N° 355
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

FOOT. Le Maroc hors-jeu
CONSOMMATION. Soldes au rabais
RENCONTRE. Une œuvre d’art en cash
DIEUDONNÉ. "Je suis en guerre contre lesionisme"
ART URBAIN. Eye of the taggeur
LE MAG CULTURE



Propos recueillis par Hassan Serraji,
correspondant au Canada

Dieudonné. “Je suis en guerre contre le sionisme”

Le comique et provocateur
français a très envie de
se produire au Maroc. (AFP)

L’humoriste français, très controversé, s’est expatrié pour présenter son dernier spectacle au Québec. Sur les planches et en entretien dans les coulisses du théâtre, il rebat le même cheval de bataille : se présenter comme “l’avocat des peuples du Sud esclavagés”. Pour TelQuel, il revient sur la polémique qui l’entoure, sa relation avec Le Pen et sa vision politique du monde.


Après Mes excuses en 2004, vous avez intitulé votre dernier
spectacle J’ai fait l’con. Vous avez quelque chose à vous reprocher ?
Non. C’est une démarche humoristique. Et si j’ai quelque chose à me reprocher, c’est de ne pas être encore plus direct et plus efficace. Depuis vingt ans que je fais ce métier, j’ai fait rire beaucoup de monde, inspiré la relève et obtenu la reconnaissance de mes pairs.

On a l’image de l’humoriste qui fait rire, mais il y a aussi le militant. Vous êtes en mission ?
Oui, celle de libérer le peuple et me libérer d’abord, des “maîtres” et des esclavagistes qui nous gouvernent. Et j’en ai marre que l’on me pousse à aller faire la guerre je ne sais pas où.

Mais pourquoi on ne voit que la polémique qui vous entoure ?
J’ai touché quelque chose de sacré. À partir du moment où l’on arrête de se plaindre et de rigoler de notre propre condition, on dérange le maître. Le maître est perturbé quand il donne des coups de fouet à l’esclave qui rigole…

Est-ce que vous voyez vraiment le monde comme des maîtres qui profitent des richesses et des esclaves opprimés ?
C’est quelque chose d’évident. Ceux qui ont de l’argent investissent dans les médias parce qu’ils savent qu’ils peuvent contrôler les populations et maîtriser par la propagande une partie de l’opinion publique. Ils arrivent à fabriquer une opinion publique qui n’est pas la réalité. Ils arrivent, par exemple avec l’élection d’Obama à faire pleurer des gens. C’est quand même incroyable.

On a l’impression que tout le monde vous a tourné le dos, même dans votre entourage…
Tant mieux, ça me permet de ne pas leur tourner le dos. Mais je ne peux pas collaborer à une criminalité organisée. Un artiste a cette responsabilité. Les véritables responsables des inégalités entre le Nord et le Sud, on les connaît. C’est le gouvernement des États-Unis, Nicolas Sarkozy en France et Israël. C’est ce triangle infernal dans lequel on est enfermé en permanence qui voudrait nous faire rire et pleurer à l’élection d’Obama. Moi, j’ai pleuré de douleur à la mort de Thomas Sankara, de Patrice Lumumba, mais ne me parlez pas de pleurer sur l’élection de quelqu’un qui vient d’apparaître et qui serait le messie réincarné sur terre…

L’élection de Barack Obama ne vous satisfait pas ?
C’est comme le 11 septembre 2001. C’est juste un film. C’est Hollywood pour nous faire pleurer en jouant sur une fibre extrêmement sensible. Si les États-Unis mettent un noir à leur tête, aujourd’hui, ce n’est pas pour faire plaisir aux noirs ni à l’Afrique, c’est parce qu’ils ont fait un braquage après le 11-septembre dans le monde et qu’ils essayent de se tirer, vite fait, bien fait. Pour moi, Obama est un écran de fumée, ça va leur permettre de faire leurs valises et de se casser avec le pognon. Si Obama n’ouvre pas une enquête sur le 11-septembre, sur les armes de destruction massive qui ont entraîné le monde entier dans une guerre, c’est qu’il est complice du braquage et qu’il a touché sa part…

Mais Obama l’a bien dit dans sa campagne, que la guerre en Irak était une grave erreur.
S’il l’a dit, il faut qu’il poursuive les responsables. Tout comme Saddam et Milosevic ont été jugés, il faudra juger George W. Bush. Sinon, c’est Bush qui a payé, avec l’argent qu’il a volé, un nègre pour tout arrêter et l’acquitter! La justice n’est pas seulement faite pour les criminels non américains. Mais ça va se faire. Nous irons de victoire en victoire, depuis cette résistance héroïque qui s’est dressée dans le Sud-Liban pour repousser l’armée américaine et sioniste, pareil en Russie et partout dans le monde.

Est-ce que l’arrivée d’un noir au pouvoir est possible en France ?
Même si c’est le cas, le président n’a aucun pouvoir de changer les choses. Lumumba, Sankara, Malcom X ont essayé et, à chaque fois, c’étaient des martyrs. Il est impossible qu’un homme tout seul, à part le messie, à part Dieu lui-même, puisse représenter la souffrance des noirs.

Que répondez-vous aux gens qui vous qualifient d’antisémite ?
C’est un chantage systématique fait par les sionistes que je refuse. Je leur dis : achetez mes DVD et venez voir mes spectacles.

Dans votre dernier spectacle, vous présentez le baptême de votre fille et son parrainage par Jean-Marie Le Pen, votre ennemi juré, comme une simple opération de communication ?
J’ai voulu désobéir à la pensée unique. Je n’ai jamais soutenu Jean-Marie Le Pen. Mais j’ai trouvé l’idée d’un baptême comme un symbole de réconciliation et de paix formidable même si je ne suis pas religieux. Le Pen, pour un Français d’origine africaine, c’est le diable, l’homme le plus raciste du monde. Ne sachant pas où Dieu s’exprime en politique, je suis allé voir le Diable pour au moins avoir un repère. Je l’ai vu, je lui ai serré la main, et je me suis aperçu qu’au fait, le diable, il est à l’Élysée, et que l’épouvantail Le Pen n’est qu’un écran de fumée.

Et en privé, il est comment Le Pen ?
Humainement, c’est quelqu’un de très sympathique…

Vous êtes toujours contre ses “idées” ?
Politiquement, je n’ai pas changé. Je suis plus proche de Hugo Chavez, mon vrai exemple, et je ne rêve qu’à l’éveil des peuples du Sud. Je me battrais toujours contre ces idées, le communautarisme et tout ce qui est national.

Et vous pourriez rencontrer Bernard Henry Lévy qui vous a attaqué directement ?
Je peux même lui proposer d’être le parrain d’un de mes enfants, même s’il n’est pas le meilleur exemple à donner à mon enfant…

Sinon, comment ça va avec les Marocains Jamel Debbouze et Gad Elmaleh ?
Ça va. Avec Gad, c’est tendu mais je ne sais pas pourquoi, par contre avec Jamel il n’y a pas de problème.

Comptez-vous vous produire au Maroc ?
Oui, j’en ai très envie...

 
 
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