N° 355
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

FOOT. Le Maroc hors-jeu
CONSOMMATION. Soldes au rabais
RENCONTRE. Une oeuvre d’art en cash
DIEUDONNÉ. "Je suis en guerre contre lesionisme"
ART URBAIN. Eye of the taggeur
LE MAG CULTURE



Pages Coordonnées par Maria Daïf

Festival. Let’s dance

Salia Ni Seydou en représentation
lors de la 3ème édition du festival.
(DR)

Anania, la compagnie de danse contemporaine marrakchie, se prépare pour son festival On marche. Aperçu.


Anania est en train de réussir là où d’autres ont échoué : monter un festival de danse contemporaine et le maintenir dans la durée. C'est que les membres de la compagnie se cramponnent – avec grâce – à ce rêve touché du bout des doigts il y a quatre années, celui de professionnaliser la danse contemporaine au Maroc. Du 24 au 31 janvier, les désormais incontournables Taoufiq Izeddiou, Bouchra
Ouizgen, Saïd Aït El Moumen, suivis par d’autres artistes de talent, donneront à voir leurs corps en mouvements dans plusieurs lieux de Marrakech. Du théâtre Dar Attakafa Daoudiat à la place Jamaâ El Fna en passant par Dar Bellarj ou autre rond-point Guéliz et Théâtre Royal, Anania et ses chorégraphes invités balanceront entre scènes et hors-scènes : pour danse contre nourriture, six familles se verront offrir un home spectacle en échange d'un repas. Pour Danse f'l'appart, même principe de proximité et de travail en espace clos, avec installations, photos, vidéos…. Débats, expositions et projections seront aussi à l'ordre de la semaine. Anania marchera, ondulera et déambulera donc dans les rues de la ville et espère atteindre au moins le succès des années précédentes. L'année commence bien. A.M.

On marche… Du 24 au 31 janvier, à Marrakech.



Anniversaire. Meknès en musique

C’est en 1999, alors que peu de programmateurs d’évé?n?ements s’av?en?t?u?r?ai?ent à le faire, l’Institut français de Meknès ouvrait ses portes pour la première fois aux musiques alternatives. Dix ans plus tard, l’Institut tient à fêter son audace en organisant une série de concerts en 2009. Le bal s’ouvre le 15 janvier prochain au théâtre de l’Institut, avec un concert de rap Old School marocain, réunissant les pionniers de Double A ainsi que le Tangérois Muslim. Deux semaines plus tard, le 30 janvier, c’est Zahra Hindi qui jouera en live des morceaux de son nouvel album. Le reste de l’année, les Meknassis promettent des surprises. Au programme : des concerts d’artistes français de différents styles musicaux, tels que Laoun Sharki, Mademoiselle K, Kwal, ou encore Patxi (de la Star Academy 3). M.S.


Commémoration. Petit Prince devenu grand

Bientôt 90 ans qu’un avion a pour la première fois relié la France au Maroc. Pour fêter l’évènement, ainsi que la publication, en arabe classique et en darija, du Petit Prince, que présenteront les éditions Aïni Bennaï au Salon international du livre de Casa, l’Institut français nous embarque sur les traces d’Antoine de Saint-Exupéry et de l’Aéropostale. Théâtre, expos-photos et dessins, lectures du Petit Prince et de correspondances par de jeunes comédiens, tables rondes et festival de cinéma (Un pont sur le Sahara, L’Aéropostale) seront dédiés à l’écrivain-pilote, son univers entre désert, ciel et mer, et sa passion pour le Maroc, cadre et source d’inspiration de ses œuvres majeures (Terre des hommes, Courrier Sud…), où il vécut ses “plus belles” années. C.M.

Du 11 février au 13 mars.



L’Boulevard. Invasion à Technopark

La bonne nouvelle est confirmée : l’association l’EAC- l’Boulevard a enfin un vrai toit au-dessus de la tête. Situé dans les sous-sols du Technopark de Casablanca (Sidi Maârouf), le nouveau siège de l’association est appelé à devenir un véritable centre de musiques actuelles. “En ce moment, nous sommes à la recherche de fonds pour ré-aménager totalement les locaux”, explique Momo Merhari, co-fondateur du Festival l’Boulevard. Si tout va bien, les nouveaux bureaux de l’association devraient contenir également des salles de répétitions, une salle de projection, une petite salle de concert, ainsi qu’un studio d’enregistrement. Et pour couronner le tout, une Web radio et une Web TV devraient également voir le jour entre ces murs. Entre-temps, l’équipe a déjà commencé à travailler sur la onzième édition de l’Boulevard, qui aura lieu du 28 au 31 mai prochain. Itoub ! M.S.


Compét’. Les talents de Tanger

A Tanger, les jeunes férus de la réalisation vont s’en donner à cœur joie. Du 14 au 18 janvier, une compétition de courts-métrages a été conçue rien que pour eux, initiée par la Cinémathèque de la ville et son Institut français. Ayant pour thème “chergui” (vent de l'est) et prévoyant au programme rencontres, tables rondes, ateliers et projections, l’événement se veut bien sérieux. Pour les huit réalisateurs sélectionnés (sur 54 candidats), c'est le feu vert artistique : fictions ou animations, filmées avec une caméra, un téléphone ou un appareil numérique, le but sera de prouver sa passion cinématographique et décrocher, au bout du compte, cinq jours de formation technique dans le domaine. Quant au jury du festival, il est composé des réalisateurs Mohamed Chrif Tribak et Olivier Laxe, du producteur Moulay Ahmed Belghity et de la monteuse Sarah Taouss. Un vent d'air frais, en somme. A.M.


