciel de 2008.

Si la mort de la politique est annoncée depuis belle lurette, plusieurs signaux en 2008 signifient son enterrement. D’un côté, le marketing politique prime, d’un autre côté, les acteurs politiques, capables de tenir tête aux forces dominantes, ne sont plus de taille. Résultat, au Maroc comme à l’international, les dégâts sont perceptibles. Illustrations.

Il a mangé la gauche
Nicolas Sarkozy court-circuite la gauche. Quoiqu’élu en 2007, le président français a démontré, tout au long de 2008, sa capacité à cannibaliser la gauche. En plus de recrutements en masse de profils, longtemps estampillés “gauche caviar” (Bernard Kouchner, Jacques Attali, etc), le nouvel élu à l’Elysée a réussi à ravir à ses adversaires politiques le sobriquet de “président plutôt à gauche”. Serait-il devenu socialiste ? Non. Mais il est si omniprésent et les socialistes si ternes et invisibles qu’il semble occuper tout l’échiquier politique, y compris son aile gauche. Effet d’optique ? Effet de manches ? Peu importe. L’essentiel est qu’il semble avoir de l’effet. Ce n’est plus le sens de l’action politique qui compte mais sa perception. Sarkozy l’a compris, il en joue. Et grâce à des médias, de plus en plus domptés, en jouit.

Bush, version soft
Obama propose une version soft de Bush. L’élection de Barack Obama, c’est un peu comme une montagne qui a accouché d’une souris. L’arrivée au pouvoir de ce démocrate atypique (noir, parents de double confession) exauce, certes, le rêve de Martin Luther King. Mais le profil du gouvernement, frileux, mi-conservateur, mi-modéré, qu’il s’apprête à mettre en place laisse croire qu’il craint le syndrome de John F. Kennedy. A force, il propose “une version soft de Bush”, dirait un ami. Ainsi, les intérêts de la politique américaine ne supportant pas de rupture brutale, les électeurs se contenteront de la rupture symbolique, de couleur, de ton, à la Maison Blanche, mais ne risquent pas de voir de sitôt un réel chamboulement de sa ligne politique. Encore une fois, le marketing (et même le neuro-marketing, utilisé par les conseillers d’Obama) prend le dessus sur le sens. Et l’illusion du changement crée une montagne d’attentes, une énorme excitation et un très mince effet sur la réalité. Celle-ci semble être plus directement connectée à la crise économique qu’à son corollaire politique.

El Himma et les Sans Abri Politique (SAP)
El Himma fait de la communication en guise de politique. Toute chose étant égale par ailleurs, au Maroc, le parti El Himma (Parti de l’authenticité et de la modernité) a constitué en 2008 une vraie attraction de cirque (rappelez-vous, c’est ainsi que Hassan II surnommait le Parlement). Agissant dans un champ décimé, marqué par une grande indifférence populaire (les résultats des élections 2007 le prouvent largement), le parti de l’ami du roi gagne les sièges plus par cooptation que par représentation et multiplie les actes de communication pour ne pas passer inaperçu. Résultat, le fait qu’il existe devient une fin en soi. Peu importe ce que veut dire le slogan paradoxal, “Authenticité et modernité”. Peu importe si c’est un fourre-tout (regroupant des profils de l’ancienne gauche radicale à l’ancienne droite administrative), il arbore la “démocratie” comme cache sexe. Peu importe s’il devient le champion de la transhumance, le PAM passe dorénavant pour le refuge des Sans Abri Politique (SAP). Sauf qu’ils sont si nombreux que le parti grossit artificiellement. Avec du vent, non des voix.


Annus Horribilis

Maati Kabbal Ecrivain et journaliste, son dernier livre Houbbak Ya Dawya (Aïni Bennaï, 2008) est une ode à la sensualité en arabe.

2008 restera pour moi l’année de mon purgatoire sur terre. En effet, suite à une transplantation du foie, je sombrai pendant deux semaines dans un coma profond. A mon réveil, je basculai, sous l’effet de bonnes doses de morphine, dans un délire continu dans lequel je subissais en permanence les attaques d’ombres maléfiques. J’en évoquai les menaces à ceux parmi mes proches et amis qui ont pu me rendre visite. Certains y voyaient le début de ma décrépitude mentale. D’autres, me voyant réduit à une peau calcinée et percée de tubulures et de sondes, annoncèrent ma mort imminente. Pendant mes divagations, les infirmières s’étaient régalées, m’a-t-on dit, lorsque je leur avais annoncé que Carla Bruni allait venir pour m’emmener dîner chez Moha, le célèbre restaurateur à Marrakech !

