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Document. Maradji, témoin du siècle
Droits de l'homme. Herzenni "Le passé ne m'intéresse pas"
Football. Le bal des transferts
Reportage. La route de l'essence
Insolite. Gay luron
Regards. Le Maroc, vu d'ailleurs
RETRO. 2008 dans tous ses états
Retro 2008. L'abécédaire
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N° 353-354
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Un dossier de la rédaction



RETRO. 2008 dans tous ses états

(TNIOUNI)

Politique

Makhzen.
El Himma fait plouf


Et le PAM fut. Fouad Ali El Himma a officiellement son parti (de l’authenticité et de la modernité), et c’est à peu près tout. Le PAM a raté son premier examen des élections partielles, où il a été dominé par ses concurrents. Il est surtout en passe de rater le plus important : se démarquer clairement de l’étiquette de “parti de l’administration”.
Scellant une union parlementaire avec les “bleus” du RNI, raclant les fonds de tiroir du PND, El Himma ou wlidatou n’ont pas fait dans la dentelle, reproduisant dans ses grandes lignes les fondements d’un parti makhznénien comme le royaume en a tant connus. Ce n’est pas tant une surprise qu’une déception. Un feu de paille, tout ça ? Oui, si le prochain (et dernier ?) test, celui des élections communales de 2009, se solde par un nouvel échec. Non, si le PAM arrive à fédérer les rangs de toute la droite administrative, Haraka et UC compris, et arrive à se positionner en force alternative à la gauche (USFP), aux islamistes (PJD)… et à la droite historique (Istiqlal). Après, la crédibilité...


Abbas El Fassi.
Premier ministre sans portefeuille

Il a fait un peu comme toujours, promenant sa bonhomie nonchalante, sa démarche légèrement titubante, et cet effacement qui a fait bondir la moitié du Maroc quand le roi l’a nommé Premier ministre. Abbas El Fassi ! Il a accepté (avec un mélange de plaisir et de déférence) de se priver de ses dernières prérogatives de chef de gouvernement, et a laissé son ministre des Affaires générales (et gendre), Nizar Baraka, expédier les affaires courantes. Du coup, que reste-t-il à Si Abbas ? “Les visites et les cérémonies, les déplacements officiels…” résume, bien magnanime, l’un de ses proches. Le Premier ministre s’aménage ainsi la possibilité de glisser une bourde (bien involontaire), de temps en temps, du style : “Comment allez-vous señor José-Maria Zapatero ?”.


PJD.
Le bon docteur Benkirane


C’est en 2008 que le parti islamiste a subi, de plein fouet, l’impact de son échec aux élections 2007. Avec une sanction sans appel : le remplacement du “gentil” Saâd Eddine El Othmani par le “méchant” Abdelilah Benkirane. “Il n’y a pas plus de gentils que de méchants au PJD, c’est simplement l’opposition (Benkirane, donc) qui a logiquement pris le pouvoir après la maigre récolte des dernières élections”, analyse une source au parti. Le changement est de taille mais, au fond, l’équation reste la même : El Othmani et Daoudi, décideurs hier, se sont mués en opposants. Simple jeu de bascule ? Oui, le but étant, sans doute, de se doter d’un garde-fou aux éventuelles sorties incontrôlées de la nouvelle direction. On verra bien si la “tactique” sera payante aux communales de 2009.


USFP.
Un avenir pas si rose


Dur, dur, de prendre la tête d’un parti comme l’USFP. Mohamed Elyazghi avait longtemps attendu avant de s’emparer du “trône” occupé successivement par Abderrahim Bouabid et Abderrahmane Youssoufi. Contesté, il a fini par céder la place à son fidèle numéro 2, Abdelouahed Radi. Le ministre de la Justice (qui ne démissionnera pas du gouvernement, contrairement à ce qu’il avait promis) devra composer avec une opposition interne plus féroce que jamais, qui va de la Chabiba au bureau politique. Assis sur un siège éjectable, Radi a plusieurs feux à éteindre : le risque d’une scission qui peut éclater à tout moment, la “décote” du parti de la rose auprès des masses populaires…


[Les chiffres]


