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Par Karim Boukhari
Le coup de poing Casanegra
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révélation Omar Lotfi ou lexplosion
dun formidable talent dacteur
venu des rues de Derb Soltane. (DR)
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Violence, racket, sexe et langage ordurier
jamais un film marocain na explosé autant de tabous à la fois. Enquête sur un tour de force.
On vous raconte quand même lhistoire : deux jeunes Casablancais vivent de combines et de petits coups minables. Ils ont 20 ans, des problèmes de famille, dargent, damour, etc. Ils rêvent dEurope, de sexe et de fric. Un jour, ils tentent de décrocher le jackpot en dopant un |
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cheval de course pour le compte de bookmakers. Le coup tourne mal et la police les prend en chasse
Lhistoire est plantée. Reste le décor, personnage principal du film. Casablanca, jour et (surtout) nuit. La ville blanche devenue noire. Dar Beida la crasseuse, vicieuse, poisseuse, violente, paumée. Casanegra.
Plus fort que Les Bandits ?
Si vous faites partie du monde parallèle de Facebook, vous avez toutes les chances davoir un ami inscrit au fan-club du film.
Qui compte plus de 5000 membres, jubile, fébrile, le réalisateur du film, Noureddine Lakhmari. Sorti le 24 décembre, Casanegra réalise un carton inespéré. 63,000 entrées en deux semaines à peine, un temps de passage record qui lui permet denvisager, pourquoi pas, dexploser la barre du million dentrées approchée par Les Bandits (2003), gentille comédie de murs de Saïd Naciri. Déjà, il est acquis que le film fera mieux que trois ou quatre champions du box-office marocain : Les Larmes du regret (1982), Un Amour à Casablanca (1991), A la recherche du mari de ma femme (1993), Marock (2006).
Cest un phénomène, le public est un mix représentatif de toute la société marocaine. Il y a les jeunes, les vieux, les voilées, les riches, les intellos, les familles, les couples, les copains du derb, etc. sextasie, avec un il sur le tiroir-caisse, un exploitant de salle à Casablanca. Le film est de toutes les conversations, sur toutes les langues. Limpression générale est que tout le monde a quelque chose à dire sur le film, tout le monde la vu. Ou quand le cinéma quitte son petit espace clos pour pénétrer dans les foyers, les forums de discussion, les conversations de tous les jours.
Sur Youtube, la Mecque vers laquelle se tournent tout internaute qui se respecte, un spectateur a trouvé le moyen de filmer, à partir de son téléphone portable, quelques plans du film avant de les mettre on line. Les plans volés correspondent à deux scènes parmi les scènes les plus hot du film : la masturbation de Driss Roukhe, mari violent mais malheureux depuis le départ de sa femme, le baiser échangé entre Anas El Baz et Ghita Tazi, couple improbable, lui beau mais pauvre, elle riche et un peu coincée. Le post, consulté sur Youtube au rythme dune centaine de clics par jour (la moyenne dune salle de cinéma !), ressemble à un très court métrage dans lequel les dialogues ont été effacés et remplacés par le commentaire oral, évidemment très épicé, de notre internaute.
Ça parle, ça dit tout, mon frère
On arrive au menu principal : le contenu du film. Casanegra est bien ce quon vous avait dit?: un condensé de vie casablancaise, marocaine, cest dur, violent, physique. Et verbal. Cest peut-être Noureddine Saïl, directeur du CCM (Centre cinématographique marocain), joint au téléphone, qui résume le mieux le film?: Casanegra est le regard lucide, intransigeant, sur un monde plein de violence. En ce sens, il va plus loin que les diagnostics fournis par les sociologues et les prospectivistes.
