N° 357
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

INTERVIEW. “Le roi est un acteur politique comme les autres”
PARLEMENT. A quoi sert la 2ème chambre ?
HÔPITAL. SOS bébés
ENTRETIEN. “Mort à Israël” ne signifie pas “mort aux juifs”
L'ACTU MAROC



Propos recueillis par
Mehdi Sekkouri Alaoui

Interview. “Le roi est un acteur politique comme les autres”

Khalid Naciri. (TNIOUNI)

Gaza, le Code de la presse, le PPS… Khalid Naciri s’exprime en tant que porte-parole du gouvernement, ministre de la Communication et homme politique. Trois casquettes pour beaucoup de langue de bois.


Quelle est la position officielle marocaine à propos des attaques israéliennes sur la bande de Gaza ?
A l’instar de la communauté internationale, le Maroc a fait part lui aussi de sa condamnation ferme, absolue et sans équivoque des
bombardements israéliens. Nous avons devant nous un comportement intolérable et irresponsable qui nous rappelle la barbarie à l’état pur. Nous sommes également plus que jamais solidaires du peuple palestiniens parce que la cause qu’il défend traverse actuellement une phase historique particulièrement difficile. Il nous trouvera, toutefois, toujours à ses côtés.

Condamnez-vous également les tirs de roquettes palestiniens ciblant des civils israéliens ?
Dans les conditions actuelles, je ne tiens pas à porter de jugement de valeur à ce sujet. Ni pour dire que les tirs en question sont justifiés ni pour les pointer du doigt, cela serait contreproductif au débat interpalestinien. Cependant, une fois que les tensions se seront apaisées, il faudra se pencher sérieusement sur cette question. Certes, il est primordial que chaque nation occupée bénéficie d’un “droit à la résistance”, mais à mon avis il est temps que les Palestiniens et l’ensemble des arabes se demandent quelle forme doit prendre cette résistance pour porter ses fruits.

Les autorités marocaines ne craignent-elles pas le renforcement du Hamas, après ces évènements ?
Non, pas vraiment, pour la simple raison que nous ne sommes pas partie prenante dans cette problématique. Et puis, je pense ne pas me tromper, les Marocains dans leur écrasante majorité ne se reconnaissent pas spécialement dans le Hamas, ni dans le Fatah, mais plutôt dans la résistance, au-delà des clivages idéologiques. Les Marocains sont contre les dissensions fratricides et réclament des rangs palestiniens ressoudés.

Vous êtes le porte-parole du gouvernement, cela consiste en quoi ?
Je suis la personne habilitée à rendre compte de ce que veut le gouvernement et répondre, le cas échéant, aux interrogations des journalistes. Mais contrairement à ce que beaucoup de gens croient, le porte-parole n’a pas pour mission de remplacer systématiquement tous les autres membres du gouvernement. Chaque ministre est par définition porte-parole de son propre département. Je peux parler du cadrage de la politique générale mais je ne suis pas un super-ministre capable de parler en détails des dossiers des ministères de la Justice, de l’Equipement, de l’Agriculture, etc.

Et vous arrivez à accéder à toute l’information que vous souhaitez ?
Je n’ai pas à me plaindre, j’ai accès à l’information dont j’ai besoin pour mes contacts avec la presse. Il n’y a aucun problème de communication entre les différents membres du gouvernement.

Comment se déroule votre quotidien ?
Avant tout, je tiens à rappeler qu’en plus d’être porte-parole du gouvernement, je suis également ministre de la Communication, à savoir responsable d’un département qui a la tutelle des chaînes de télévision, des radios, de la MAP, de l’Institut supérieur de l’information et de la communication, du Centre cinématographique marocain… Ce n’est pas rien. Sur ces différents dossiers, je suis constamment sollicité. Tout ceci fait que j’ai de longues journées. Je travaille souvent jusqu’à 14 heures par jour.

Est-ce que vous êtes habilité à répondre aux questions relatives au chef de l’Etat, en l’occurrence Mohammed VI ?
Non, je suis uniquement le porte-parole du gouvernement.

Pensez-vous que le roi est un acteur politique comme les autres ?
Sans aucun doute. Nous sommes dans un système où le roi règne et gouverne, c’est l’institution centrale du champ politique marocain. Donc, par définition, il est un acteur politique, quand bien même il dispose d’un statut historique et constitutionnel prééminent.

Est-ce que la presse a le droit de l’évaluer ou de le critiquer ?
Moi j’ai toujours été pour l’évaluation critique. D’ailleurs, c’est un exercice que pratiquent les journalistes marocains à longueur de journée sans être inquiétés. Mais attention, cette liberté ne leur donne aucunement le droit de lui manquer de respect. La maturité démocratique ouvre la réflexion et le débat, elle n’autorise pas l’impolitesse et l’irresponsabilité.

