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Par Amal Baba Ali
Rencontre. Une uvre dart en cash
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Lartiste-peintre a mis près
dun an pour réaliser, en 1983,
la toile de 4 mètres sur 3. (DR)
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Peu connu du grand public, Ahmed Ben Yessef a pourtant signé la toile de fond du billet de 100 DH illustrant la Marche Verte. Histoire dune volonté royale.
Nous détenons tous, sans le savoir, une uvre dart dans le porte-monnaie
grâce à Hassan II. Le billet de 100 DH reprend, sur son verso, une toile de lartiste-peintre Ahmed Ben Yessef, une figure méconnue du grand public marocain, mais dont la réputation nest plus à faire à létranger. Pourtant, rien ne destinait cet artiste, tétouanais de |
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naissance et sévillan de résidence, à illustrer lun des premiers billets colorés du royaume. Nous sommes en 1983. Lépopée de la Marche Verte est encore vive dans tous les esprits. La ferveur patriotique sempare des artistes qui se sont lancés dans une compétition non déclarée pour encenser à qui mieux mieux le fameux génie hassanien. Théâtre, musique, littérature... tous les genres artistiques sont mis à contribution pour revivre autrement la Marche Verte
à lexception de la peinture. Le souverain cherche alors à immortaliser les moments forts de cette tranche de lhistoire du Maroc à travers une uvre picturale aussi pittoresque que son événement, dautant que le souverain est en quête dun chef duvre pour commémorer ses 25 ans de règne.
Quelques tentatives ont été réalisées mais aucune na réussi à séduire Hassan II. De son côté, Ahmed Ben Yessef, étoile montante dans la galaxie artistique internationale, expose en Espagne et aux Etats-Unis, où ses tableaux sarrachent au prix fort.Jai été contacté par Ahmed Bennani, homme de confiance de Hassan II et gouverneur de Bank Al-Maghrib à lépoque. Il ma demandé un tableau résumant lesprit de la Marche Verte, se rappelle Ben Yessef. Lartiste ne se fait pas prier et quitte son atelier de Séville pour rallier le Maroc. Cétait pour éviter de heurter les sentiments des amis espagnols que jai décidé de matteler à mon uvre dans ma résidence à Tétouan, surtout quà cette époque les relations entre les deux pays nétaient pas au beau fixe, se défend-il.
Un mini-Maroc
Conciliant, Ben Yessef tient alorsà mettre laccent sur les valeurs pacifistes de la Marche Verte. Jai imaginé le tableau avant de le peindre. Je me suis lancé corps et âme, car au-delà de laspect artistique, cette uvre portait une valeur historique. Le défi était aguichant, se souvient-il, non sans nostalgie. Sur le tableau, une huile sur toile dune dimension de 4 mètres sur 3, lartiste essaye de reproduire toutes les franges de la société en brossant quelques portraits de Marocains.
A droite, lhomme riche est représenté vêtu dune jellaba blanche. A sa gauche, le pauvre a le visage dur et les joues creuses. Au premier plan, une petite fille saccrochant à son père et une femme arborant, entre les mains, le portrait du roi (un portrait jeune et vigoureux dans le tableau initial, remplacé, sur le billet imprimé, par un autre où Hassan II semble avoir pris un coup de vieux). Sans oublier lintellectuel avec des lunettes et une coiffure hippie. Ahmed Ben Yessef fait également un clin dil aux pays arabes qui ont pris part à la Marche Verte en représentant leurs drapeaux, flottant derrière celui du Maroc. Une colombe, symbole de la paix, survole la foule. Dans son bec, le Coran a remplacé la branche dolivier. Vu que le livre saint était lemblème de la Marche Verte, précise lartiste.
Pour que le mythe perdure
La réalisation de cette toile prend près dun an à Ahmed Ben Yessef. Impatient, le wali de Bank Al-Maghrib lui rend des visites fréquentes. Hassan II avait donné ses instructions pour que personne nintervienne dans mon travail. Il avait une grande considération pour la créativité, lance Ahmed Ben Yessef, admiratif. Et il ne sera pas déçu. Dévoilée en grand pompe devant le souverain, luvre le fait vibrer. Sous le charme, le roi demande den faire cadeau à tous les chefs dEtat et ordonne que luvre soit imprimée sur un billet afin de vulgariser la Marche Verte et pour que le mythe perdure.
En 1986, les billets de 100 DH mis en circulation arborent la toile. Lors de lédition de nouveaux billets, lartiste sera conseiller auprès de Bank Al-Maghrib et son tableau inspirera le nouveau design des coupures. Lartiste se montre discret sur sa rétribution, préférant plutôt parler du cadeau offert par Hassan II : une canne convertible en pinceau et palette que Ahmed Ben Yessef garde toujours et exhibe avec grande fierté à ses hôtes. La fameuse toile, elle, trône majestueusement dans lun des palais royaux. Peu importe, les Marocains peuvent se targuer davoir entre les mains la reproduction dune uvre dart chargée dhistoire.
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Biographie. Exilé volontaire
Les passionnés de lart impressionniste au Maroc ont découvert Ahmed Ben Yessef en 1976 quand lartiste a monté sa première exposition à guichet fermé sur linvitation dune galeriste française, connue sous le nom de Mme Savouroux. Tous les tableaux ont été vendus à lavance. Depuis Ben Yessef a sillonné bien des contrées : Japon, Singapour, Canada, Etats Unis, etc. Né en 1947, il a démarré sa carrière à Tétouan avant de décrocher une bourse et de senvoler, à vingt ans, pour lécole des Beaux arts de Séville, malgré la désapprobation de son père. Il voulait que je suive des études en médecine comme les autre garçons du quartier, raconte-t-il. Le jour, Ben Yessef suit assidûment les cours et le soir il traîne dans les ruelles avant de sendormir sur un banc public. Affaibli, Ben Yessef a failli trépasser. Ayant échos de ses mésaventures, son père a fini par lâcher du lest et comprend mieux la vocation artistique de son fils, qui sadonne à la peinture mais aussi au dessin et à la sculpture. Figure emblématique de Séville, où il vit et peint ses tableaux, Ben Yessef a réalisé un mémorial pour célébrer le centenaire du club du FC Séville. |
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