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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est



RETRO. 2008 les temps forts


Le secteur du textile sera
directement touché par la crise.
(AFP)

Crise. L’économie en berne


La fin de l'année 2008 aura été marquée par les premiers effets de la crise financière et économique internationale sur le Maroc. Même si les officiels, et à leur tête Abdellatif Jouahri, gouverneur de Bank Al-Maghrib, Salaheddine Mezouar, ministre de l'Economie et des Finances ou Moulay Hafid Elalamy, patron des patrons, ont eu le même son de cloche à savoir que le Maroc ne sera nullement touché par la crise financière internationale, il le sera quand même. Selon le Centre
marocain de conjoncture (CMC), le Maroc perdra un demi à deux points de croissance à cause de la crise. Pour résumer, trois ou quatre secteurs devraient être directement touchés (tourisme, textile, exportations), alors que d'autres le seront par ricochet (logement, aéronautique, Bourse). Dans certaines branches industrielles, la crise se fait déjà ressentir, comme pour le textile où les commandes ont connu une baisse de 9 à 11% durant octobre et novembre. Le tourisme n'est pas épargné non plus, même si les professionnels ne le reconnaissent qu'à demi-mot, ne voulant pas céder à la sinistrose. Marrakech et Agadir ont connu une baisse de leurs nuitées de 6% durant le mois de novembre. Pour contrer les retombées de la crise, le ministère du tourisme vient de mettre en place la stratégie “Cap 2009”.


Agriculture.
Le Maroc a la main verte


Aziz Akhannouch a concocté, en collaboration avec le cabinet Mckinsey, un plan fort ambitieux, baptisé “le Maroc Vert” et présenté au roi en avril dernier au Salon de l'agriculture. La vision aux allures de business plan est tournée vers la restructuration du secteur agricole afin de luipermettre de reprendre le relais de la croissance (augmentation du PIB agricole de 100 milliards de dirhams en 10 ans) et de dynamiser la création d'emplois. La rentabilité de l'agriculture reste le principal cheval de bataille du ministre de l'Agriculture, qui espère fédérer les petites exploitations et structurer les filières à forte rentabilité autour “d'agrégateurs” (coopératives). Objectif : améliorer les revenus des petits fermiers tout en garantissant des produits avec un bon rapport qualité-prix. En gros, réduire les charges et augmenter le profit. Y arrivera-t-il ? On ne peut que l'espérer d'autant que cette stratégie nécessite la rondelette somme de 50 milliards de dirhams.


ONA.
Sauve qui peut


Avril 2008, l'annonce du limogeage de Saâd Bendidi, le PDG du plus puissant groupe privé marocain, tombe comme un couperet : licencié pour mauvais résultats ! Nommé à la tête du groupe en janvier 2005, Bendidi a été remercié en raison notamment des mauvaises performances de Wana, le troisième opérateur de téléphonie, qui concentre la majeure partie de l'endettement du groupe. Mais Bendidi n'était pas seul maître à bord et l'investissement dans les télécoms a été fait dans la précipitation la plus totale, avec l'assentiment du conseil d'administration. Selon des sources proches du dossier, Bendidi a été le bouc émissaire. Son limogeage en grande fanfare est plutôt l'arbre qui cache la forêt, celle d'un holding qui navigue à vue sans véritable stratégie à long terme. Le conseil d'administration le remplace par Mouâtassim Belghazi et lui demande de préparer un plan de sauvetage pour tout le groupe dans un délai de trois mois. 9 mois après, le plan se fait encore désirer.


Immobilier.
Foncièrement flou


Baissera, ne baissera pas ? La question a taraudé les esprits au dernier trimestre 2008 et les avis sont partagés. Certains prédisent l'effondrement prochain du marché, d'autres croient aux potentialités d'un secteur où le gap en logements est important. Pour l'heure, on n'assiste pas encore à une chute des prix et les officiels avancent que l'immobilier a encore 20 ans de prospérité. Côté financement, les banques commencent à serrer les vis, après avoir cédé au laxisme pendant des années. La mise en garde du gouverneur de Bank Al-Maghrib contre le surendettement des ménages a trouvé un écho auprès des établissements de crédit. Certaines banques, qui proposaient le très long terme (25 à 30 ans), sont plus frileuses à accorder de telles facilités, grâce auxquelles une majorité de ménages a eu accès à la propriété. Frilosité des banques, lutte contre le noir, baisse de la demande… autant d'éléments qui laissent penser que 2009 connaîtra un léger fléchissement.


Polémique.
Sefrioui vs Chaabi


L’été 2008 a été chaud entre Anas Sefrioui et Lhaj Miloud Chaabi. Les deux grands noms de l'immobilier ont été au cœur d'une polémique. Miloud Chaabi, à l'époque président élu de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers, a ouvert le feu, accusant Anas Sefrioui d'être favorisé par le système. Il a affirmé, avec moult chiffres à l'appui et des détails croustillants sur les différents deals passés entre Anas Sefrioui et l'Etat, que le patron d'Addoha serait un “privilégié”. Anas Sefrioui, pour sa défense, invoque la complexité des procédures légales, qui expliqueraient certaines anomalies. Les arguments de l'un comme de l'autre se tiennent, mais restent insuffisants pour faire toute la lumière sur l'affaire. Pour ce faire, il faudrait comparer les conditions négociées par les uns et les autres et évaluer la fameuse politique publique “d'encouragement à l'investissement”. Cela se fera peut-être un jour. En attendant, l'Etat a décidé de requérir à des appels d'offres pour l'octroi du foncier. Même les promoteurs étrangers y ont droit. La polémique aura au moins servi à quelque chose.


Bourse.
Crise de crédibilité


La Bourse de Casablanca a vécu au rythme des scandales. L'affaire commence par une chute drastique des indices de la place les 15 et 16 septembre, mise sur le compte de la débandade des places internationales. Mais petit à petit les langues se délient et un article du Matin du Sahara mettra le feu aux poudres en accusant CFG group, une grande banque d'affaires de la place, d'être à l'origine de la chute. Puis, un autre scandale éclate, mettant cette fois-ci en cause la société gestionnaire (Bourse des valeurs de Casablanca). “Des informations censées être inaccessibles aux sociétés de Bourse et rediffuseurs d'informations circulaient dans le milieu financier depuis quelques mois”, explique un trader. Excédé, Salaheddine Mezouar demande au Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) d'ouvrir une enquête. Mais la montagne accouche d'une souris. Le CDVM met hors de cause les sociétés de Bourse et demande la tête du directoire de la Bourse des valeurs. Trois membres, dont le président Fathallah Berrada, ont démissionné, mais le CDVM n'a pas gagné en crédibilité dans cette affaire.


Cour des comptes.
Un rapport accablant

730 pages qui feront date dans les annales de la Cour des comptes : le rapport pour l'exercice 2007, présenté au roi en novembre, est alarmant. Caisse de dépôt et de gestion (CDG), Centre cinématographique marocain (CCM), communes, Autoroutes du Maroc (ADM), CHU d'Ibn Rochd, Offices…la gestion de la chose publique laisse à désirer. Mais les irrégularités relevées demeurent souvent sans sanction. La situation tend peut-être à changer : Mohamed Boutaleb, ex-ministre de l'énergie, épinglés, par la Cour, a été sommé par le Trésor de restituer la somme de 340 000 dirhams.
Le fera-t-il ?
 
 
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