Diagnostic, le mot est lâché. Malgré une photo hyper léchée et des images parfois très Art déco, Casanegra est dabord le reflet cru dune certaine réalité. La violence, physique et plus encore verbale, est pratiquement de tous les plans. Comme dans la vie. Une première dans lhistoire du cinéma marocain, réputé timide, pour ne pas dire aseptisé. Cette violence, je ne lai pas filmée par complaisance, ou pour essayer de survendre le produit. Jai simplement tendu loreille et transcrit ce que jai pu
, nous explique Noureddine Lakhmari, qui signe aussi les dialogues du film.
Mesdames, messieurs, attention à vos oreilles. Din Mouk, Zamel, Ould Qahba, Awd lKarrek poussent comme des champignons à tous les coins de rue. Les expressions que vous utilisez, subissez ou simplement captez dans la vie de tous les jours, tous ces mots qui vous font rougir devant vos enfants, vos parents, tout cela vous est donc servi, pour la toute première fois, dans un film marocain. Noureddine Lakhmari assume : Bien sûr que lon sinsulte beaucoup dans le film. Mais il ne faut pas sarrêter au premier degré. Les Casablancais, et les Marocains en général, le savent, surtout les jeunes, quand on rencontre un ami, on peut lui dire, pour le taquiner, presque affectueusement : Fine azzamel, Tais-toi a ould dine lkalb. Cest violent, cest cru, mais ce nest pas forcément vulgaire, cest même parfois affectueux, poétique, tout dépend du contexte, du ton, du rapport qui lie les personnes. Et puis, ce langage cest le nôtre, il appartient à notre darija, on sen sert comme moyen de communication, inutile de le nier.
Tout sauf Dieu
Casanegra ne fait pas tout dire à ses personnages. Si les expressions liées au sexe et à la religion des hommes sont largement employées par les personnages du film, tout ce qui se rapporte à Dieu a été purgé. Autocensure ? Si vous voulez, mais je préfère parler de rétention. Je nai pas voulu tout lâcher à la fois, Casanegra nest pas un film documentaire avec le catalogue exhaustif des expressions de rue, cest une fiction avec des partis pris, du dialogue jusquaux décors se défend Noureddine Lakhmari. Avant dajouter, lucide : Vous savez, de mon point de vue personnel, et ceux qui ont vu Casanegra le savent très bien, je suis resté pudique. Ce quon voit, ce quon dit dans le film, ne représente même pas 10 % de la réalité de tous les jours.
Même élagués de toute référence à Dieu, tabou suprême sil en est, même passés par les filtres hyper-fins de lautocensure, les dialogues crus du film ont posé plus dun problème. Le cinéaste se rappelle : Une fois le scénario et les dialogues écrits noir sur blanc, il sagissait de trouver les acteurs capables de jouer les scènes et de lire le texte. Ce fut assez difficile, résume le cinéaste. Pendant le tournage, certains acteurs ont régulièrement buté sur des mots-clés, familiers mais totalement inédits au cinéma. Sans parler de ceux, et celles, qui ont refusé de tourner à cause dun baiser, dun attouchement
Avant de jeter son dévolu sur Driss Roukhe (Babel, 2006), pour le rôle du beau-père, Noureddine Lakhmari a essuyé sept refus de comédiens connus. Ils ont tous dit non à cause de la scène de la masturbation. Cest dommage, mais je les comprends. Mais Roukhe, qui joue le rôle, est excellent. Et Driss Roukhe, justement, quen pense-t-il ? Je pense que cest un bon plan, dans un bon film.
Je fais mon métier, je suis acteur de composition, je juge mes films daprès la qualité des scénarios, cest tout. Quant à Casanegra, il ne ma valu que des compliments, Al Hamdou Lillah. Les deux scènes de baisers, entre Anas El Baz et Ghita Tazi, mais aussi entre Mohamed Benbrahim et Rawiya, ont également posé problème. Le premier baiser a justifié le refus de nombreuses actrices confirmées, mais cest surtout le deuxième, un baiser de vieux, qui a été le plus cocasse. Jétais partagé entre mes deux comédiens. Benbrahim ny arrivait pas, Rawiya simpatientait, se souvient Lakhmari, un peu amusé. Au final, cest Rawiya, comme elle nous la raconté, qui a réglé le problème en apposant un baiser fraternel sur les lèvres de son complice : Ou malha, achnou fiha, rah bhal khouya, nous commente lactrice, remarquable de détente et de naturel tout au long du film.
