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Par Karim Boukhari
Voyeurs
| Souriez, vous êtes sur Facebook. Ou Youtube. Le premier est un loft où chacun étale son intimité en se prenant pour le roi people, le deuxième est une agence de presse audiovisuelle où tout le monde est tour à tour filmeur, regardeur, transcripteur, inquisiteur, penseur. Dans un pays où les sondages dopinion sont aussi rares que les gouttes de pétrole, cela peut toujours servir. Pour draguer. Dire quon est beau et gentil, que Dieu est grand, que la mariée a le chignon quil faut, que lon a quelque chose à dire, et que, en général, marre, y en a vraiment marre. Cela sappelle échanger, oui maman, tu sais, le genre de choses que tu tentais désespérément dinterdire à tes gosses : Il ne faut pas parler |
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| ou voir des choses haram, mes enfants. Sexe, religion et nimporte quoi sont les trois moteurs qui font tourner ce petit monde parallèle où le peu de gens normaux ressemblent à des Martiens. Ils rappellent aussi le contenu de nos têtes, avec les mots de tous les jours, mais sans le correcteur automatique. Au Maroc, pays où lon lit si peu, Facebook et Youtube sont ce champ où tout le monde jette tout et broute tout. Pour le meilleur et pour le pire. Quand on demande : Mais, mon ami, vous arrive-t-il de lire ? De suivre lactualité ? De faire des rencontres ?, la réponse même pas cynique peut être : Oui, sur Facebook. Et Youtube. Le monde, la vie, lhistoire, linformation, tout est corrigé par ce miroir aux alouettes, royaume de la confusion, de la tchatche
et du nimporte quoi. Cela sappelle aussi lavenir. Mesdames et messieurs, bienvenue en 2009. |
Allah, Al Watan
Al Malik, bien sûr. Et Al Qods. Le roi est sacré, il est inutile de vous expliquer pourquoi. Parce que, point à la ligne ! Il se trouve quAl Qods aussi. Cest suffisamment complexe et, là, on peut se montrer plus disert. La Palestine. A chaque fois quun gosse tombe sous les balles, cest un peu de notre corps, une certaine idée de nous, un idéal et un rêve, arabe et marocain, qui sécroule. Cest énorme. Que nos amis amazighs nous permettent de laisser de côté lépineuse différenciation berbérité - arabité, nous sommes dans un pays où les gens se définissent dabord arabes avant dêtre marocains. Tout nous conforte dans cette vérité sondée par le trio de chercheurs Tozy El Ayadi Rachiq (LIslam au quotidien, 2007).
La pièce musulmane dans notre cerveau peut sommeiller quand le sang coule en Bosnie ou en Tchétchénie, elle rougeoie de tout son feu quand le juif en (face de) nous entre en jeu. Il en va ainsi de notre nature. On compatit silencieusement lorsque les musulmans dEurope prennent des coups, on défile dans les rues, le cur gros comme ça, la rage aux dents, quand une balle juive perfore un corps arabe
Vous lirez sans doute des tonnes de littérature sur cette forme éternelle de mélancolie arabe, le massacre que vous savez et cet extraordinaire pouvoir fédérateur de toute mauvaise nouvelle venant dAl Qods, notre centre du monde. Dommage que très peu parmi nous sont capables darrimer larabité à luniversalité. En plus simple, de dire : Que lon défile aussi dans nos rues le jour où un kamikaze décime des gosses israéliens. Ben oui, rappelez-vous, on est bien arabes, amazighs, musulmans, marocains. Et citoyens du monde ! |
Golden boy
La cabale montée contre Khalid Oudghiri, ou ce qui y ressemble (lire article p.26), est un délicieux cas décole, un gâteau merveilleusement marocain. Il y a encore quelques mois, lhomme était confortablement vissé sur le trône dAttijari, premier groupe bancaire du pays. Oudghiri ? Il boxait dans la catégorie des poids lourds, celle des champions de la finance, alignés au service de Sa Majesté (et du pays, quand même) : les Bakkoury, Bendidi et tant dautres. Mais que sest-il donc passé pour que le golden boy qui a si bien scellé le mariage BCM Wafabank dégringole si loin du sommet de sa montagne ? Comment, après avoir gagné et fait gagner beaucoup dargent à ce quon appelle la banque du roi, lhomme peut-il se retrouver, comme on le voyait venir sans trop y croire, sous le coup dun vulgaire mandat damener ? Oudghiri se tait, ses accusateurs cultivent le mystère, alors on est bien obligé de prêter loreille au téléphone arabe.
La rue dit : Cest le Maroc?!. Les pots-de-vin ? Allons, Oudghiri nest peut-être que la victime dun règlement de comptes, un geste dhumeur, une peau de banane sortie de la poche dun membre de lentourage royal. Cest ce que dit la rue. Cest hallucinant de légèreté, mais ce nest pas si bête. On a tellement connu de champions révélés par la gestion daffaires royales, encensés puis cloués au pilori et éjectés comme de vulgaires corps étrangers pour mauvaise gestion ou, plus prosaïquement, pour un oui, un non. Un gâteau marocain, on vous dit. |
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