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Par Mehdi Sekkouri Alaoui
Foot. Le Maroc hors-jeu
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Le chantier pour professionnaliser
le foot marocain est colossal.
(TNIOUNI)
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Les Lions de lAtlas, 41èmes au classement mondial de la FIFA, nont plus joué de Coupe du Monde depuis 1998, ni gagné de Coupe dAfrique depuis 1976. Décryptage de la crise du foot en huit points.
Budget
Pauvre Botola
Si les clubs tunisiens et égyptiens tournent avec des budgets annuels de 80 à 150 millions de dirhams, leurs homologues marocains se |
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contentent du minimum syndical : entre 6 à 40 millions de dirhams. Goûtez la différence. Ahmed Ghaybi, président de lOlympique de Safi, tient pour principal responsable de cette vache maigre la faiblesse des revenus générés par les droits de transmission de la Botola : En octroyant ces droits à la SNRT sans passer par un appel doffres, la Fédération a sans aucun doute enregistré un manque à gagner important, explique-t-il. Avant de poursuivre : Au final, les clubs reçoivent à peine 2 millions de dirhams par an, ce qui ne représente pas grand-chose dans leurs budgets. Dans dautres pays, ces droits peuvent représenter plus de 60% des recettes dune équipe. Autres raisons invoquées par le dirigeant safiote : le manque dimplication financière des villes dans la gestion de leurs clubs respectifs, la désaffection du public et le manque dintérêt porté par les sponsors aux petites équipes.
Statut
Lois paresseuses
Lamateurisme des clubs trouve aussi son origine dans les textes de loi. À cause dun vide juridique concernant les entreprises sportives, les équipes marocaines nont dautre choix que de se constituer en associations à but non lucratif. Or, ce cadre légal prive les clubs marocains dune importante manne financière. Explication de ce dirigeant de club de GNF1 : Si nous étions une société, nous pourrions, par exemple, attirer dans notre capital des actionnaires solides. Patience, cela sera bientôt possible. Le ministère de la Jeunesse et des Sports apporte actuellement les dernières touches à un projet de loi, inspiré des législations française, portugaise et turque, qui rectifie le tir en posant ainsi les bases de la professionnalisation du football marocain.
Dirigeants
Bénévolat et affairisme
Une équipe professionnelle suppose quelle soit dirigée par un manager rémunéré pour ses services. Nous nen sommes pas encore là. Tous les clubs, sans exception, sont drivés par des bénévoles. Parmi eux, une écrasante majorité dhommes daffaires qui, souvent, nont rien à voir avec le milieu footballistique. Certains sont parachutés à la tête des clubs pour leur argent et leurs relations, dautres sont là par opportunisme. Ils ont compris que le football peut être un excellent vecteur dascension dans les affaires ou la politique, explique le journaliste Najib Salmi.
Autre anomalie propre au football marocain : lavenir des clubs est entre les mains de dirigeants élus, certes démocratiquement, mais par une minorité dindividus qui ne représentent pas lensemble de ses supporters. Un club comme le WAC, par exemple, compte moins de 200 adhérents, à qui revient le rôle délire un président. En Espagne, à lui seul le FC Barcelone a 150?000 socios. Plus près de nous, en Tunisie, lEspérance de Tunis affiche au compteur 5000 affiliés.
Encadrement
Formateurs non formés
Le football marocain souffre du manque de formateurs qualifiés. La plupart des coachs sont danciens joueurs à qui leurs clubs font une faveur pour services rendus, explique ce dirigeant. Avant de poursuivre : La légitimité historique nest pas suffisante. Nul ne peut simproviser entraîneur, le coaching au vrai sens du terme est une science qui sapprend de nos jours et qui a ses diplômes. Mais là aussi, il y a diplôme et diplôme. Une minorité de coachs a suivi une formation solide, qui lui a permis de décrocher des diplômes reconnus, mais lécrasante majorité sest contentée de suivre seulement quelques stages dans des clubs marocains ou étrangers, raconte ce coach préférant garder lanonymat, qui révèle par la même occasion lexistence dune filière des pays de lEurope de lEst qui délivre de faux diplômes moyennant quelques milliers de dirhams.