Diplomatie

“Statut avancé”. Notre amie l’Europe

Si l’absence de Mohammed VI à la cérémonie de lancement de l’Union pour la Méditerranée, le 13 juillet à Paris, a été très remarquée (et commentée), Nicolas Sarkozy a tout de même octroyé trois mois plus tard au Maroc, en tant que président de l’Union Européenne, le “statut avancé” tant attendu par le royaume. Une petite consécration qui récompense, dixit le communiqué officiel, “la consolidation des droits de l’homme”, “la bonne organisation des élections” ou encore “la lutte contre le terrorisme”. Mais la course n’est pas finie : des négociations doivent désormais établir un accord formel, qui liera de manière contraignante les deux parties sur les droits de douane, l’immigration, etc. En attendant, les aides devraient augmenter et le Maroc a obtenu de siéger au sein des instances européennes. Une coopération politique qui pourrait s’avérer un atout diplomatique de poids.


DGED.
Nos espions du Nord


Le 15 septembre, la télévision néerlandaise révèle le limogeage de deux policiers d’origine marocaine, pour leur collaboration avec la DGED, le service de renseignements extérieurs du royaume. Les autorités néerlandaises protestent vivement auprès de Rabat, avant d’ordonner à deux agents de la DGED, en poste à l’ambassade du Maroc à la Haye, de quitter le pays. L’affaire aurait pu en rester là. Mais une sortie de Fouad Haji, conseiller communal à Rotterdam, jette de l’huile sur le feu. L’élu d’origine marocaine révèle avoir, lui aussi, été sollicité par les services de Yassine Mansouri, et affirme qu’il est loin d’être le seul. Puis c’est l’effet dominos. Mi-novembre, la presse belge révèle que Bruxelles a réclamé du Maroc, quatre mois plus tôt, le rappel de trois de ses agents en poste en Belgique pour “actes inamicaux et tentatives d’ingérence”. Le flop de trop ?


[Les chiffres]


Islamistes

Al Adl wal ihsane.
La tentation de la realpolitik


Aux portes de son congrès national, Al Adl Wal Ihsane semble en proie à une crise existentielle : le “cercle politique” de l’association de Cheikh Yassine (non reconnue, mais tolérée par les autorités) se muera-t-il en parti ? La Jamâa intégrera-t-elle le jeu politique officiel, qu’elle boycotte depuis toujours ? Participera-t-elle aux élections communales de 2009 ? Et surtout : qui succédera à son leader octogénaire ? En juin, Abdeslam Yassine est apparu frais comme un gardon sur la chaîne satellitaire Al Hiwar, comme pour couper court aux rumeurs sur son état de santé. Spécialiste ès prophéties diluviennes (il avait notamment prédit une “qawma” – littéralement, soulèvement populaire – pour 2006), Yassine a perdu, depuis, en crédibilité. Parmi ses lieutenants, les “participationnistes” sauront-ils en profiter pour avancer leurs pions ? Réponse en 2009.


Fatwa.
Le scandale du mariage à 9 ans


En septembre, Mohamed Maghrawi, cheikh salafiste de Marrakech, provoque un tollé national en déclarant “licite” le mariage d’une fille de neuf ans, dans une fatwa proclamée sur son site web, darcoran.net. Même troublant, son argument (“le prophète l’a bien fait avec son épouse Aïcha”) est rejeté par la grande majorité des Marocains. Un avocat rbati porte même plainte contre Maghrawi pour “atteinte au Code de la famille et aux droits de l’enfant et incitation au viol”. Quelques jours plus tard, la justice ordonne la fermeture de l’association du prédicateur. Lequel prend le large sans attendre, direction l’Arabie Saoudite où il est encore aujourd’hui, apparemment sans intention de rentrer au Maroc. Après un silence radio de plusieurs semaines, le Conseil supérieur des oulémas a dénoncé la fatwa de Maghrawi, tandis que le procureur du roi à Rabat annonçait l’ouverture d’une “enquête judiciaire approfondie”. On attend toujours ses conclusions.


