N° 355
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

AFFAIRE OUDGHIRI. Un banquier das la tourmente
L'ACTU MONDE



Par Selma Mestiri,
correspondante au Moyen-Orient

Proche-Orient. Guerre à Gaza

Scène de bombardements
quotidienne à Gaza. (AFP)

Pour en finir avec le Hamas, Israël a lancé l’opération “Plomb durci”, qui a déjà coûté la vie à près de 700 Palestiniens. Le monde arabe est aussi indigné qu’impuissant.


Près de 700 morts palestiniens et 3000 blessés, c’est le bilan provisoire de l’offensive israélienne dans la bande de Gaza. Pour “éliminer” le Hamas, qu’il considère comme une organisation terroriste, Israël a lancé, le 27 décembre, l’opération “Plomb durci”. L’Etat juif se préparait à des manœuvres militaires depuis l’annonce par le mouvement de la
résistance islamique du refus de renouveler la trêve des violences de six mois, conclue par le biais de l’Egypte et qui s’est achevée le 19 décembre. Le Hamas, qui contrôle le petit territoire palestinien pauvre et surpeuplé depuis 2007, ne reconnaît pas Israël et exige la levée du blocus que l’Etat hébreu a imposé à la bande de Gaza. Les Israéliens réclament pour leur part que les factions palestiniennes, comme le Hamas et le Jihad islamique, cessent de tirer des roquettes contre leur territoire.

La population prise au piège
Depuis le début de l’offensive, la situation à Gaza, déjà très précaire, est devenue d’une grande gravité. Bombardements et opération terrestre ont provoqué une grave pénurie de denrées, de carburant et d'eau courante ainsi que des coupures électriques. La population est piégée. Impossible de fuir le territoire assiégé : tous les points de passage sont fermés. Le Haut commissaire de l'ONU pour les réfugiés a exhorté l'Egypte, qui partage une frontière de 14 km avec Gaza, à ouvrir et sécuriser le terminal de Rafah pour permettre aux Palestiniens qui le souhaiteraient de fuir les combats. Mais le Caire n’a toujours pas communiqué sa réponse. L’aide humanitaire, elle, est bloquée par les combats. D’après le Programme alimentaire mondial (PAM), trouver de la nourriture à Gaza devient de plus en plus difficile pour la population civile. A cela s’ajoutent les raids meurtriers tuant des civils. Les tragédies sont quotidiennes : trois écoles gérées par l'UNRWA, où des dizaines de civils s'étaient réfugiés pour fuir les combats, ont ainsi été bombardées.

Les Arabes dans l’embarras
Pour tenter de mettre fin à la guerre, mais aussi aux images dévastatrices qui passent en boucle sur les chaînes satellitaires comme Al Jazeera, les pays arabes ont tout de suite appelé le Conseil de sécurité de l’ONU à adopter une résolution appelant à un cessez-le-feu immédiat, mais peine perdue pour l’instant. Les Etats-Unis, soucieux de préserver les intérêts d’Israël, s’y sont opposés. Les pays arabes ont paru tièdes à beaucoup de leurs citoyens, qui, eux, ont en général réagi avec colère. Le Qatar, par exemple, a qualifié les raids israéliens de “crimes de guerre”, mais l’émirat, qui abrite depuis 1996 un bureau de représentation commerciale israélien, n'a pas manifesté la moindre intention de rompre ces liens.

Sur les trois pays arabes qui entretiennent des relations diplomatiques avec Israël, seule la Mauritanie a rappelé son ambassadeur. C’est surtout la crainte de renforcer le Hamas –allié de l’Iran, de la Syrie et du Hezbollah— qui explique les modestes réactions arabes. L'Arabie Saoudite et l'Egypte soupçonnent l'Iran et la Syrie d'utiliser le Hamas pour servir leurs intérêts et craignent que tout soutien à ce mouvement ait pour résultat de consolider les positions de Damas et Téhéran. Sans oublier le fait que les pays arabes ont, en réalité, peu de moyens de faire pression sur l'Etat hébreu. L’Egypte, poids lourd de la diplomatie moyen-orientale qui joue les médiateurs entre Israël et les Palestiniens, s’est en particulier retrouvée sous le feu des critiques.

Plan de paix égyptien
Pour stopper la guerre mais aussi pour préserver son image, sérieusement écornée, l’Egypte a donc décidé de reprendre son rôle de médiateur en proposant une initiative en trois points : d’abord “un cessez-le-feu immédiat pour une période limitée”, permettant l'établissement de couloirs humanitaires et laissant le temps à l'Egypte d'œuvrer pour un cessez-le-feu “global et définitif”. Ensuite une réunion d'urgence en Egypte avec Israéliens et Palestiniens, pour parvenir à “des engagements et des garanties”. Enfin, une invitation aux factions palestiniennes rivales à reprendre les pourparlers de réconciliation. Les garanties citées dans le deuxième point doivent inclure “la sécurisation des frontières”, ce qu'exige Israël (c'est-à-dire l’arrêt de la contrebande), “l'ouverture des points de passage frontaliers et la levée du siège” de la bande de Gaza, comme le réclament les Palestiniens.

Au douzième jour de son offensive, Israël a annoncé l'établissement d'un couloir humanitaire et une suspension quotidienne de trois heures des bombardements sur Gaza-ville, semblant ainsi répondre favorablement au plan égyptien. Surtout, Israël va dépêcher au Caire le conseiller politique du ministre de la Défense pour discuter d'une éventuelle trêve à Gaza. L’Autorité palestinienne a déjà répondu présent à l’appel égyptien, mais le Hamas a indiqué avoir des réserves. En attendant les résultats des efforts diplomatiques, le gouvernement israélien a toutefois discuté de la possibilité d'élargir les opérations terrestres dans les zones urbaines palestiniennes.



Zoom. Le casse-tête d’une “bande”

Un territoire minuscule, mais un casse-tête majeur. La bande de Gaza, 362 km2 et 1,5 million d’habitants, peuplée majoritairement de descendants de réfugiés de 1948, est un problème pour l’Egypte, et un cauchemar pour Israël. Yitzhak Rabin avait suggéré de la faire “couler dans la mer”. D’autres responsables israéliens ont proposé que l’Egypte en prenne le contrôle. Inadmissible pour Le Caire, qui ne veut surtout pas en devenir le tuteur et craint par-dessus tout un afflux de réfugiés dans le Sinaï et la création d’un Etat islamiste, appuyé par l’Iran et le Hezbollah, à ses portes. Pour Israël, Gaza est une poudrière : c'est là qu’a grandi, dans les années 1950, le mouvement national palestinien, et qu’a éclaté la première Intifada en décembre 1987. C’est là aussi que l’une des bêtes noires de l’Etat hébreu, le Hamas, a pris le pouvoir. A tel point que lorsque des Israéliens disent à quelqu’un d'aller “au diable”, ils lui disent d’aller “à Gaza”…

 
 
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