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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Fédoua Tounassi

Conso. Acheter malin

Les friperies sont le lieu idéal
pour s’habiller pas cher. (AFP)

Face à la hausse des prix, de nombreux consommateurs revoient leur caddie, version low-cost. Avec une portion de bons plans et un zeste de débrouille, la facture chute.


Ce que l’on retiendra de 2008, c’est l’inflation galopante. Depuis le début de l’année, l’Indice du coût de la vie (ICV) n’en finit pas de s’emballer. Dernièrement, le HCP (Haut commissariat au plan) a indiqué que l’ICV a clôturé novembre avec une hausse de 3,9% comparé au même mois de l’année précédente. La hausse a concerné aussi bien les
produits alimentaires (+6,5%) que les produits non alimentaires (+1,7%), dans une fourchette allant de 0,3% pour les soins médicaux à 3,3% pour les transports et communications. La flambée du coût de la vie grève le budget des ménages, déjà mis à mal par une succession de hausses des produits de première nécessité en 2007. Quand le pouvoir d’achat est en berne, quand les prix des produits alimentaires de base deviennent fous et que le consommateur a l’impression de s’offrir du parfum en achetant 5 litres d’huile, il réfléchit à deux fois avant de remplir son caddie au petit bonheur la chance. Les habitudes de consommation changent. Il n’est pas rare de voir des clients faire leurs comptes dans les rayons d’hypermarchés avant de passer à la caisse, histoire de réduire l’addition. Le consommateur n’a plus qu’une hantise : faire la chasse aux fausses dépenses, appelées dans le jargon entreprenarial le “cost killing”. Tout le monde se met à la recherche des bonnes affaires, même les plus nantis. Et ils les ont trouvées dans le “low-cost” : une attitude qui préconise tout simplement de généraliser le modèle économique à faible coût à tous les secteurs pour faire des économies. “Je réfléchis à deux fois avant d’acheter n’importe quoi, je compare les prix, j’épluche les promotions, les petites annonces et je fais aussi de la récup’ pour les fringues des enfants ou encore les meubles”, confie sans fausse honte Ahlam, cadre BCBG mère de trois enfants. Avec la traite de la maison, de la voiture, les cours de tennis de l’aîné, l’art plastique de la toute petite, cette mère de famille gagne aussi bien sa vie que son conjoint trouve pourtant des difficultés à boucler ses fins de mois. Ils sont plusieurs ménages dans la même situation à avoir développé un système de consommation low cost. Ils nous expliquent comment on peut s’en sortir en réduisant les coûts.


Habillement et cosmétiques. La mode à tous les prix

Se fringuer à la mode et pour pas cher, c’est possible. Le tout est de dénicher quelques magasins d’usine dans les zones industrielles, que ce soit à Casablanca, Rabat ou Tanger. Plusieurs unités de confection disposent de boutiques à l’intérieur même de l’usine. “Mes costumes me coûtent 30% moins cher que dans les magasins chics du centre-ville”, confie Hassan, cinquantenaire. Autres adresses : les petites boutiques parallèles de prêt-à-porter, qui ont fait leur apparition depuis quelques années. Ces magasins, qui certes ne paient pas de mine, regorgent d'articles de griffes connues et à petits prix (60 à 70% moins chers), sans qu’il s’agisse de contrefaçon. Plusieurs magasins de ce genre existent à Casablanca, Rabat ou encore Tanger. Les sources d'approvisionnement ? Nombreuses, expliquent-ils.

La majorité d'entre eux dispose, en effet, de contacts fiables au sein des usines marocaines de textile. “Il peut s'agir de rebut de collections, ce qui explique les petits prix ou de chutes que l’on recycle pour les vendre sous le manteau”, commente un professionnel du secteur. Dans certains cas, la marchandise peut également provenir de l'étranger. “En période de soldes, beaucoup de personnes qui effectuent des allers-retours entre la France, l'Espagne et le Maroc en font un gagne-pain d'appoint”, nous apprend un revendeur. Autre moyen de s’offrir des fringues, gratuitement cette fois-ci, le troc. Deux magasins proposent déjà ce genre de commerce au quartier Maârif de Casablanca. “Nous avons une clientèle bon chic bon genre qui s’approvisionne chez nous”, explique la gérante d’une des boutiques. Les vides-greniers ont également tendance à se développer au Maroc. Le principe est simple : si vous en avez marre de votre garde-robe, au lieu de la laisser moisir dans un placard, autant organiser des vides-greniers regroupés avec quelques amis et vous gagnerez une nouvelle garde-robe à petits prix.