Coachs
Un tour et puis sen va
Les clubs marocains brillent par leur instabilité. Il ne se passe pas un mois sans quon entende parler du limogeage dun entraîneur et son remplacement par un autre. Les dirigeants qui prennent ces décisions prouvent une chose : ils craquent très vite devant la pression du public. Malheureusement, le statut dentraîneur nexiste pas au Maroc. Nombreux sont les coachs qui nont même pas de contrat avec leur club, explique ce président dune équipe de D1. A létranger, on y pense à deux fois avant de virer un entraîneur, car on est tenu de lui payer lintégralité de son salaire jusquà la fin de son contrat en plus dindemnités. La valse des entraîneurs ne concerne pas uniquement les équipes de la Botola mais aussi la sélection nationale. Depuis le limogeage de Zaki en 2006, ils sont déjà cinq à avoir occupé le (convoité) poste de coach des Lions de lAtlas : Mhamed Fakhir, Philippe Troussier, Henri Michel, Fethi Jamal et Roger Lemerre. Tout un beau monde consommé en deux ans, SVP.
Infrastructures
Stades, quels stades ?
Il suffit de se rendre à un match de la Botola pour sen rendre compte : nos stades sont faits pour tout sauf pour des rencontres de football. Pelouses impraticables, gradins inconfortables, places non numérotées, absence de toilettes, conditions daccès inadaptées
le constat est désolant. Et ce nest que la partie visible de liceberg, sindigne ce président de club de GNF1. On parle de professionnalisme alors que dans certains stades, il ny a même pas deau chaude. Imaginez quil arrive même à nos joueurs de croiser des rats dans les vestiaires. Et dajouter : Dans les divisions inférieures, cest pire. Résultat : le spectacle nest pas toujours au rendez vous et les spectateurs se font de plus en plus rares lors des matchs.
Hooliganisme
Violence endémique
Si le spectacle se fait fade dans les stades, la violence est omniprésente depuis quelques saisons. Les affrontements entre supporters de différents clubs pendant et après le match sont (presque) devenus un rituel. Et souvent, le bilan est lourd : des blessés par dizaines, des voitures et des bus détruits, des commerces saccagés, etc. Cette situation nuit sérieusement aux clubs, explique Ahmed Ghaybi. Elle décourage de nombreux supporters à venir aux matchs. Ce qui nest pas sans conséquences sur notre trésorerie, ajoute- t-il.
Mais dans les stades marocains, le public nest pas le seul à faire dans la casse. Les sportifs sont également à pointer du doigt. Tout le monde se souvient de Baddou Zaki envahissant en début de saison la pelouse; pour en venir aux mains avec larbitre de la rencontre opposant son club, le Wydad de Casablanca, aux FAR de Rabat. Ou de Adil Hliouat, le joueur de lOlympique de Safi crachant sur lhomme en noir. Ou plus récemment de ce joueur du Rachad Bernoussi qui a donné un coup de boule à larbitre de touche, lexpédiant direct aux urgences.
Fédération
Lexception Benslimane
La main du Palais sur le football marocain sappelle Housni Benslimane. Ce nest un secret pour personne : si le premier gendarme du royaume est à la tête de la Fédération depuis plus dune dizaine dannées cest parce que cest la volonté de Mohammed VI. Il a été élu démocratiquement à ce poste en 2000 puis reconduit en 2004, parce quil est le candidat du Palais tout simplement. Personne na osé se porter candidat ou voter contre lui, explique ce dirigeant de club. Une assemblée générale de la Fédération devait se tenir en 2008, mais rien na été fait. Et là encore personne na rien dit, ajoute t-il.
Lapport du général au football marocain ? Ses détracteurs, toujours sous le couvert de lanonymat, peignent un président pas assez présent, occupé par ses fonctions sécuritaires. Le bureau fédéral se réunit tous les deux ou trois mois, ce qui est une aberration, sindigne ce président de club. Ses défenseurs le voient autrement : ça aide de lavoir à ce poste. Quand on a besoin par exemple dun hélicoptère ou dun avion ça se règle rapidement. En tout cas, lintéressé ne sen cache pas, il veut séloigner du milieu du football. Alors partira, partira pas ? Personne ne connaît la réponse à cette question, à lexception de Mohammed VI, dont dépend le sort du président de la Fédération. Benslimane a émis à plusieurs reprises le souhait de quitter cette fonction, mais le roi refuse de le laisser partir pour le moment, croit savoir ce proche du patron de la gendarmerie. |
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