Quand lémotion fait rire
Et le public, comment a-t-il réceptionné le film et toutes ses audaces, tant physiques que verbales ? Un exploitant à Marrakech, lune des quatre villes (en plus de Casablanca, Rabat et Tanger) dans lesquelles le film est visible, raconte : Le premier jour, jai regardé le film parmi le public. Jappréhendais. A mes côtés, deux jeunes femmes voilées. A la première insulte sortie de la bouche dun acteur, la salle riait aux éclats, les deux femmes pas vraiment. Petit à petit, les deux spectatrices ont imité tout le monde, riant pratiquement à tous les gros mots, qui sont devenus autant de moments comiques.
On y est : les scènes les plus violentes du film, images et sons, déclenchent le rire des spectateurs. Quand Driss Roukhe se masturbe en se tordant de frustration et de douleur, la réaction en face est un fou-rire. Commentaire de ce critique de cinéma : Cest normal, les gens nont pas lhabitude, pas dans un film marocain, arabe. Mais ce sont des rires nerveux, hystériques, qui traduisent plus la gêne et lindisposition quun ressenti réellement comique. Le malentendu, le décalage, la bascule tendant involontairement de lémouvant au comique, tout ce côté improbable se retrouve, bien entendu, dans dautres scènes, pas forcément liées au sexe, ni aux excès verbaux. Exemple : quand le père de Anas El Baz, infirme, passe au petit coin, pantalon sur les genoux
Cest clair : on na pas lhabitude.
Mais le public afflue, en masse. Certaines séances, à Casablanca notamment, ont affiché complet. Confirmation de Hassan Mouadib, un distributeur qui a parié tôt sur le gros potentiel commercial du film : Un jour, on a arrêté un homme et sa femme pour leur demander lâge exact de leur enfant, qui les accompagnait à lentrée de la salle (le film est interdit aux moins de 12 ans, ndlr). Ils ont répondu : il a plus de 12 ans et, de toute façon, il est impossible de le laisser dehors puisque cest lui qui nous a convaincus de venir voir le film.
La peur des annonceurs
Lair de rien, Casanegra est bien devenu, un peu malgré lui, film familial, un produit que les pères et les fils peuvent voir et aimer, pourquoi pas ensemble. Le constat, sil est heureux, reste partiel, non généralisé. Trop violent, trop vulgaire, commentent, en quittant la salle, les quelques spectateurs déçus. Pour avoir une idée de lexpression de cette minorité mécontente, on peut surfer sur le Net. Au hasard dune navigation, on peut tomber sur un post acerbe, ou carrément insultant, à légard du film. Noureddine Lakhmari confirme : Sur certains sites, jai pu lire : Casanegra film sioniste, Lakhmari ramène de largent dOslo (ndlr : le cinéaste a fait de la capitale norvégienne sa deuxième ville dadoption, après Casablanca) et travaille pour Israël !.
Etonnant. Mais pas tant que ça, finalement, quand on se rappelle que le vocable sioniste, qui draine toutes les rancurs, a été apposé sur bien des produits, films ou pas, qui nont pas eu lheur de plaire à tout le monde. Marock, quand il a atterri dans les salles en 2006, a bien hérité de cette étiquette
On la compris, ce film nest pas du genre à laisser indifférent. Audacieux, courageux, Casanegra peut faire peur. Dino Sebti, dirigeant de Sigma, qui figure parmi les producteurs du film, ne dira pas le contraire. Beaucoup dannonceurs se sont désistés avant même la sortie du film. Ils nous ont tourné le dos, en arguant : ah non, ce film ne nous représente pas. Les désistements en série ont plombé la production du film, la privant de fonds évalués entre 3 et 5 millions de dirhams. Ce qui est lourd, très lourd, pour un budget arrêté au final à 13 millions de dirhams.
