N° 355
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

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ART URBAIN. Eye of the taggeur
LE MAG CULTURE



Par Meryem Saadi

Art urbain. Eye of the taggeur

Mohamed, 23 ans, doit son
surnom à une cicatrice à
l’œil gauche. (HASSAN OUAZZANI)

Dès l’âge de 13 ans, Aouina a troqué ses stylos d’écolier pour des bombes de peinture. Retour sur le parcours d’un artiste qui n’a pas fini de faire parler de lui.


Les murs des cages d’escaliers de l’imposant bâtiment du Technopark de Casablanca sont depuis quelques semaines recouverts de tags et de graffitis, plus originaux et colorés les uns que les autres. Certains employés en costume-cravate s’arrêtent quelques secondes pour admirer Goldorak ou un motif tribal. “Certains de nos couloirs
ressemblaient à ceux d’un hôpital. Les tags les ont rendus plus agréables, et leur ont donné une véritable dimension artistique”, affirme Omar Balafrej, directeur général du Technopark. L’auteur de ces fresques new age ? Si Mohamed, un jeune Casablancais de 23 ans, à qui il n’a fallu que 8 jours pour tagger les escaliers des quatre étages de l’immeuble high-tech. Plus connu dans la sphère artistique marocaine sous le nom de Aouina, il doit son surnom à une cicatrice qu’il a à l’œil gauche depuis un accident survenu pendant son enfance. “C’est mon signe distinctif depuis très longtemps. J’utilise d’ailleurs le motif de l’œil comme signature de mes œuvres”, explique l’intéressé, qui est également bénévole au sein de l’association l’EAC-l’Boulevard depuis quelques mois.

Des cahiers aux murs
“Je dessine depuis que je suis tout petit. Parfois à l’école, je rendais des dessins à mes professeurs à la place des réponses aux examens”, se rappelle Aouina. À l’époque, il est également fan de breakdance et partage son temps entre la danse et le dessin. Très vite, ses deux passions prennent le dessus sur tout le reste et le jeune homme quitte les bancs de l’école avant la fin du cycle primaire. “Les études n’étaient pas vraiment faites pour moi, j’avais besoin de quelque chose de plus artistique.

Mes parents étaient déçus, mais quand même rassurés de voir que je me débrouillais plutôt bien dans mon domaine”, affirme-t-il. A ce moment, Aouina découvre le graffiti sur Internet et regarde régulièrement des vidéos sur Youtube de taggeurs du monde entier. Mais l’artiste n’ose pas encore investir l’espace public et ses dessins restent donc sagement dans ses carnets. Il commence néanmoins à acheter des markers et des pinceaux, et se lance dans de très petits essais sur quelques murs pas très loin de chez lui. Il mixe plusieurs styles de tags et intègre même des graffitis en arabe dans ses œuvres. Il donne un nom à son style particulier, baptisé le “Khouchlaâ”.

Le tournant dans son parcours de taggeur sera la rencontre décisive en 2008 avec des artistes de la nouvelle scène marocaine, qui gravitent autour du festival l’Boulevard. “Des personnes telles que Amine Bendriouich m’ont vraiment encouragé à ne pas laisser tomber le tag, et à m’impliquer encore plus”, confie l’artiste. Mi-novembre, le styliste l’a invité à participer à la présentation de sa nouvelle collection, dans les sous-sols du Technopark. Il décide alors de réaliser des tags en live, devant les invités présents. “Au début j’avais le trac, mais, en fin de compte, tout s’est bien passé, et beaucoup de personnes sont venues me féliciter”, raconte Aouina avec un sourire au coin des lèvres. Prochain objectif ? Participer au maximum d’événements culturels, pour se faire un nom dans le monde des arts urbains. Et faire du “Khouchlaâ” un style de tag 100% marocain, qui pourra le faire connaître au-delà des frontières. Bonne chance à lui !

 
 
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