N° 356
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

BOURSE. Faites vos jeux
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fédoua Tounassi

Bourse. Faites vos jeux

(TNIOUNI)

La place de Casablanca commence 2009 sous de mauvais auspices. Quelques pistes et recommandations pour tirer son épingle du jeu.


Rien ne va plus sur la place de Casablanca. La dégringolade des indices n’en finit pas depuis la première séance de 2009. Alors que l’on croyait la chute loin derrière avec l’avènement de la nouvelle année, il n’en est rien : Masi et Madex ont perdu en l’espace de 7 séances l’équivalent de la contre-performance enregistrée tout au long de 2008. Analystes et
traders en perdent leur latin et livrent des recommandations au compte gouttes. “Personne ne veut s’aventurer et analyser la situation de peur de se ridiculiser”, avoue sans fausse honte un trader. Les avis sur cette série noire sont partagés entre pessimistes, qui ne veulent pas donner de faux espoirs aux petits porteurs et autres investisseurs, et optimistes, qui martèlent que c’est une correction salutaire pour la BVC dont les valorisations étaient complètement déconnectées avec la réalité économique du pays. “Nous considérons cette baisse comme une purge pour le marché qui en avait vraiment besoin avant de repartir sur de bonnes bases”, tente de convaincre un analyste.

Il estime d’ailleurs que le marché poursuivra une phase de consolidation et que la reprise de la croissance sera pour le deuxième semestre 2009. L’argument, défendable, ne tient pas la route. Cela va plus loin qu’une simple purge. “L’absence de soutien de la part des institutionnels qui intervenaient en fin d’année pour faire remonter les cours a été durement ressentie par la place”, estime pour sa part un autre trader qui prévoit que la Bourse baissera encore plus et plus longtemps. “On parle de quelque 20% supplémentaires et le revirement de situation n’est pas pour cette année. Cela peut prendre plusieurs mois, voire une année ou deux”, poursuit-il. “La tendance baissière devrait se poursuivre sur le moyen terme jusqu’à fin 2009”, nuance pour sa part le patron d'une banque d'affaires.

Privatisations bienvenues
Répercussion psychologique de la crise internationale, désistement des zinzins (les fameux investisseurs institutionnels), panique chez les petits porteurs… une perte de confiance se ressent de la part de tous les intervenants. La mascarade qui a suivi l’affaire du bug informatique, les agissements hors de toute légalité de certaines sociétés de Bourse et l’absence totale de sanctions de la part du Conseil déontologique des valeurs mobilières (CDVM) ont égratigné encore plus la crédibilité du marché et de l’autorité de régulation. Les mesures prises par le ministère de l’Economie et des Finances pour redynamiser le marché, entre autres, les dérogations sur les programmes de rachat censées relancer les investissements, n’ont pas eu les effets escomptés.

Du moins pour le moment. “Il en faut bien plus pour remettre les investisseurs en selle. Ils sont complètement désorientés”, estime Amin Berrada, analyste boursier, précisant tout de même que l’injection de liquidités de la part de la Banque centrale a été bien accueillie vu le manque qui caractérisait le marché. D’autres experts appellent de tous leurs vœux de nouvelles introductions en Bourse, pour le moment improbables. Même ceux qui avaient l’intention de se lancer ont fait marche arrière, notamment Trarem qui, après avoir obtenu le visa du CDVM, s’est désistée. “Il faut une sacrée dose de courage pour se jeter dans l’arène vu la conjoncture actuelle”, nuance Salwa Hchichem, gestionnaire de portefeuille. Seul l’Etat peut le faire. “L’annonce de privatisations fin 2008 a donné du baume au cœur au marché. De grosses pointures comme la RAM, l’OCP ou encore Al Omrane seraient les bienvenus”, conclut-elle.

Manque de liquidités
Loin de ces considérations, le petit porteur lui ne sait plus où donner de la tête : vendre, temporiser ou acheter. D’autant que même ceux qui le guidaient auparavant ne semblent pas plus avancés. “Il faut être vraiment devin pour faire des pronostics pour 2009”, affirme un analyste. Pour les experts de BMCE Capital Bourse, la tendance est totalement injustifiée au regard des bons fondamentaux de l'économie et des sociétés cotées. “Elles devraient afficher des progressions de leur capacité bénéficiaire globale respectivement de 8,7% en 2008 et de 13,5% en 2009”, soulignent-ils. Mais les perspectives de croissance de certains secteurs demeurent favorables et il est conseillé aux petits porteurs de réserver une partie de leur mise dans les instruments monétaires et les dépôts à terme, un peu plus sûrs que les placements boursiers. “Au regard du manque de liquidités dans les banques et du resserrement monétaire, les taux d’intérêt servis pour cette catégorie de produits deviennent intéressants”, explique un gestionnaire de portefeuille. Les analystes recommandent également de se repositionner sur des valeurs plus résistantes et moins spéculatives.



recommandations

Les tops…

Les télécoms (Maroc Telecom) ainsi que l’agroalimentaire (Lesieur, Cosumar, Centrale Laitière…) représentent pour le moment les valeurs les plus sûres du marché. Ces secteurs ont affiché en 2008 des variations positives de 17,7% et 3,3% respectivement. A cette série de valeurs qu’il faut à tout prix avoir dans son portefeuille, des titres devraient bien se maintenir et constituer de bonnes opportunités de placement. Attijari Intermédiation recommande, dans une récente étude, des valeurs telles que la Banque centrale populaire (BCP), ce qui ne se dément pas vu l’actualité. La prise de participation croisée entre la BCP et l’Office chérifien des phosphates devrait avoir un impact positif sur le titre à moyen et long termes. D’autres valeurs sont à recommander, notamment les cimentières (Cima, Lafarge Maroc et Holcim). Banques et sociétés de crédits à la consommation devraient bien se tenir. Les établissements de crédit un peu plus que les autres compte tenu du faible taux de bancarisation du pays (25% de la population seulement). Hormis la BCP, Attijariwafa, BMCE ainsi que le CIH sont à recommander. La croissance du secteur du crédit à la consommation devrait également se poursuivre en dépit du ralentissement de l'économie marocaine, les ménages étant faiblement équipés (18% au Maroc contre 69% en France).

… et les flops

Les valeurs immobilières sont les moins nanties de la place, même si l’immobilier en général se porte bien et qu’il y a encore un gap énorme en logements à remplir. Les immobilières ont affiché à l’issue de l’exercice 2008 en moyenne une baisse de 20%, et cela devrait se poursuivre cette année jusqu’à atteindre 20 à 25% supplémentaires. “Elles ont été surévaluées pendant des années”, explique un gestionnaire de portefeuille. C’est d’ailleurs le cas de la coqueluche de la BVC pendant des années : Addoha. Les grosses capitalisations, telles que les holdings, devraient également connaître un fléchissement au niveau boursier dû aux répercussions de la crise internationale. Toutes ces recommandations s’adressent à des investisseurs qui veulent capitaliser sur l’avenir avec la petite dose de risque nécessaire aux marchés financiers et non pas des spéculateurs à la petite semaine. Pour ceux qui n’aiment pas le risque ou, pour les déçus de la Bourse, des placements collectifs (OPCVM notamment) sont plus à conseiller.

 
 
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