La peur a également gagné certains milieux officiels. Casanegra na pas été retenu dans le dernier Festival de Marrakech, en novembre 2008, un cadre pourtant idéal pour ce genre de produit novateur, les sélectionneurs lui préférant le pourtant contesté Kandisha, selon la version officielle. Dans les coulisses, les salons de Marrakech, Casablanca ou Rabat bruissent dune rumeur qui ne paraît pas si infondée : Casanegra aurait été retiré pour ne pas risquer
décorcher les oreilles princières, SAR Moulay Rachid étant un habitué du Festival (quil préside). Un acte de prudence, en somme.
This is not Morocco !
Le film a bénéficié de plusieurs projections-tests pour bien sonder le public avant la sortie commerciale. Le procédé a probablement fait fuir quelques annonceurs, échaudés par la teneur des images et des dialogues du film, mais il a permis de rassurer sur sa faculté de fédérer tous les publics. Au CCM, la commission de visionnage a coché la case interdit aux moins de 12 ans, pour accompagner le visa de sortie. Commentaire de Noureddine Sa^ïl, directeur du Centre : Le film comporte des violences verbales, quil est important dinterdire à un très jeune public, mais cest une uvre artistique quil faut respecter et laisser à lappréciation du plus grand nombre de spectateurs. Noureddine Lakhmari nen demandait franchement pas tant. Honnêtement, je craignais que le film ne soit interdit aux moins de 16 ans, nous a-t-il confié. A Dubaï, où le film a remporté un joli succès au festival du film, Casanegra a dailleurs été interdit aux moins de 18 ans. Ce qui en dit long sur la relative et très nette ouverture dun pays comme le Maroc.
A Dubaï, donc, détail important dans le cinéma arabe, le public a réagi normalement, riant et applaudissant aux scènes-clés. Mais il y a eu des exceptions. Lakhmari raconte : Le lendemain de la projection, un spectateur ma apostrophé en ces termes : Im Moroccan but Im sorry, its not Morocco !. Commentaire ? On le laisse au même Lakhmari, bien placé pour en parler lui qui a vécu une bonne partie de sa vie en Norvège, loin du plus beau pays du monde : Je comprends bien la réaction du Marocain de Dubaï. Moi aussi, quand je vivais en Norvège, jattendais de voir de belles images du Maroc. Pas lenvers du décor, mais le côté carte postale.
Casa ma ville
Casanegra repose de toute évidence sur un long travail documentaire. Au moment des repérages, jemmenais mes comédiens dans les bas-fonds de la ville, on a exploré ensemble la face sombre, nocturne, de Casablanca lâche le cinéaste. Lakhmari et son équipe ont pu explorer des repaires mythiques du vieux centre-ville bidaoui dont certains ont été rasés depuis. Exemple de La Fontaine, célèbre cabaret, qui figure parmi les décors principaux du film, celui du Tout va bien, un espace où tout va plutôt mal
En fait, le Tout va bien est un vrai bar qui existe à Safi, ma ville natale. Le fait de prendre ce nom finalement safiot est une façon, pour moi, de rendre hommage tant à Safi quà Casablanca. Je suis de Safi, mais Casablanca est aussi ma ville. Jy vis depuis trois ans et je laime, je laime, commente Lakhmari. Donc, lamour. Et le goût pour lArt déco, sans doute. Nouveau commentaire du cinéaste : Je fréquente un cercle darchitectes qui mont transmis la passion de restaurer la mémoire et la beauté des lieux, surtout le centre-ville de Casablanca, vestiges de lère coloniale.
