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Propos recueillis par Maria Daïf
Amazigh Kateb. Le Maroc est mon deuxième pays
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Le fondateur de Gnawa Diffusion
entend sortir son album solo en
premier lieu au Maroc et en Algérie.
(DR)
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Musique. Le fondateur et figure principale du groupe Gnawa Diffusion roule désormais pour lui-même et sortira son premier album solo en avril. Il revient sur son parcours et défend son opus à venir, avec sa verve légendaire.
Vous êtes au Maroc depuis quelques jours, séjour professionnel ou dagrément ?
Les deux. Je suis venu passer les fêtes de fin dannée avec mes amis. |
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Par ailleurs, je prépare la sortie de mon album solo au Maghreb. Je profite du séjour pour en faire la promo, chercher des partenaires, un moyen pour le distribuer, et travailler sur des concerts éventuels. Il est très important pour moi que cet album sorte dabord en Algérie et au Maroc. Cest au Maghreb que toute mon aventure musicale a démarré.
Laventure Gnawa Diffusion a duré 17 ans, vous en dressez quel bilan ?
Jai tout appris avec les Gnawa Diffusion : la scène, le travail déquipe, écrire et composer pour dautres musiciens. Un groupe de musique, cest comme une famille, ça a de bons et de mauvais côtés. Je devais souvent faire des compromis, subir les autres, leurs avis et leur différence. Au bout de 17 ans, jai eu envie de quelque chose de plus personnel. Mais je ne renie vraiment rien. Cest juste une page que je tourne. Les autres savaient que ça finirait par arriver et y étaient préparés. Dailleurs, on continue à se voir régulièrement, et deux des membres de Gnawa Diffusion sont dans ma nouvelle formation.
Votre album solo est un tournant dans votre carrière, vous lavez voulu ainsi ?
Javais 20 ans quand jai monté Gnawa Diffusion. Jen ai 37 aujourdhui, alors forcément, ça ne peut être quun tournant. Des journalistes me demandent déjà si cest lalbum de la maturité. Je ne le conçois pas de la sorte, la maturité est pour moi synonyme de retraite. En fait, lenvie de faire de la musique mest venue quand je suis arrivé en France. Javais le deuil de mon pays à faire, puis celui de mon père. Il ma fallu du temps pour digérer tout ça, pour aborder lexil et la mort de mon père sereinement. Lalbum est le fruit de ces deux deuils.
Au début de votre carrière, les journalistes associaient systématiquement votre nom à celui de votre père, lécrivain et dramaturge Kateb Yacine. Aujourdhui, cest vous qui en parlez
Je prends ma revanche (rires). Si je parle de mon père, cest essentiellement parce que je travaille sur son uvre. ça a commencé en 1995, quand jai monté Mohamed prends ta valise, une de ses pièces maintes fois censurée. En 2001, jai publié Minuit passé de 20 heures (Ed. Le Seuil), un livre qui regroupe quelques-uns de ses écrits journalistiques. Et je continue, puisque deux de ses textes figureront sur mon album.
Comment avez-vous choisi ces deux textes ?
ça sest fait naturellement, presque par magie. Ce sont des textes de jeunesse. Le premier que jai mis en musique, et cest un pur hasard, sintitule Bonjour. En fait, javais besoin de dire à nouveau bonjour à mon père. 20 ans après sa mort, je me suis rendu compte que son absence ma construit autant que sa présence. Le deuxième texte, intitulé LAfricain, je lai dabord fait lire à des adultes, la plupart Maghrébins, dans un atelier artistique. Je suis sorti de latelier, javais tout en tête, et le texte et la musique.
Les écrits de votre père dérangent-ils toujours autant en Algérie ?
Cest encore le cas pour certains de ses textes sur la religion ou sur le rôle de la culture. Mais les autorités algériennes sont suffisamment habiles pour ne récupérer que licône. Dernièrement, un timbre postal a été édité à leffigie de mon père. Bien sûr, ça ma fait plaisir, mais jaurais préféré que lEtat donne les moyens à des troupes de théâtre pour monter ses pièces, et introduise dautres de ses textes dans les manuels scolaires autres que ceux qui ne dérangent pas.
On vous voit souvent au Maroc où vous vous êtes souvent produit et où vous avez des amis dans le milieu musical. Cest votre 3ème pays après lAlgérie et la France ?
Pas du tout. Le Maroc est mon deuxième pays. Je me suis installé en France contre mon gré. Mon père my a emmené pour que je file droit. Jai fini par y faire ma vie. Mais mon vrai pays, cest lAfrique, et sil y a des frontières qui me révoltent, cest bien celles qui sont dressées entre les pays africains. Nos deux pays (lAlgérie et le Maroc), hélas, se sentent beaucoup plus arabes quafricains. Conséquence dun certain panarabisme, lié au colonialisme. Au lendemain de lindépendance, il fallait bien trouver une homogénéité identitaire. Imaginez si on sétait mis à revendiquer la berbérité, lafricanité, la gnawité, la aïssaouité, on ne sen serait pas sortis (rires) !
Vous connaissez donc les deux, lAlgérie et le Maroc, cela vous arrive-t-il de les comparer ?
Le plus flagrant, cest que les deux peuples sont en avance sur leurs gouvernements. Les espaces de liberté qui existent aujourdhui dans le Maghreb comme faire lamour avant le mariage-, cest le peuple qui les a créés. Et heureusement ! Imaginez quon applique leurs lois à la lettre, on leur ressemblerait sans avoir leur pouvoir dachat ! Quant aux différences : aujourdhui au Maroc, les jeunes osent entreprendre, même quand ils nont pas les moyens. Plus du tout en Algérie. Le Maroc, tel que je le vois aujourdhui, a une vraie carte à jouer.
Vous produisez vous-même votre album, cest parce que vous navez pas trouvé de producteur ?
Pas du tout. Cest un choix tout à fait réfléchi. Je tiens vraiment à ce quil sorte dabord en Algérie et au Maroc, chose quun label français naurait jamais acceptée. Son souci serait financier, le mien est strictement affectif et ce nest pas compatible. Maintenant, si une société de production me demande de signer et que la proposition est intéressante, je ne dirai pas non. Une chose est sûre, cet album sera distribué comme je veux, sinon, je le mets à télécharger gratuitement sur Internet.
ça a déjà commencé, puisque sur votre site amazighk.com, vous avez mis en ligne votre dernier titre Bush met
Bush met (Bush est mort) est un OVNI qui ne figurera pas sur lalbum. Cest un titre que jai écrit et composé quelques jours après les résultats des élections présidentielles américaines. Beaucoup de gens ont des envies dhomicide dès quils voient la tête de Bush, la preuve par ce journaliste irakien qui lui a jeté sa chaussure au visage ! Je me suis dit quil y avait mieux à faire et que javais loutil pour, cest-à-dire ma musique. Cest mieux que de le tuer pour de vrai ! On tue Bush autant de fois quon écoute le morceau. Et on le tue dune overdose de Coca-Cola, pour dire sa bêtise. Bush met évoque, entre autres, les mises en scène ratées de Bush en Afghanistan et en Irak.
On vous qualifie souvent dartiste engagé. Cela vous convient-il ?
Je nai jamais rien demandé. On ma collé une étiquette que je vis comme une ghorba (un exil), qui me sépare et me différencie des autres artistes. Lengagement nest pas seulement dans ce quon dit mais aussi dans limpact quon peut avoir sur le public. Si je suis un artiste engagé, Khaled lest autant que moi. Nest-ce pas de lengagement que de faire chanter et danser des milliers de personnes qui vivent dans la peur du terrorisme ?
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