Campagne.
La morale selon le PJD


Fin février, le PJD (Parti de la justice et du développement) lançait une “campagne des valeurs et de la morale” à Ksar El Kébir, deux mois après le prétendu “mariage gay” qui s’était soldé par une chasse à l’homo dans la cité nordiste. A la demande de la Jeunesse du PJD, la campagne, qui devait s’achever fin mai, a été prolongée d’un mois. A Casablanca, Fès, Meknès, Kénitra et Tanger, les différentes sections de la “chabiba” – le Maroc en compte environ 200 – ont organisé conférences, meetings, tournois de football, jeux-concours, le tout agrémenté de… soirées musicales (les très populaires Lemchaheb ont été notamment mis à contribution). A Marrakech, dernière étape de la tournée, le PJD a choisi de prêcher la bonne parole contre “le tourisme de la débauche” (sic). Simultanément, la section féminine du MUR (Mouvement pour l’unicité et la réforme), arrière-boutique idéologique du PJD, lançait “Hijabi”, une campagne de promotion du voile. On aurait aimé qu’en 2008, les laïcs soient aussi actifs et volontaires. Hélas…


[Les chiffres]


Médias

Audiovisuel.
Des sanctions à la pelle


Le Conseil supérieur de la communication audiovisuelle (CSCA) a montré les crocs en 2008. A la veille de la deuxième vague de libéralisation des ondes, les “sages” qui le composent ont multiplié les sanctions sévères. Et pour la première fois, les pénalités ne sont plus seulement pécuniaires : en septembre, des tranches horaires de Hit Radio et Chada FM ont été momentanément suspendues. La première station est sanctionnée pour avoir diffusé un contenu “à caractère sexuellement explicite” dans l’émission Libre Antenne, la deuxième, pour avoir diffusé une “publicité clandestine” pour le groupe Addoha dans les capsules de l’animateur Bahloul. A la place de leurs animateurs préférés, les auditeurs ont dû se contenter pendant plusieurs jours d’un message de la Haute autorité de la communication audiovisuelle (HACA), leur expliquant les raisons de l’absence de programmation… suivi d’un silence de plusieurs heures.


Limogeage, procès…
Du rififi à 2M


En juin, Mostafa Benali, le directeur général de 2M, est remercié à l'issue d'un conseil d'administration présidé par Fayçal Laraïchi, patron de la SNRT. Benali est remplacé par le jeune Salim Cheikh (35 ans), jusque-là directeur général de SAP, la régie publicitaire de la SNRT. Aucune explication officielle n’est donnée au limogeage de Benali mais, dans les couloirs de la chaîne et dans la presse, on parle d’un trou de 180 millions de dirhams dans les caisses. Benali contre-attaque quelques mois plus tard en intentant un procès à 2M pour licenciement abusif : il réclame 20 millions de dirhams d’indemnités ! A part ça, Salim Cheikh a du pain sur la planche. A la veille du 20ème anniversaire de 2M, il tente de s’imposer dans une chaîne minée par les conflits, tout en tâchant d’éviter l’affrontement avec la puissante Samira Sitaïl, directrice de l’information et aujourd’hui officiellement numéro 2. La suite en 2009.


Liberté de la presse.
Carton plein sur Al Massae


6 millions de dirhams de dommages et intérêts, c’est du jamais vu dans les annales de la presse marocaine. C’est pourtant la somme à laquelle a été condamné Al Massae, le premier quotidien du royaume, coupable d’avoir cité “un des substituts du procureur” de Ksar El Kébir parmi les invités d’un faux “mariage gay” – une affaire qui avait défrayé la chronique fin 2007. Même si l’info était fausse, aucun nom n’avait été cité par le quotidien. Cela n’avait pas empêché les quatre substituts de la petite ville du nord de porter plainte. Verdict : 1,5 millions de dirhams de réparation chacun. La sentence a été confirmée en appel, et le compte bancaire d’Al Massae (ainsi que celui de son directeur Rachid Niny) ont été bloqués par un huissier de justice fin octobre, sous les protestations unanimes des professionnels des médias qui dénoncent moins l’iniquité du verdict que la disproportion de la réparation. Le 1er décembre, Al Massae a de nouveau été condamné à 600 000 DH, pour diffamation à l’encontre de Mohamed Ziane… l’avocat des procureurs de Ksar El Kébir. Sale année.


