N° 355
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

ENERGIE. Le royaume du carbone
INFLATION. Les prix nouveaux sont arrivés
AGRICULTURE. Etat de non droit fiscal
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Cerise Marechaud

Energie. Le royaume du carbone

(AFP)

En créant un fonds carbone, le Maroc entend bien se positionner sur un marché à forte croissance. Ou comment lutter contre le réchauffement climatique tout en gagnant de l’argent.


C’est officiel depuis le 5 décembre : le royaume s’est doté d’un fonds de crédit carbone, le premier du genre en Afrique francophone. Financé, à hauteur de 300 millions de dirhams, par la Caisse de dépôt et de gestion (CDG), la Caisse des dépôts et consignations française et la Banque européenne d’investissement, le Fonds capital carbone Maroc
(FCCM) investira dans des projets marocains dits “propres” visant la réduction des gaz à effet de serre. Pour ce faire, le Fonds leur achètera des “crédits carbone” pour les revendre à des entreprises émettrices de CO2 dans les pays industrialisés (concept de “pollueur-payeur” ou de “droit à polluer”). Dans le cadre du Protocole de Kyoto sur le réchauffement climatique, le crédit carbone est en effet un outil financier spécifique, équivalent à une tonne de CO2 évité, permettant que la quantité de gaz à effet de serre dans l’atmosphère reste stable, à défaut de pouvoir supprimer toute émission.

La création d’un fonds carbone au Maroc est donc un message du royaume, qui veut afficher les efforts esquissés depuis 2003 pour le développement durable : lois sur les déchets, les énergies renouvelables, part de l’éolien et du solaire dans le plan Maroc Vert, création du Fonds de dépollution Fodep, changement de carburant. Mais surtout, le Maroc entend bien se positionner comme leader arabe (au coude à coude avec l’Egypte) et africain (derrière l’Afrique du Sud) sur le marché mondial de la finance carbone, dominé par l’Inde et la Chine, mais dont l’Afrique représente moins de 3% des transactions mondiales. Ce marché affiche une forte croissance : 47 milliards d’euros générés en 2007 selon la Banque Mondiale, le double de 2006. “De 1999 à 2008, le nombre de fonds carbone au niveau mondial est passé de 2 à 67, et le montant géré de 192 millions à 9,4 milliards d’euros”, rapporte Hassan Laâziri, directeur général de Accès capital atlantique (ACASA), société gestionnaire du FCCM. Pas étonnant que la CDG saisisse l’occasion pour se diversifier en misant sur le développement durable. D’autant que le Maroc a une réelle “carte à jouer”, estime Saïd Mouline, ingénieur, président du Centre marocain de production propre créé en 2000, et conseiller en développement durable auprès
de l’Office chérifien des phosphates (OCP).

Eolien, solaire, déchets, reboisement…
Pour participer au marché carbone, les projets liés à l’énergie éolienne et solaire, la biomasse, les déchets et, dans une moindre mesure, le boisement/reboisement, doivent obtenir l’homologation onusienne dite “MDP” (Mécanisme pour un développement propre). A ce jour, sur les plus de 1500 projets certifiés, seuls 4 sont marocains : les parcs éoliens d’Essaouira (ONE) et de Tétouan (Lafarge Maroc), le projet de récupération de biogaz de la décharge de L’Oulja à Salé (Agence pour le réaménagement de la vallée du Bouregreg), et un de production d’électricité par kits photovoltaïques dans le milieu rural (ONE). Une dizaine d’autres, comme un projet éolien pour une station de dessalement à Tan Tan (ONEP) ou un système de récupération de chaleur sur les unités sulfuriques à Jorf Lasfar (OCP), auront bientôt le feu vert de l’ONU. D’autres encore sont en cours de validation ou à l’étude au niveau marocain. “Au total, le Maroc a un portefeuille “MDP” potentiel de 52 projets.

