N° 355
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AFFAIRE OUDGHIRI. Un banquier das la tourmente
PALESTINE. La rue gronde
L'ACTU MAROC



Par Fédoua Tounassi

Affaire Oudghiri. Un banquier dans la tourmente

(AIC PRESS)

Un mandat d’amener vient d’être lancé contre l’ex-PDG d’Attijariwafa bank, actuellement en poste en Arabie Saoudite, suite à une ancienne plainte de l’homme d’affaire Abdelkrim Bouftas.


Le landerneau politico-économique est en émoi depuis quelques jours. L’affaire opposant l’homme d’affaires soussi Abdelkrim Bouftas à l’ex-PDG d’Attijariwafa bank, Khalid Oudghiri, qu’on croyait enterrée ou du moins en stand by, refait surface. Le juge d’instruction Jamal
Serhane, connu pour avoir instruit les plus grands scandales financiers, a lancé, fin décembre, un mandat d’amener contre celui qui fut pendant des années la coqueluche du gotha banquier. L’objectif ? Faire comparaître dans une sombre affaire de “corruption” un Oudghiri qui coule, depuis 2006, des jours heureux en Arabie Saoudite, où il a pris les rênes d’une des plus grandes banques de la place, Bank Al Jazira.

Escroquerie, vol, etc.
Flash-back. Nous sommes en août 2008. Abdelkrim Bouftas, neveu de Abderrahmane Bouftas, ancien ministre de l’Habitat, met le feu aux poudres en déposant, par l’intermédiaire de son avocat Mohamed Naciri, une plainte contre X auprès du procureur du roi près le Tribunal de première instance de Casablanca. Escroquerie, vol, faux et usage de faux et trafic d’influence figurent parmi les chefs d’inculpation de la plainte. Bouftas, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de TelQuel, accuse tous ceux qui sont impliqués dans la vente d’un terrain de 440 hectares lui appartenant, situé à l’Oasis de Sidi Brahim, dans la périphérie de Marrakech, en s’estimant lésé dans cette transaction. Il affirme avoir subi des pressions de la part de Oudghiri pour vendre son terrain à un prix dérisoire.

Ce que conteste Miloud Chaabi, l’acheteur, en affirmant que plusieurs autres promoteurs ont acquis des terrains situés au même endroit à des prix inférieurs. “Nous avons entre les mains des compromis de vente prouvant que des terrains contigus ont été vendus moins cher”, affirme un proche de Chaabi. Le patron de Ynna Holding a, lui aussi, dû s’expliquer devant le juge. “Pour l’instant, seuls Miloud Chaabi et Rachid Hitmi, directeur général de Ynna Holding qui a signé le contrat de vente avec Bouftas, ont été entendus comme témoins”, explique une source proche du dossier.

Une mascarade ?
L’affaire remonte à l’année 2000, date à laquelle Bouftas obtient un crédit de 170 millions de dirhams auprès de la Banque commerciale du Maroc, sous la présidence de Abdelaziz Alami. Quelque temps après, Alami est débarqué au profit de Oudghiri, qui exige que Bouftas passe à la caisse. Etant dans l’impossibilité de rembourser son crédit, la seule issue pour Bouftas est de vendre. Khalid Oudghiri propose alors un acheteur en la personne de Miloud Chaabi. Après d’âpres négociations, le prix de vente est fixé à 280 millions de dirhams. Le notaire restitue à la banque la somme de 170 millions de dirhams réclamée et le reste devait normalement revenir à Abdelkrim Bouftas. “À condition que ce dernier apporte au notaire la main levée sur le terrain de Chaabi”, explique notre source. Abdelkrim Bouftas n’a pas pu obtenir ce document. “Il a encore des dettes à honorer et ce n’est qu’une fois ses crédits remboursés qu’il peut avoir la main levée”, soutient un responsable de la banque.

Dans son argumentaire, Bouftas jette la responsabilité sur Khalid Oudghiri et ses collaborateurs qui ont refusé de lui donner la main levée sur le terrain. Il avance également avoir été contraint de donner la somme de 2 millions de dirhams à Oudghiri pour que ce dernier lui accorde une ristourne de 20% sur le reste de ses dettes. “C’est impossible, si Oudghiri a été placé à la tête d’Attijariwafa, c’est d’abord grâce à son intégrité et son grand sens moral”, rétorque un de ses anciens collaborateurs au temps où il était à BNP Paribas. “Bouftas affirme que Oudghiri l’aurait contraint à me vendre un terrain et aurait reçu des dessous de table en contrepartie. C’est contradictoire”, tonne, pour sa part, Chaabi. Et de poursuivre : “Nous avons acquis ce terrain aux mêmes conditions que 3 ou 4 autres promoteurs. Le fait que l’on soit les seuls cités dans cette affaire est une autre forme de pression que l’on essaye de nous faire subir”. Contacté dans la péninsule arabique par TelQuel, Oudghiri est resté injoignable. “Il préfère se faire discret et refuse de commenter cette mascarade”, explique un de ses proches.

