N° 356
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

POLITIQUE. Istiqlal show
PJD-USFP. S’aimer jusqu’à l’impossible 
MEDIAS. Live from Rafah
L'ACTU MAROC



Par Amal Baba Ali

Politique. Istiqlal show

(TNIOUNI)

4500 militants du parti de la balance se sont réunis pour un 15ème congrès placé sous le signe de l’entente. Une véritable congress party. TelQuel, comme de rigueur, jette son grain de sel…


Sourires, accolades, petits fours, photos souvenirs et consensus... c’est ce qu’on retiendra du 15ème congrès de l’Istiqlal, tenu les 9, 10 et 11 janvier à Rabat. La chaleur des retrouvailles a dissipé le froid sibérien qui soufflait sur la capitale, et les invités de marque, venus de tout
l’échiquier politique, étaient nombreux à répondre à l’appel des Istiqlaliens. Entre autres guest stars, Ismaïl Alaoui, patron du PPS, Mohand Laenser, leader de la Haraka ou encore Mahjoub Benseddik, l’éternel n°1 de l’UMT (Union marocaine du travail), avec qui Abbas El Fassi tenait à être photographié. Même le très people Mehdi Qotbi s’est, pour l’occasion, découvert des affinités avec l’Istiqlal. Quant au zaïm, comme de juste, il était tout à sa fête. Souriant et distribuant les embrassades à ses “invités”, Si Abbas avait tout du jeune marié, sauf que c’est en troisièmes noces qu’il convolait. Mais trêve de persiflage. Après tout, la mariée était consentante.

Une victoire à la Abbas
Dans la petite salle où le mini-gouvernement istiqlalien se réunit avant le démarrage des travaux, on s’affaire à distribuer à tours de bras le keffieh palestinien. Question consensus, quoi de mieux en effet que la question palestinienne pour resserrer les rangs. “L’Istiqlal est d’abord une culture de solidarité et d’unité. Nous arrivons toujours à régler nos querelles pour faire bonne mine devant les autres”, explique un militant istiqlalien. Et il n’a pas tort. En trois jours de congrès, aucune hache de guerre ne sera déterrée. Même les opposants de toujours à Abbas El Fassi n’ont pas fait parler la poudre.

La plupart ont préféré faire profil bas. Larbi Messari, par exemple, chef de file de l’aile contestataire du parti et démissionnaire du comité exécutif, a bel et bien été de la partie pour le troisième triomphe d’El Fassi. La brebis égarée aurait-elle retrouvé le droit chemin ? Que nenni : “Le comité exécutif a refusé ma démission. En tant que membre de la plus haute instance du parti, j’étais tenu d’assister au congrès. Mais je ne suis candidat à rien du tout et je reste opposé à certaines pratiques au sein du parti”, nous a confié Messari. En bon Istiqlalien, il n’ira pas plus loin et se contentera de quitter plus tôt que de raison la cérémonie du sacre de Abbas El Fassi.

Quant à Abderrahim Aouad, l’autre Don Quichotte du parti, il s’est muré dans le silence, refusant tout commentaire. Conforté dans son poste et porté aux nues par les siens, Abbas El Fassi est sorti revigoré (lui qu’on dit malade) de cette exhibition politique de muscles. L’astuce pour reconduire le zaïm (selon les statuts du parti il n’avait droit qu’à deux mandats) est sortie du chapeau magique de la commission de préparation du congrès. “L’amendement apporté aux statuts est une trouvaille du comité exécutif, approuvée par la commission nationale”, précise un militant. Les observateurs extérieurs, dans leur grande majorité, ne semblent pas choqués outre mesure. Le politologue Youssef Belal, par exemple, estime que “c’est une situation d’exception, car Abbas El Fassi est en exercice. Le risque aurait été d’avoir un secrétaire général qui perturbe la majorité et entrave l’action du gouvernement”. Et de nuancer?: “Il serait sans doute préférable que l’Istiqlal fasse émerger une personnalité capable de prendre les rênes du parti tout en défendant les orientations du gouvernement”.

La relève
A l’Istiqlal, les noms ne manquent pas. Taoufik Hejira est pour l’instant favori. Désormais surnommé Haj par ses camarades (il a présidé la délégation officielle qui s’est rendue à la Mecque), il est aussi très apprécié en haut lieu pour ses réalisations au sein du ministère de l’Habitat. Les autres étoiles montantes de l’Istiqlal semblent plus en retrait, notamment Adil Douiri qui, pendant le congrès, s’est réfugié à la quatrième rangée, bien loin des projecteurs. La seule voix dissonante aura finalement été celle de M’hamed Khalifa, un des cadors du parti, mais elle a fait l’effet d’un pétard mouillé. L’enfant terrible de l’Istiqlal avait osé annoncer qu’il se portait candidat contre Abbas El Fassi. Mal lui en a pris au vu des quolibets qu’il a essuyés. Celui qui avait brillé par son absence à l’ouverture du congrès a sorti son joker à quelques minutes de l’élection du secrétaire général.

Hué par la salle, Khalifa a pris la parole pour annoncer son retrait de la course au profit de “son campagnon de 50 ans de militantisme”, conscient sans doute que sa candidature allait essuyer un revers sans précédent au soir d’une carrière politique déjà très malmenée. Mais chez les Istiqlaliens, on ne tarde jamais à récompenser les enfants chéris qui rentrent dans le rang. Comme il l’espérait, le revirement de Khalifa lui a permis de décrocher un siège au sein du comité exécutif. “Il savait que c’était une bataille perdue et qu’il allait se griller”, commente-t-on dans les coulisses du congrès.

La grande surprise du week-end reste tout de même l’arrivée de 12 nouveaux membres au comité exécutif. Parmi eux, trois sont âgés de moins de 40 ans. A en croire certains Istiqlaliens, ce renouvellement massif est dû à Abbas El Fassi. Le “Lider maximo” aurait imposé son choix au nez et à la barbe de plusieurs ténors du parti. N’est pas zaïm qui veut ! Côté chiffres, l’Istiqlal ne cache donc pas sa satisfaction. Le taux de participation a atteint 96% et le vote s’est déroulé de manière exemplaire, le dépouillement étant même diffusé en direct sur un écran géant accessible à tous les congressistes. L’Istiqlal n’a pas lésiné sur les moyens, faisant même appel à une agence de com’ événementielle pour la troisième intronisation de Abbas El Fassi. A star is born again !



Recrutement. I want you for Istiqlal

Vieux mais performant. L’Istiqlal est sans doute le parti le plus attractif du moment. Beaucoup de jeunes cadres se jettent dans le bain politique en ralliant le parti : des jeunes recrues venues de la CDG, de l’ONA et de bien d’autres prestigieuses entreprises. “L’Alliance regroupe 150 membres représentants la fine fleur des cadres marocains”, se targue un membre fondateur du think tank istiqlalien chapeauté par Adil Douiri, ancien ministre du Tourisme. Ce groupe de réflexion est un véritable réservoir d’idées et de profils où puise le parti pour les postes à forte valeur ajoutée. La médiatisation des ministres new wave a fait des émules : motivés par la nouvelle génération des ministres istiqlaliens (Karim Ghellab, Yasmina Baddou, Nizar Baraka et consorts), les jeunes technocrates bon chic bon genre affluent. Très dynamique, l’Alliance a fait une sortie remarquée lors des dernières discussions sur la Loi de Finances en fustigeant l’éventuelle cession de la RAM à un opérateur étranger. Acte considéré “contraire à la doctrine et au programme du gouvernement du parti de l’Istiqlal”.

 
 
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