Dans son élan, Lakhmari a appris, suivant les conseils dun ami, à ne pas faire comme les gens qui naiment pas leur ville et sobstinent à marcher en regardant systématiquement vers le bas. Il a décidé de (re)lever la tête, filmant haut, haut. Doù ces contre-plongées qui habillent les vieux immeubles coloniaux détonnantes formes architecturales, dans une sorte de Métropolis contemporain, marocain. Voilà, on vous a à peu près tout dit. Reste à signaler que le film a été réalisé grâce au concours de lEtat, via le CCM (2,4 millions de dirhams) et 2M (1 million). Mais aussi grâce à des producteurs indépendants : feu Aziz Nadifi, décédé peu avant la sortie du film, Dino Sebti et Ali Kettani de lagence Sigma. Casanegra, qui explore le côté sombre de Casablanca, et finalement dun certain Maroc, reste dans tous les cas un film intéressant malgré certaines longueurs et de nombreux emprunts, et marque aussi la dernière apparition dun grand nom du cinéma marocain : lacteur Hassan Skalli, décédé quelque temps après le tournage. Rideau. |
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Rétro. Casa, Casa
Avant Noureddine Lakhmari, dautres cinéastes ont filmé la ville blanche. Cest notamment le cas de Abdelkader Lagtaâ, pur Casablancais, qui a filmé le centre-ville, ses brasseries, mais aussi ses (rares) espaces verts, ses vieux immeubles, notamment dans Un Amour à Casablanca (1991) et Bidaouas Les Casablancais (1998). Sil y a un amoureux de Kouiza, comme lappellent affectueusement les Bidaouas, cest bien lui, Lagtaâ, qui vit aujourdhui entre Casablanca, où il a gardé un pied-à-terre, et Paris, où il a élu domicile depuis quelques années. Lagtaâ, et il mérite dêtre salué pour cela, est aussi lun des tout premiers réalisateurs à inscrire clairement son cinéma dans la réalité urbaine, contemporaine, loin du kitsch dun Mostafa Derkaoui, autre amoureux de la ville, et de la ruralité chronique qui a longtemps affecté le cinéma marocain (voir les films de Hamid Bennani, Tayeb Saddiki, Mohamed Abbazi, etc.). Autre filmeur du trafic urbain de la ville blanche, de toute cette incroyable poésie casablancaise, Faouzi Bensaïdi.
Avec le très inspiré WWW what a wonderful world (2006), il sest appliqué à filmer la banlieue casablancaise comme un décor de western, les quartiers pop comme un faubourg à Calcutta, la circulation automobile comme un film de Jacques Tati, les galeries du Twin Center comme un inquiétant labyrinthe complètement déshumanisé. Comment ne pas citer, par ailleurs, Mohamed Asli, dont le très beau A Casablanca les anges ne volent pas (2004) est tout dédié à notre I, avec de longues, longues balades dans les rues de la ville filmées en plongées, comme un oiseau (un ange ?) planant dans le ciel de Dar Beida. Nombreux (les Hakim Noury, Ahmed Boulane, Hassan Benjelloun, etc.) sont ceux qui ont filmé la ville, mais les Bensaïdi, Lakhmari, Lagtaâ, Asli, voire Leïla Marrakchi avec Marock, sont ceux qui ont fait, réellement, de Casanegra un personnage central, et tellement humain, de leur travail. |
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Casting. Tas une belle gueule, tu sais
Il y a bien une raison pour expliquer que Anas El Baz et Omar Lotfi ont reçu le prix dinterprétation au dernier Festival de Dubaï : ils sont épatants. Les deux hommes sont jeunes (21 ans au moment du tournage), et si Anas vient des prestigieux Cours Florent en France, Omar a été casté en dernier, un peu par hasard. Mon casting a été sauvage puisque jemploie beaucoup de non-acteurs. Jai cherché partout, dans les écoles, les rues, etc. Et puis beaucoup de choses ont changé en cours de route, résume Noureddine Lakhmari. Anas El Baz a dabord été engagé pour le deuxième rôle, alors que Omar Lotfi, qui na aucune formation académique de comédien, devait jouer le rôle dun supporteur de foot, qui ne fait que passer
A limage des deux acteurs principaux, le casting de Casanegra est un modèle de surprises et de fraîcheur. Mohamed Benbrahim, épatant dans le rôle dun malfrat fou de sa chignole, est un authentique revenant.
