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Par Fédoua Tounassi
Affaire Oudghiri. Un banquier dans la tourmente
Un mandat damener vient dêtre lancé contre lex-PDG dAttijariwafa bank, actuellement en poste en Arabie Saoudite, suite à une ancienne plainte de lhomme daffaire Abdelkrim Bouftas.
Le landerneau politico-économique est en émoi depuis quelques jours. Laffaire opposant lhomme daffaires soussi Abdelkrim Bouftas à lex-PDG dAttijariwafa bank, Khalid Oudghiri, quon croyait enterrée ou du moins en stand by, refait surface. Le juge dinstruction Jamal |
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Serhane, connu pour avoir instruit les plus grands scandales financiers, a lancé, fin décembre, un mandat damener contre celui qui fut pendant des années la coqueluche du gotha banquier. Lobjectif ? Faire comparaître dans une sombre affaire de corruption un Oudghiri qui coule, depuis 2006, des jours heureux en Arabie Saoudite, où il a pris les rênes dune des plus grandes banques de la place, Bank Al Jazira.
Escroquerie, vol, etc.
Flash-back. Nous sommes en août 2008. Abdelkrim Bouftas, neveu de Abderrahmane Bouftas, ancien ministre de lHabitat, met le feu aux poudres en déposant, par lintermédiaire de son avocat Mohamed Naciri, une plainte contre X auprès du procureur du roi près le Tribunal de première instance de Casablanca. Escroquerie, vol, faux et usage de faux et trafic dinfluence figurent parmi les chefs dinculpation de la plainte. Bouftas, qui na pas souhaité répondre aux questions de TelQuel, accuse tous ceux qui sont impliqués dans la vente dun terrain de 440 hectares lui appartenant, situé à lOasis de Sidi Brahim, dans la périphérie de Marrakech, en sestimant lésé dans cette transaction. Il affirme avoir subi des pressions de la part de Oudghiri pour vendre son terrain à un prix dérisoire.
Ce que conteste Miloud Chaabi, lacheteur, en affirmant que plusieurs autres promoteurs ont acquis des terrains situés au même endroit à des prix inférieurs. Nous avons entre les mains des compromis de vente prouvant que des terrains contigus ont été vendus moins cher, affirme un proche de Chaabi. Le patron de Ynna Holding a, lui aussi, dû sexpliquer devant le juge. Pour linstant, seuls Miloud Chaabi et Rachid Hitmi, directeur général de Ynna Holding qui a signé le contrat de vente avec Bouftas, ont été entendus comme témoins, explique une source proche du dossier.
Une mascarade ?
Laffaire remonte à lannée 2000, date à laquelle Bouftas obtient un crédit de 170 millions de dirhams auprès de la Banque commerciale du Maroc, sous la présidence de Abdelaziz Alami. Quelque temps après, Alami est débarqué au profit de Oudghiri, qui exige que Bouftas passe à la caisse. Etant dans limpossibilité de rembourser son crédit, la seule issue pour Bouftas est de vendre. Khalid Oudghiri propose alors un acheteur en la personne de Miloud Chaabi. Après dâpres négociations, le prix de vente est fixé à 280 millions de dirhams. Le notaire restitue à la banque la somme de 170 millions de dirhams réclamée et le reste devait normalement revenir à Abdelkrim Bouftas. À condition que ce dernier apporte au notaire la main levée sur le terrain de Chaabi, explique notre source. Abdelkrim Bouftas na pas pu obtenir ce document. Il a encore des dettes à honorer et ce nest quune fois ses crédits remboursés quil peut avoir la main levée, soutient un responsable de la banque.
Dans son argumentaire, Bouftas jette la responsabilité sur Khalid Oudghiri et ses collaborateurs qui ont refusé de lui donner la main levée sur le terrain. Il avance également avoir été contraint de donner la somme de 2 millions de dirhams à Oudghiri pour que ce dernier lui accorde une ristourne de 20% sur le reste de ses dettes. Cest impossible, si Oudghiri a été placé à la tête dAttijariwafa, cest dabord grâce à son intégrité et son grand sens moral, rétorque un de ses anciens collaborateurs au temps où il était à BNP Paribas. Bouftas affirme que Oudghiri laurait contraint à me vendre un terrain et aurait reçu des dessous de table en contrepartie. Cest contradictoire, tonne, pour sa part, Chaabi. Et de poursuivre : Nous avons acquis ce terrain aux mêmes conditions que 3 ou 4 autres promoteurs. Le fait que lon soit les seuls cités dans cette affaire est une autre forme de pression que lon essaye de nous faire subir. Contacté dans la péninsule arabique par TelQuel, Oudghiri est resté injoignable. Il préfère se faire discret et refuse de commenter cette mascarade, explique un de ses proches.