La liste noire
Après cinq mois d’hospitalisation, je repassai sur le billard à cause d’une éventration. Pendant six mois, j’ai vécu pour ainsi dire, sous l’œil vigile de Sidna Azraïl, qui attendait le moment opportun pour me ravir. Aussi, de 2008, je n’ai connu sereinement et pleinement que les six derniers mois. C’est dans le lit de l’Hôpital Beaujon en région parisienne, dans un moment d’éclaircie furtive, que j’apprenais la disparition de Mohamad Leftah. Un homme aux multiples qualités, discret, joyeux, attachant… et un grand écrivain qui a su capter et restituer à la misère et à la beauté leur parfum d’éternité. Plus proche de nous et aussi plus lancinante que cette première disparition, est la mort du poète Mahmoud Darwish et de l’artiste-peintre Miloud Labied. 2008 a été également ponctuée par des faits marquants, au Maroc et à l’étranger, tout aussi sombres et que je citerai ici pêle-mêle : la condamnation du quotidien Al Massae et de son directeur Rachid Niny (une régression des libertés de la presse), l’affaissement du niveau du sport au Maroc, les accidents de la route, les victimes des incendies à Casa, les carences des autorités face aux inondations et au froid, les attentats de Bombay, la crise financière, l’asphyxie au quotidien des Palestiniens, les ouragans… La liste noire est bien longue.

La couleur de l’espoir
Heureusement qu’il y a eu quelques notes joyeuses qui ont donné des couleurs à notre espoir : les méga et mini-festivals de l’été, le bond touristique au Maroc, les Jeux Olympiques de Pékin, l’élection de Barack Obama, T’sbat Bush, le prix Nobel de littérature attribué à J-M Le Clézio, le prix Goncourt attribué au Franco-afghan Atiq Rahimi… De tous ces hauts faits d’une année, grosso-modo horribilis, je tire une leçon : la vie n’est qu’un élan à rebonds vers la mort et dans son mouvement, il nous faudra mettre de fortes doses d’amour, d’humour, de liberté et d’altérité. En ce moment, Je suis en cours de régénération et je vous souhaite pour 2009 une heureuse année.


Une histoire de nains

Abdelkader Lagtaâ Cinéaste engagé, ses films (Un Amour à Casablanca, Bidawas) sont autant de coups de pied dans le ventre mou de la société traditionnelle.

Non, ce n’est malheureusement pas un roman passionnant qui enrichit notre imaginaire, ni un film novateur qui change notre regard. Ce n’est pas, non plus, une œuvre musicale qui nous prend aux tripes. Ce qui m’a marqué le plus, en 2008, hélas, s’appelle : le psychodrame vécu par les socialistes de l’USFP lors de son dernier congrès. L’observateur lambda que je suis a de plus en plus l’impression, voire la conviction, que l’histoire ne cesse de se répéter sans que cela donne l’occasion à la gauche, pourtant supposée vigilante, de se remettre en cause. Ou, à tout le moins, de ne pas oublier. De tirer les conséquences, surtout, des répressions subies, des compromissions imposées, des humiliations infligées pendant des décennies par un pouvoir qui ne cesse de se renforcer à ses dépens en l’obligeant à composer, à collaborer, voire à se renier, jusqu’à devenir une vulgaire machine de “lutte pour les places”

Le plus dramatique dans l’histoire, c’est qu’en étalant ses divisions et son absence d’imagination, l’USFP est en train de désespérer tous ceux qui se sont bercés d’illusions de la voir répondre à leurs attentes et à leurs espérances. Si la gauche continue à être ainsi atomisée et recroquevillée sur elle-même et sur ses luttes intestines, il serait vain d’attendre d’elle qu’elle contribue à réformer la Constitution et les institutions qui régissent notre vie, à instaurer l’État de droit, la démocratie, la justice sociale, la laïcité et une liberté d’expression sans entraves et sans lignes rouges.

Il ne faut pas continuer à se voiler la face, le Maroc demeure un nain culturel, même par rapport aux pays dits en voie de développement. Par conséquent, sans une politique audacieuse et volontariste au profit de la liberté d’expression et de la création, nous ne réussirons guère à transposer notre réel dans des œuvres originales et impertinentes à même de nous permettre d’oser des récits novateurs pour remettre en cause nos mythes fondateurs et appréhender le monde avec un regard en rupture avec les sentiers battus. Ce que la gauche est supposée considérer comme une priorité vitale si, toutefois, les valeurs de gauche ont encore un sens pour la gauche.
 
 
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