Exposition. Le retour du fils prodige

Alors qu’il s’est fait rare pendant plusieurs années, l’artiste photographe Touhami Ennadre fait un retour en force dans son pays natal. Après être passé en juin dernier par la Villa des Arts de Rabat, celui qui a exposé au prestigieux Guggenheim Museum à New York et à la Tate Gallery de Liverpool (rien que cela) pose ses clichés à Casablanca. La ville qui l’a vu naître accueille ainsi depuis le 8 janvier une exposition majeure qui retrace son parcours artistique de 1975 à nos jours.
Utilisant une technique qui lui est propre (enlever le viseur de son appareil photo), faisant de la violence, la misère et la mort son principal “sujet”, procédant lui-même au tirage de ses photos, Touhami Ennadre s’est fait une place au soleil, figurant ainsi sur la liste des photographes qui comptent.
Se définissant lui-même comme “un peintre dans le noir”, ses visages, bras, mains, têtes couvertes et dos décharnés fascinent et dérangent à la fois. L’œil de Ennadre, unique, vous entraîne là où il veut : dans les bas-fonds de New York, de Rio de Janeiro, de Mexico, dans des abattoirs, ou encore dans les décombres du 11 septembre. Autant de clichés réunis à la Villa des Arts de Casablanca. C’est sûr, l’exposition fera date. S.T.

Du 08 janvier au 28
février 2009, à la Villa
des Arts de Casablanca.



Arts plastiques. Dans le silence de Tibari

Entre Casablanca et Azemmour, à Sidi Mâachou plus exactement, Tibari Kantour vit et travaille. Presque en exil, coupé de ce qui pourrait l’empêcher d’entamer une toile ou d’en finir une autre, l’artiste quitte sa tanière à l’occasion, pour une expo ici ou là. Devenu sourd à l’âge de 14 ans, Tibari Kantour s’est créé son monde à lui. Et c’est là que ses toiles emmènent. Kantour travaille le papier, le malmène, le froisse, le défroisse puis y dépose son pinceau. S’il n’est pas du genre à collectionner les expositions, il travaille pourtant d’arrache-pied, fabriquant lui-même les machines pour produire du papier : “En travaillant la matière, j’ai découvert que le papier, au lieu d’être un support de l’œuvre d’art, pouvait être lui-même œuvre d’art”, confiait-il à Edmond Amran El Maleh. Il expose, à Casablanca, papiers et toiles. M.A.D.

Du 13 janvier au 6 février,
à la Galerie 121 à Casablanca.



Edition. Livre d’Elles

Une dizaine de jeunes femmes, analphabètes, ont rejoint il y a deux ans les rangs du Centre de formation pour adultes (CFA), afin d’apprendre à lire et à écrire. J’étais analphabète est un livre qu’elles ont écrit ensemble. L’œuvre, éditée grâce à l’association féminine Shahrazade, est écrite en arabe et en français, et les jeunes femmes y racontent, à travers des poèmes, des essais et des interviews, leurs parcours et leurs espoirs. Pour Latifa L’iraqui, fondatrice et vice-présidente de l’association : “Cette expérience leur a permis d’acquérir plus de confiance en elles. C’est surtout, pour nous tous, un pas de plus dans le combat que nous menons contre l’illettrisme”. Le livre sera présenté le 25 février, à partir de 19h, à la Villa des Arts de Casablanca et sera disponible en librairie dans deux mois. S.T.



Humeur.
L'indifférente

Hassan Hamdani
h.hamdani@telquel.info

Elle déjeune en clique. La télé diffuse les images de Palestiniens victimes des bombardements israéliens. “C'est déguelasse”, commente un de ses amis. “Oui”, lâche-t-elle. Elle le pense, mais vite fait, comme un “ça va ?” ne vous engageant en rien. Elle connaît la chanson. Les nouvelles sont mauvaises d'où qu'elles viennent. Alors, elle voudrait, si ses amis le permettaient, déjeuner en paix, et aussi un bébé, tant qu'à faire. Elle n'ose pas leur avouer qu'elle se fout de la cause sacrée, au risque de passer pour un alien. Ses amis, elle ne les reconnaît plus depuis quelque temps. Ils ont tous une gueule d'étendard palestinien sur Facebook. Ils pleurent en chœur à chaudes larmes virtuelles. Leurs conversations sonnent comme des slogans de manif'. Ils comptent les morts, aussi. Beaucoup d'enfants dans le lot. “C'est horrible”, martèle un de ses amis. “Oui”, acquiesce-t-elle, distraite. Gaza sous les bombes lui semble si loin. Et les soldes à Zara si proches. Elle pense aller y faire un tour, une fois fini son déjeuner morbide. Elle arrivera bien à convaincre une copine de quitter son deuil pour aller faire du shopping. Elle s'achètera un pull pour se consoler d'un chagrin qui n'est pas le sien. Et du bébé qu'elle n'aura pas de si tôt. Pas inhumaine. Juste victime de la loi du mort-kilomètre…

 
 
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