Vendetta personnelle
La question, posée par le patron de Ynna Holding, n’est pas la seule à tarauder le milieu des affaires. Pourquoi Bouftas a-t-il attendu plus de deux ans pour porter plainte ? À qui bénéficie cette cabale ? Selon Miloud Chaabi, l’homme d’affaires soussi lui aurait confié avoir subi des pressions pour le faire. Et les hypothèses les plus farfelues sont avancées. On murmure ici et là que ce sont les gestionnaires des affaires royales, avec Mounir Majidi à leur tête, qui cherchent à lui nuire, ne supportant pas de voir Oudghiri rebondir aussi bien. L’idée a fait son chemin et certains n’hésitent pas à accréditer l’explication. “Il faut remonter au temps où Oudghiri présidait Attijariwafa bank pour comprendre le sentiment de rancune qui anime les pourfendeurs de Oudghiri”, confie un proche du banquier. Auréolé de ses nombreux succès à la tête de la banque filiale de l’ONA, notamment une fusion réussie, Khalid Oudghiri avait pris du galon et se permettait même de critiquer la gestion du holding royal. “Oudghiri était devenu gênant et ses critiques insupportables.

Il y avait une évidente incompatibilité d’humeur entre ses patrons et lui”, confie un ancien du groupe. Ces derniers décident alors de lui couper les ailes. Ils essayent d’abord de l’écarter à travers une nouvelle forme de gouvernance : conseil de surveillance et directoire, le banquier devant hériter de la tête du conseil de surveillance, un poste symbolique. Mais le changement de statut ne se fait pas et Oudghiri garde tout son pouvoir. D’autant que les résultats de 2006 confortent son poids dans le groupe. Avec un bénéfice record de plus de 2 milliards de dirhams, sa banque est de loin le premier contribuable aux bénéfices de l’ONA, groupe qui a du mal à trouver de nouveaux relais de croissance. Oudghiri devient alors plus critique vis-à-vis de ses actionnaires. Dans les salons feutrés de Casablanca, il dénigre la stratégie de l’ONA et sous-entend que le holding ne repose que sur la filiale qu’il dirige. Il aurait même poussé l’outrecuidance jusqu’à se plaindre auprès de Fouad Ali El Himma de l’amateurisme de la gestion des biens royaux, révèle à l’époque le mensuel Economie et Entreprises.

Il n’en fallut pas plus aux gestionnaires du holding royal Siger, actionnaire principal de l’ONA, pour réclamer son départ, et Oudghiri est “démissionné” en mai 2006. Après quelques mois de vacances à Paris, il est nommé président directeur général de Bank Al Jazira, une prestigieuse banque saoudienne avec des actionnaires français, et débauche son staff parmi la crème d’Attijariwafa, ce qui accentuera la rancune du management de Siger à son égard. “A travers cette sordide affaire, on tente de lui faire payer son arrogance”, conclut un ancien du groupe. Mais cette stratégie peut-elle s’avérer payante ? Les avis divergent sur la possibilité de faire comparaître Oudghiri au Maroc. “Nous n’avons pas de convention de coopération judiciaire en matière pénale avec l’Arabie Saoudite. D’ailleurs, Abdelkrim Mouti (ancien de la Chabiba islamiya), qui avait été condamné à mort, est resté en exil pendant des années en Arabie Saoudite sans être inquiété”, explique un juriste. Avant d’ajouter, pour les fines oreilles : “N’oublions pas que Oudghiri dispose également de la nationalité française. L’Etat français pourrait intervenir pour calmer les esprits côté marocain”. Affaire à suivre…



Miloud Chaabi. Dommage collatéral

L’affaire Oudghiri serait-elle la goutte d’eau qui fera déborder le vase ? Excédé par ce scandale, Chaabi crie à qui veut l’entendre qu’il se retire des affaires et de la politique. S’agit-il d’un de ces coups de gueule auxquels le vieux routier nous a habitués ? Pas si sûr, rétorquent ses proches. L’haj Miloud est vraiment las de livrer des batailles. “J’arrête tout investissement à partir de maintenant et je me retire”, nous a-t-il déclaré. “Je ne comprends pas comment des projets similaires aux miens sont acceptés, alors que ceux de Ynna Holding sont toujours rejetés”, déplore Chaabi. Primé trois années de suite comme le meilleur investisseur et plus grand pourvoyeur d’emploi, L’haj estime que l’on devrait au contraire lui faciliter la tâche. “A lui seul il a investi en 2006 le même montant que tous les holdings émiratis à qui on a donné des privilèges énormes”, se plaint un de ses proches.

 
 
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