[Les chiffres]


Terrorisme

Spectaculaire !
Prison Break au Maroc


Le 7 avril, au matin, on découvre qu’un groupe de 9 prisonniers, condamnés à mort ou à perpétuité pour leur implication dans des réseaux terroristes, s’est fait la belle du pénitencier de Kénitra. Comment ? Depuis 5 mois, ils creusaient un tunnel de 30 mètres sous leur cellule. La traque s’organise vite : le royaume est quadrillé par des barrages, les proches des fuyards sont mis sous étroite surveillance. La première arrestation a lieu 3 semaines après l’évasion. Entre-temps, c´est le branle-bas de combat administratif. Hafid Benhachem, ancien patron de la Sûreté nationale, est nommé au poste de délégué général de l’administration pénitentiaire. Puis les arrestations s’enchaînent. Deux mois plus tard, la police a repris 7 des évadés. Il faut dire qu’elle a été grandement aidée par la tendance à la délation spontanée des citoyens. Fin novembre, c’est en Algérie que la police locale a capturé un des deux deniers évadés. Le dernier court toujours.


Terrorisme.
Le mystère Belliraj


La bombe de la rentrée 2008 n’a toujours pas explosé. Qui est vraiment Abdelkader Belliraj, Marocain de Belgique arrêté pour constitution d’un réseau terroriste, et à quoi ressemble exactement son organisation ? Difficile de savoir, tant le procès traîne en longueur. Ce qui est sûr, c’est que l’affaire a mis fin à l’existence légale de deux hizbicules (Al Badil, Al Oumma) à l’ancrage “gaucho-islamiste” plutôt bizarre. Elle a surtout mis à nu, à sa manière, les désordres qui peuvent affecter la gestion de la communauté marocaine en Europe. Quel est le rôle exact des renseignements extérieurs marocains (DGED) dans la “veille” exercée sur les affaires de ladite communauté, quels sont les rapports de tout ce monde avec les services de renseignement locaux, dans les différents pays d’Europe ? Même en lâchant le morceau, Belliraj seul ne pourra pas apporter de réponses à toutes ces questions.


[Les chiffres]


Société

Sidi Ifni.
L’intifada des casseurs


Le 7 juin 2008, une répression sans précédent s’abat sur Sidi Ifni. Ce jour-là, les forces de l’ordre se ruent sur des manifestants qui bloquent le port de cette petite ville du sud, afin d’attirer l’attention sur les conditions de vie précaires dans la région. Le bilan est lourd : une centaine de blessés, des dizaines d’arrestations…et même des morts et des cas de viol, prétendent des activistes locaux (repris par Al Jazeera). Des informations démenties instantanément par le ministre de l’Intérieur puis, six mois plus tard, par le tant attendu rapport de la commission parlementaire mise sur pied suite aux évènements. Une polémique nationale s’est décenchée : le recours à la force était-il justifié ? Oui, selon l’Etat (et la commission parlementaire) qui parlent d’actes de violence des émeutiers, d’incendies criminels et même de tentative d’assassinat sur un caïd. Non, selon les défenseurs des droits de l’homme, qui martèlent que la chasse aux casseurs ne peut justifier que la police défonce des portes et saccage des maisons.


Violence.
Les fous du stade


En 2008, les hooligans ont fait trembler les stades. En janvier, après les violents affrontements qui ont suivi une rencontre FAR/WAC, l’hebdomadaire de référence France Football, qui n’a pourtant pas pour habitude de s’intéresser à notre Botola nationale, y a même consacré un long article. Depuis, c’est presque devenu la routine après chaque “grand match”. Bus brûlés ou saccagés par dizaines, courses-poursuites dans les rues, bagarres, blessures et arrestations par centaines... Après avoir annoncé un énième projet pour lutter contre la violence dans les stades, les pouvoirs publics sont revenus à la charge en novembre avec la mise en place d’un Comité de lutte contre le hooliganisme (regroupant le Comité national olympique marocain, la Fédération de football, l’Intérieur, la Justice et les Sports). Une commission de plus, quoi. En Europe, il leur a fallu des caméras et des profilers. Bon courage.