Il a fait du théâtre dès 1964 (il avait 15 ans à lépoque) avant de devenir un visage familier à la télévision marocaine, plus tard au cinéma. Jai longtemps été rangé parmi les acteurs comiques, un peu comme Mostafa Dassoukine ou Ahmed Snoussi (Bziz), au théâtre comme à la télévision, mais cest le cinéma qui a changé et mon image et ma vie. Benbrahim a changé de registre avec des cinéastes comme Ahmed Maânouni (Alyam Alyam, 1978) et surtout Abdelkader Lagtaâ dont le Bidaouas lui a offert un authentique rôle de composition. A bientôt 60 ans, lacteur, qui a aussi tourné avec Hakim Noury, Farida Belyazid ou Hassan Benjelloun, goûte aujourdhui à la reconnaissance. Enfin. Je ne remercierai jamais assez Lakhmari pour ça, lâche-t-il, ému aux larmes, lui qui a gagné un prix dinterprétation au dernier Festival national du film à Tanger, en décembre 2008.
Rawiya, 57 ans, est lautre bonne surprise du film, irrésistible dans le rôle dune barmaid à qui on ne la fait pas. Au départ, Lakhmari ma proposé le rôle de la mère battue, heureusement quil a changé davis suite à mon insistance, nous explique lactrice, qui sest tellement investie dans son rôle quelle a écrit elle-même certaines lignes de dialogues, parmi les plus piquantes du film (Un pilier de bar ivre-mort : Donne-moi une bièèèère, elle : Tu veux que je te pisse dedans ?). Révélée sur le tard, avec Les Trésors de lAtlas de Mohamed Abbazi (1997), Rawiya, abonnée aux rôles de marginale (I 2006), est une vraie self-made woman, aussi attachante en vrai quau cinéma. Parmi les autres belles surprises du film, on peut sarrêter sur Abdellah Chakiri, hilarant dans le rôle dun tôlier tortionnaire, que lon a surtout vu dans le cinéma de Hassan Benjelloun (Yarit, 1994). Ou encore Driss Roukhe, crédible en mari violent et frustré sexuel. |
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De Marock à Casanegra. Un cinéma anti-verrou
A 44 ans, et après un premier film relativement anonyme (Le Regard, 2004), Noureddine Lakhmari rejoint la cohorte des briseurs de tabous, une famille riche de quelques figures intéressantes comme Narjiss Nejjar, qui a filmé un village de prostituées dans Les yeux secs (2003), Abdelkader Lagtaâ, qui a été le premier à filmer lamour entre une nymphette et un homme mûr (Un Amour à Casablanca, 1991), la frustration sexuelle dun maître décole (La Porte close, 1995), Hassan Benjelloun, qui a effleuré lhistoire du commissariat de Derb Moulay Chérif (La Chambre noire, 2004), Saâd Chraïbi qui a raconté la prison (et la masturbation) au féminin dans Jawhara (2004), Leïla Marrakchi, qui a filmé les amours contrariés dun juif et dune musulmane (Marock, 2006), sans oublier le tout neuf Aziz Salmi, dont le premier film (Amours voilées, bientôt en salle) raconte les hésitations dune femme à porter le voile. Tous ces films ont été montés, financièrement, grâce au précieux concours de lEtat, via le Centre cinématographique marocain, qui devient producteur de fait de (presque) lensemble de la cinématographie marocaine. Les verrous qui sautent, finalement, cest un peu lEtat qui en est responsable. Même sil est en même temps en partie responsable des verrous qui ne sautent pas, en refusant de financer dautres sujets audacieux. On ne sen plaindra pas trop. |
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