Côté cosmétiques, chercher le low-cost peut s’avérer dangereux. Parfums, produits de beauté sont vendus moitié moins cher chez certains revendeurs. Mais attention, contrairement au prêt-à-porter, il s’agit bien de contrebande. “Plus dangereux encore que de faire une entorse à la légalité, les clients qui s’approvisionnent chez ces vendeurs encourent un risque de santé”, explique un dermatologue. Et pour cause, grand nombre de ces articles arrivent au Maroc périmés. Il existe pourtant une manière bien simple de s’offrir des cosmétiques pour pas cher. “Je me fais moi-même mes produits beauté”, affirme Mouna, une fan de bio. “Au moins je suis sûre de la composition de ces produits et ça me revient moins cher”, ajoute-t-elle. “Un peu de cire d’abeille, des huiles essentielles, un peu de pigment et vous avez un rouge à lèvres cheap et de meilleure qualité”, explique Mouna. On peut même fabriquer ses propres parfums à l’aide d’huiles essentielles, encore faut-il ne pas se tromper de dosage. Des kits du parfait chimiste sont d’ailleurs commercialisés un peu partout en Europe. A vos éprouvettes mesdames !


Alimentation. Hard discount à la marocaine

Comment faire ses courses en payant le moins cher possible ? La question taraude tous les ménages du monde. “Nous avons fait tous les hypers, supers de la ville, en faisant toutes les comparaisons possibles et imaginables, tous les magasins proposent à peu de choses près les mêmes prix”, explique Hanane. Elle a fini par trouver son bonheur : le bon vieux “hri”. Une sorte de hard discount à la marocaine qui existe surtout dans les quartiers populaires et où on trouve de tout. “On n’a certes pas le même confort que dans les supermarchés avec caddie, musique et tout ce qui s’ensuit, mais on sort avec une facture allégée de 500 à 1000 DH”, confie notre cliente. D’ailleurs, même la grande distribution s’y est mise en offrant des produits économiques.

Dans les rayons de Marjane ou encore Label Vie on peut trouver plus d’une cinquantaine de produits estampillés éco, qui, contrairement à ce que l’on peut croire, ne sont pas nécessairement de moindre qualité. La différence réside dans le packaging qui est plus sobre et moins cher. “Cet emballage aux tons gris est facilement reconnaissable par le consommateur et permet de réduire les coûts”, explique-t-on du côté de Marjane. En effet, pour pouvoir commercialiser ces produits à un prix étudié et accessible, la société a peu investi dans le design ou la publicité. A ce jour, ces produits dits économiques, communément appelés “marque de distributeur”, représentent 5 à 10 % des ventes et sont vendus à un prix 10 à 15 % moins cher que les autres marques.


Loisirs. S’évader sans se vider le portefeuille

Question loisirs, il existe différents moyens de se payer des voyages à petits prix grâce notamment aux compagnies aériennes low cost comme Jet4you, Easyjet ou encore Ryanair. Le tout est de prévoir ses déplacements un peu à l’avance. Même la RAM, dont les prix sont connus pour être chers, s’y est mise proposant des tarifs moins onéreux. “Il suffit de réserver son vol 45 jours à l’avance”, explique une source à la RAM. Côté hébergement, les hôteliers proposent également des petits prix à condition de faire une réservation groupée. “Et même si vous n’êtes pas assez nombreux, vous pouvez passer une annonce dans des sites Internet pour former des groupes”, conseille Youssef, un as des bons plans. L’hébergement chez l’habitant revient nettement moins cher que les hôtels.

Et ce n’est pas l’offre qui manque. “Il y a également une astuce qui commence à se développer au Maroc, c’est l’échange de maison”, explique un couple qui a en a fait l’expérience. “Nous avons passé un mois à Montréal grâce au troc de maison”, racontent-ils. Les sites d’échanges de maisons pullulent sur le Net (www.trocmaison.com, www.casaswap.com, www.homeforechange.com). Le tout est de s’y prendre encore une fois très tôt pour avoir plus de demandes et de bien choisir le site Internet. Toujours dans le registre des loisirs, profitez des séances de cinéma moitié moins cher pendant le week-end ou encore le soir à partir de minuit. Pour les fêtards, des consommations gratuites sont offertes dans certains clubs mais seulement aux ladies. Pour les fans de lecture, les bouquinistes restent le meilleur choix pour s’offrir des bouquins pas chers et de qualité.


Immobilier, automobile. Quand économies riment avec cynisme

Avec la flambée des prix de l’immobilier, le candidat à l’achat ne sait plus où donner de la tête. La recherche d’un logement s’apparente plus à un parcours du combattant ces derniers temps. Ce qui a poussé certains à chercher le logement à bas prix à n’importe quel prix. Une technique un peu cynique consiste à dénicher la bonne affaire dans les ventes aux enchères. Certaines agences immobilières sont spécialisées dans ce domaine. “Nous nous occupons de vendre les biens immobiliers que les banques saisissent à leurs clients défaillants”, souligne le patron d’une agence. Le même procédé peut servir à vous procurer un véhicule pour pas cher. Evidemment, il faut avoir un cœur sans pitié pour s’extasier devant son nouvel appartement ou sa nouvelle voiture à prix cassé sachant qu’ils ont été arrachés à leurs anciens propriétaires.

 
 
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