Libertés.
Sacrées lois


En postant sur Internet une tribune intitulée “le roi encourage le peuple à l’assistanat” (dans laquelle il dénonçait l’octroi arbitraire d’agréments de transport par Mohammed VI), le bloggeur gadiri Mohamed Erraji ne s’attendait pas à être arrêté manu militari et condamné (à l’issue d’un procès en urgence) à deux ans de prison ferme pour “manquement au respect dû au roi”. En taguant, sur un des murs de son école d’Aït Ourir (à 50 km de Marrakech), la devise du royaume détournée pour le fun en “Allah, Al Watan, Al Barça”, le lycéen de 18 ans et admirateur de Ronaldinho, Yassine Belaâssal, ne pensait pas non plus écoper d’un an ferme pour “offense aux sacralités”. Quant à l’ingénieur Fouad Mourtada, il n’avait pas imaginé une seconde qu’il croupirait 43 jours en prison après avoir été enlevé et torturé par la DST, pour avoir créé une page au nom de Moulay Rachid sur le site communautaire Facebook. En appel, Erraji a été blanchi “pour vice de forme”, Belaâssal a vu sa peine commuée en sursis, et Mourtada a finalement été libéré après une grâce royale. Au final, c’est l’image internationale du royaume qui a pris un “sacré” coup.


[Les chiffres]


Faits divers

Inondations, froid…
La colère de la nature


En octobre, les pluies diluviennes qui se sont abattues sur le royaume (largement plus abondantes que la moyenne de ces quarante dernières années) ont causé plus de 68 morts, selon les associations d’aide aux victimes. Et encore, le chiffre n'inclut que les personnes dont les corps ont été retrouvés, sans mentionner les disparus. Le nord du Maroc (régions de Tanger, Taza, Nador et Oujda) a subi les intempéries de plein fouet. Des milliers de maisons ont été détruites et les récoltes ravagées. Alors que l’Etat a mis en place un plan d’urgence, mettant l’armée à contribution, les secours tardent à arriver sur le terrain où des dizaines de milliers de personnes se sont retrouvées sans abri du jour au lendemain. Fin décembre, c’est au tour d’une vague de froid sans précédent (la température est descendue à moins 10 degrés) de s’abattre sur le royaume, notamment à Beni Mellal. Bilan à aujourd’hui : 7 morts. Et avec tout ça, les changements climatiques ne font même pas débat chez nous…


Catastrophe industrielle.
Au feu !


Par un chaud samedi d’avril, le feu se déclare dans une usine de confection de matelas à Lissasfa, dans la banlieue industrielle de Casablanca. A cause d’un bête mégot de cigarette, dira l’enquête. Avec 55 morts (en majorité des femmes), c’est la plus grosse catastrophe industrielle de l’histoire du Maroc. A mesure que la fumée se dissipe, l’opinion publique, sous le choc, découvre que Rosamor Ameublement (c’est le nom de l’usine) n’avait quasiment pas de sécurité anti-incendie, que les fenêtres étaient grillagées et les portes bloquées. Les malheureuses ont été prises au piège du feu. La colère monte et l’Etat est pointé du doigt pour son laxisme. Outre les Moufarreh père et fils, respectivement propriétaire et gérant de l’usine, des représentants de la wilaya et même de la primature sont convoqués par la Justice. Trois semaines plus tard, le verdict tombe : 4 ans de prison ferme pour le propriétaire et l’ouvrier qui a jeté le mégot, 2 ans pour le gérant. Mais l’administration n’est pas inquiétée…