Vendetta personnelle
La question, posée par le patron de Ynna Holding, nest pas la seule à tarauder le milieu des affaires. Pourquoi Bouftas a-t-il attendu plus de deux ans pour porter plainte ? À qui bénéficie cette cabale ? Selon Miloud Chaabi, lhomme daffaires soussi lui aurait confié avoir subi des pressions pour le faire. Et les hypothèses les plus farfelues sont avancées. On murmure ici et là que ce sont les gestionnaires des affaires royales, avec Mounir Majidi à leur tête, qui cherchent à lui nuire, ne supportant pas de voir Oudghiri rebondir aussi bien. Lidée a fait son chemin et certains nhésitent pas à accréditer lexplication. Il faut remonter au temps où Oudghiri présidait Attijariwafa bank pour comprendre le sentiment de rancune qui anime les pourfendeurs de Oudghiri, confie un proche du banquier. Auréolé de ses nombreux succès à la tête de la banque filiale de lONA, notamment une fusion réussie, Khalid Oudghiri avait pris du galon et se permettait même de critiquer la gestion du holding royal. Oudghiri était devenu gênant et ses critiques insupportables.
Il y avait une évidente incompatibilité dhumeur entre ses patrons et lui, confie un ancien du groupe. Ces derniers décident alors de lui couper les ailes. Ils essayent dabord de lécarter à travers une nouvelle forme de gouvernance : conseil de surveillance et directoire, le banquier devant hériter de la tête du conseil de surveillance, un poste symbolique. Mais le changement de statut ne se fait pas et Oudghiri garde tout son pouvoir. Dautant que les résultats de 2006 confortent son poids dans le groupe. Avec un bénéfice record de plus de 2 milliards de dirhams, sa banque est de loin le premier contribuable aux bénéfices de lONA, groupe qui a du mal à trouver de nouveaux relais de croissance. Oudghiri devient alors plus critique vis-à-vis de ses actionnaires. Dans les salons feutrés de Casablanca, il dénigre la stratégie de lONA et sous-entend que le holding ne repose que sur la filiale quil dirige. Il aurait même poussé loutrecuidance jusquà se plaindre auprès de Fouad Ali El Himma de lamateurisme de la gestion des biens royaux, révèle à lépoque le mensuel Economie et Entreprises.
Il nen fallut pas plus aux gestionnaires du holding royal Siger, actionnaire principal de lONA, pour réclamer son départ, et Oudghiri est démissionné en mai 2006. Après quelques mois de vacances à Paris, il est nommé président directeur général de Bank Al Jazira, une prestigieuse banque saoudienne avec des actionnaires français, et débauche son staff parmi la crème dAttijariwafa, ce qui accentuera la rancune du management de Siger à son égard. A travers cette sordide affaire, on tente de lui faire payer son arrogance, conclut un ancien du groupe. Mais cette stratégie peut-elle savérer payante ? Les avis divergent sur la possibilité de faire comparaître Oudghiri au Maroc. Nous navons pas de convention de coopération judiciaire en matière pénale avec lArabie Saoudite. Dailleurs, Abdelkrim Mouti (ancien de la Chabiba islamiya), qui avait été condamné à mort, est resté en exil pendant des années en Arabie Saoudite sans être inquiété, explique un juriste. Avant dajouter, pour les fines oreilles : Noublions pas que Oudghiri dispose également de la nationalité française. LEtat français pourrait intervenir pour calmer les esprits côté marocain. Affaire à suivre
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Miloud Chaabi. Dommage collatéral
Laffaire Oudghiri serait-elle la goutte deau qui fera déborder le vase ? Excédé par ce scandale, Chaabi crie à qui veut lentendre quil se retire des affaires et de la politique. Sagit-il dun de ces coups de gueule auxquels le vieux routier nous a habitués ? Pas si sûr, rétorquent ses proches. Lhaj Miloud est vraiment las de livrer des batailles. Jarrête tout investissement à partir de maintenant et je me retire, nous a-t-il déclaré. Je ne comprends pas comment des projets similaires aux miens sont acceptés, alors que ceux de Ynna Holding sont toujours rejetés, déplore Chaabi. Primé trois années de suite comme le meilleur investisseur et plus grand pourvoyeur demploi, Lhaj estime que lon devrait au contraire lui faciliter la tâche. A lui seul il a investi en 2006 le même montant que tous les holdings émiratis à qui on a donné des privilèges énormes, se plaint un de ses proches. |
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