Comment évaluez-vous l’état actuel de la presse marocaine ?
C’est très contrasté. Je suis heureux d’observer que globalement les journalistes marocains font un travail sérieux, mais je suis également obligé de constater que beaucoup parmi eux sont totalement à côté du professionnalisme et de la démarche éthique. Nous sommes dans un pays en transition démocratique, qui a besoin de la liberté de la presse, mais aussi d’une presse consciente et responsable.

Où en est le projet du nouveau Code de la presse ?
Je pourrais donner naissance à la va-vite à un nouveau texte de loi et le faire voter au Parlement, cela prendrait tout au plus deux ou trois mois, mais je refuse de le faire. Je n’aurai rien résolu ainsi. J’espère établir un consensus entre les différentes parties concernées, à savoir les journalistes, les entreprises de presse, le gouvernement, la société civile… Un consensus avancé requiert un peu de patience.

Sinon, comment se porte le PPS (Parti du progrès et du socialisme) dont vous êtes un membre du bureau politique ?
Le parti n’est pas en mauvais état comme certains l’affirment. Il est juste un peu enrhumé, comme toutes les autres formations politiques d’ailleurs. Le PPS est en train de se remettre en question. D’abord sur le plan idéologique. La crise économique et financière mondiale l’interpelle en tant que parti socialiste et lui rappelle que le socialisme est loin d’être fini. Sur le plan politique, le PPS a connu une certaine érosion au bout de quelques années au pouvoir. Une érosion due au fait qu’il n’applique pas un programme propre à lui, mais plutôt un programme gouvernemental qui est une synthèse des programmes d’une multitude de partis. Elle est due également au fait que le passage de la culture d’opposition à celle de gouvernement est naturellement chargée de contraintes. Mais il garde intacts sa spécificité et son potentiel.

En ouvrant ses portes à des personnalités loin de la gauche, n’avez-vous pas l’impression que le PPS a perdu de son identité ?
Non, pas vraiment, parce que tous ceux qui se sont ralliés à nous, savaient dès le départ où ils mettaient les pieds. Et surtout qu’ils seraient amenés à s’aligner sur notre référentiel socialiste.

Et la Koutla, dont le PPS fait partie, vous semble-t-elle moribonde ?
Je reconnais que ces derniers mois, il y a eu un certain fléchissement à cause de la préparation des congrès de l’USFP et de l’Istiqlal. Maintenant que ces deux partis en ont fini avec ça, nous allons nous réunir dans les prochains jours pour aborder une véritable activation de cette instance qui a joué un rôle historique dans les années 90 et qui, j’en suis sûr, peut apporter davantage encore au champ politique marocain.

L’USFP n’a pas fermé la porte à une éventuelle alliance avec le PJD. Le PPS pourrait-il en faire de même ?
Une précision : les instances habilitées à se prononcer au nom de l’USFP n’ont jamais dit oui au PJD. Les membres de l’USFP qui l’ont fait se sont prononcés à titre personnel. Pour ce qui est du PPS, il ne faut pas s’attendre à un miracle. Je ne vois pas pourquoi, ni comment, nous irions nous allier au PJD. C’est un parti avec lequel nous avons de profondes divergences, nous ne nous voyons pas dans le même attelage.

Ne craignez-vous pas que le mouvement des démocrates de Fouad Ali El Himma fasse une razzia dans vos rangs ?
Je n’ai pas de souci particulier à ce sujet. C’est un nouveau venu qui a le droit de fonctionner et de recruter des adhérents comme il l’entend. Cependant, j’aurais préféré que son Mouvement essaye d’attirer vers lui tous les déçus de la politique et les abstentionnistes, plutôt que d’essayer de construire un parti en vidant ou en fusionnant avec d’autres formations politiques.

Il paraît que Ismaïl Alaoui, secrétaire général du PPS, serait partant. Est-ce que vous seriez candidat à sa succession ?
Je ne suis personnellement ni intéressé, ni candidat, ni disponible. Place à la nouvelle génération ! Ma réponse est définitive.



Bio express

1946.
Naissance à Casablanca
1969. Décroche sa licence en droit
1975. Elu au comité central du PPS
1983. Décroche un doctorat en droit public
1990. Membre fondateur de l’Organisation marocaine des droits humains (OMDH)
1995. Intègre le bureau politique du PPS
2007. Nommé ministre de la Communication et porte-parole du gouvernement

 
 
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