N° 356
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par karim boukhari

Second life

karim boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Il y a toujours un chapitre deux. Comme dans un livre. Hamidou Laânigri doit le savoir. L’ancien patron des services marocains est aujourd’hui un homme blanchi. Verni. Sa nouvelle vie se présente comme un livre avec un joli chapitre deux. On peut y lire : “Après une dure journée de labeur avec le corps des Forces auxiliaires qu’il dirige, il aime se poser dans les meilleures tables de la ville, papillonner entre les tableaux d’une galerie de peinture, sortir son chien, marcher tranquillement en fumant, parfois en tenant un verre de quelque chose à la main”. Comme c’est mignon. Notre collègue (il y a quelque temps, il dirigeait le magazine de la police en tant que directeur de la
publication) est un mondain dans son genre, avec son air bourru mais fin, très fin, précisent ses connaissances. Il fume, il boit, il lit, il sourit, il a deux mains, deux pieds, un peu comme tout le monde. Laânigri est un people alive & well, un bon client pour les magazines soft, papier glacé, typo aérienne, des rêves entre les lignes, un petit cocktail à siroter entre les mains. C'est ça. Un ami vient même de me préciser, ce qui tombe très, très bien, que notre général mondain habite... l'avenue Mehdi Ben Barka, à Rabat. Hier encore, en 2002, quand Laânigri terrorisait le plus beau pays du monde avec la DST, un peu plus tard avec la DGSN et ses bandes de GUS, cette précision aurait soulevé un tollé. Du style : “Le général marche tous les jours sur le sang du martyr”. Aujourd'hui, non.


Salon

Si, entre le 13 et le 18 mars, vous êtes de passage à Paris, allongez le pas jusqu’au Salon du Livre qui se tient Porte de Versailles. Mais ne perdez pas votre temps à chercher le stand Maroc : il n’existe pas ! Au moment où ces lignes sont écrites, l’absence du royaume est quasi assurée. Des sources français, proches des organisateurs, nous l’ont soufflé : “Les acquéreurs de stands se sont manifestés, ils ont réglé leurs factures et réservé leurs espaces. Quant au Maroc…”. Il se tâte, notre Maroc. Un responsable au ministère de la Culture, joint cette semaine au téléphone, nous a dit : “Tout est réservé, tout devrait marcher…en principe”. Un éditeur, sûr de son fait, nous a clairement dit : “Il est trop tard, le Maroc ne sera pas présent au Salon”.

Ce n’est pas seulement une histoire de livres, de salons, de thé et de gâteaux au miel. Non. En 2008, le Maroc a officiellement boycotté le Salon de Paris parce qu’Israël, qui soufflait sa 60ème bougie, y était l’invité d’honneur. A l’époque, la décision marocaine a été prise à l’unanimité. Mais de façade seulement. Pendant que les officiels approuvaient la politique de la chaise vide, des éditeurs, des intellectuels, des écrivains s’interrogeaient : “Mais quelle est donc la faute du livre marocain ? Quelle est la faute des intellectuels israéliens??”. Ça se discute, ça se discute. En 2009, donc, la France, mécontente, a dit au Maroc : “Messieurs de Rabat, si vous voulez un stand, il faudra passer à la caisse”. Ben oui, le Maroc louait son stand contre zéro euro. Depuis toujours. Cette fois, il devait s’affranchir de quelque 30?000 euros pour servir le thé et les bouquins sous pavillon marocain. Et il ne l’a pas fait, pas à ce qu’on sache. Donc, pas de livres marocains à Paris, capitale internationale du livre. C’est nul.


Communiqué

C’est une surprise : le roi ne s’est pas rendu au sommet arabe dédié à l’agression israélienne contre Gaza. En démocratie, les partis politiques, ceux de l’Opposition principalement, sont en droit de discuter de l’opportunité d’un geste fort, important, venant d’un chef d’Etat. Au Maroc, ce n’est pas le cas. Comme on n’est pas pessimistes, on se contentera de relever le seul aspect indiscutablement positif dans l’affaire : le communiqué du cabinet royal expliquant la décision du souverain. C’est une première. Le roi n’y va pas et il nous explique pourquoi. Parce que c’est bien à nous, Marocains, que ce communiqué est prioritairement destiné. Cela s’appelle la manière et, en politique, elle importe autant que le fond. C’est pourquoi nous le disons sans scrupules, ni arrière-pensée : vive la manière. En attendant le fond.

 
 
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