Famille royale.
Le tonton flingueur


Mardi 8 septembre sur la corniche casablancaise, un membre de la famille royale sort un revolver et tire à bout portant sur (la cuisse d’) un agent de la circulation. La nouvelle, évidemment, fait “boum” dans tout le royaume. Tarik Mouhib, le policier de 31 ans, avait simplement voulu verbaliser Hassan Yacoubi, mari de Lalla Aïcha (tante de Mohammed VI) après qu’il a grillé un feu rouge à bord de son rutilant 4x4. Trois heures plus tard, la MAP annonce que Yacoubi souffre du “syndrome de Korsakoff”, une maladie peu connue, dont l’amnésie est un des symptômes. Aux dernières nouvelles, le permis de port d’armes ainsi que le 9mm de Yacoubi auraient été confisqués par le Parquet, et l'homme interné à l’hôpital psychiatrique Errazi de Salé. Fortement soutenu par une opinion publique révoltée par la “hogra des puissants”, Mouhib, lui, ne s’est rétabli que difficilement, après avoir subi plusieurs interventions chirurgicales. Son employeur, la Direction générale de la sûreté nationale, n’a pas souhaité donner suite en portant plainte contre Yacoubi. On se demande bien pourquoi.


Bâtiment.
Tout s’écroule !


Le 17 janvier, un immeuble en construction s’effondre à Kénitra, causant 16 morts et 26 blessés. L’accident provoque la fureur du roi, qui ordonne aussitôt l’ouverture d’une enquête. Moins d’une semaine plus tard, le ministre de l’Habitat, Taoufik Hejira, convoque les opérateurs immobiliers pour dresser un bilan du secteur, tandis que le tribunal de Kénitra procède aux auditions. Le verdit est rendu en mai : pour “homicide involontaire et non respect des règles d’urbanisme et de construction”, l’architecte, le promoteur immobilier, les responsables du bureau d’études, et même le directeur technique et le chargé des armatures en béton de la cimenterie dont le promoteur de Kénitra était client… tous ces gens en prennent pour 1 à 3 ans de prison ferme. Une sanction exemplaire par sa sévérité comme par son large spectre. Et la mise à niveau globale du secteur de l’immobilier ? La colère royale s’est calmée, donc ça peut attendre…


[Les chiffres]


Sport

Foot.
Les Lions font naufrage


Après un 2-2 contre la France et un 3-0 infligé à la valeureuse équipe du Sénégal, les aficionados de l’équipe du Maroc étaient enthousiastes : la 26ème Coupe d’Afrique des nations est à la portée du Maroc. Pourtant, en janvier 2008 au Ghana, les aficionados des Lions de l’Atlas tombent de haut. Les poulains d’Henri Michel loupent totalement le coche. Avec une victoire et deux défaites, la sélection nationale ne passe même pas le premier tour. Le bouc émissaire est tout trouvé : le coach français est limogé quelques semaines à peine après son recrutement. Six mois et moult péripéties plus tard, il est remplacé par son compatriote Roger Lemerre, qui avait mené la Tunisie au sacre continental en 2004. Mais depuis, les quelques matchs amicaux disputés par les Lions de l’Atlas n’ont pas convaincu grand-monde. Aujourd’hui, le Maroc pointe à la 41ème position du classement FIFA, loin derrière le Cameroun (14ème), son plus sérieux adversaire lors des prochaines qualifications pour le Mondial 2010.


Athlétisme.
Rien ne va plus


Ils étaient une cinquantaine à défendre les couleurs du Maroc lors des JO de Pékin, en août. Résultat : une gamelle sans précédent depuis 1984, année où Saïd Aouita avait rapporté au Maroc sa première médaille d’or olympique. Avec une médaille d’argent et une de bronze à Pékin, le Maroc s’est classé 66ème sur 88 pays ! Heureusement, les Jeux paralympiques ont permis de sauver notre honneur national. Les “handisportifs” marocains ont récolté 7 médailles, dont 4 en or. En septembre, Aouita a été appelé en renfort comme directeur technique national de la Fédération d’athlétisme pour tenter de faire oublier la débâcle pékinoise. Mais deux mois après son arrivée, l’ambiance n’est pas au beau fixe au sein de la Fédération. En tant que manager, la légende du demi-fond marocain ne fait pas l’unanimité. Des athlètes comme Hasna Benhassi, médaillée de bronze à Pékin, lui reprochent son manque de communication et vont jusqu’à appeler au boycott de la Fédération. On n’est pas sortis de l’auberge (olympique).

 
 
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