Ce qui représente plus de 7 millions de tonnes de CO2 économisées par an, soit plus de 70 millions d’euros annuels de crédit carbone”, explique Ali Agoumi, expert en réchauffement climatique et enseignant-chercheur à l’Ecole Hassania des travaux publics. Si l’éolien s’avère le secteur le plus compétitif (30 000 emplois créés en Espagne) et rentable en crédits carbone, toutes les initiatives permettant de réduire les émissions de gaz à effet de serre sont valorisables. “Parler d’efficacité énergétique, ça peut par exemple être une sucrerie qui investit dans une nouvelle chaudière plus ‘propre’”, illustre Ali Agoumi.

D’autant que le “business” du développement durable connaît un réel dynamisme, qu’il s’agissent de filiales “vertes” créées par les grands groupes pour investir dans la gestion de l’eau, la valorisation des déchets ou les technologies propres ou d’entreprises plus modestes et indépendantes. “Aujourd’hui, celui qui ne fait pas d’efforts environnementaux se fait taper sur les doigts par le marché”, précise Ali Agoumi. “Mais attention, polluer moins n’est pas forcément synonyme d’émettre moins de CO2”, nuance Saïd Mouline, rappelant que postuler pour la certification onusienne “MDP” afin de bénéficier de la finance carbone n’est pas donné à tout le monde : il faut pouvoir argumenter en amont, et prouver en aval que tel projet vise à réduire les gaz à effet de serre. Difficile donc pour une activité déjà en place de se faire enregistrer “MDP” a posteriori. C’est pourquoi le royaume aurait tout intérêt, dès maintenant, à inscrire publiquement (car c’est aussi une histoire de communication) la stratégie du plan Maroc Vert dans l’esprit du Protocole de Kyoto.

Manque d’accompagnement
“Ce n’est pas le tout de créer un fonds pour l’achat et la vente de crédits carbone (“principale mission du FCCM”, reconnaît son gestionnaire en chef Hassan Laâziri), il faut déjà savoir les sortir du sol”, rappelle Ali Agoumi. Le Maroc n’est pas un gros émetteur de gaz à effet de serre (en dessous de la moyenne africaine), mais encore faut-il pouvoir valoriser cette efficacité en incitant les porteurs de projets à investir dans des technologies propres. “On est obligé d’aller de l’avant en attendant que l’Etat instaure des incitations financières et fiscales pour booster les technologies de développement durable”, témoigne-t-on à la direction d’Ecofertil, société casablancaise de compostage, pionnière au Maroc. “Une autorité nationale “MDP” existe, précise Ali Agoumi, qui a coordonné en 2004 le programme PNUD/PNUE pour la mettre en place au sein du ministère de l’Environnement. Mais le dynamisme qui doit suivre manque”, à l’image des lois environnementales de 2003 dont l’application se fait désirer.



Business durable. De Holcim à Ecoval

Pour 45 millions de dirhams, Holcim Maroc, branche nationale du groupe cimentier, a créé, près de Casablanca, sa propre filiale “verte”, Ecoval, plateforme de traitement de déchets industriels. “Une forêt a été plantée sur une parcelle de 200 ha adjacente à cette plateforme pour permettre la réduction de quelque 50 000 tonnes équivalent CO2 sur 40 ans, rapporte la direction technique. Un projet similaire est à l’étude dans la région de Ras El Ma, à Fès, à proximité de notre cimenterie, et nous travaillons sur d’autres projets éligibles au crédit carbone tels que l’éolien et la récupération de chaleur des fours, pour lesquels la procédure est en cours de lancement”. Miser sur le crédit carbone, selon Ecoval, permet de participer à la réduction de gaz à effet de serre, mais aussi de “réaliser des économies sur le prix de revient du ciment”. En septembre, le groupe international Holcim a été désigné “Leader of the industry” dans le DJSI (Dow Jones Sustainability Index), un indice de développement durable.

 
 
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