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Par Cerise Marechaud
Environnement. En vert et pour tous
Scientifiques renommés ou citoyens alarmés, ils connaissent lurgence écologique et uvrent au quotidien pour sensibiliser lEtat, les entreprises et la société. Rencontres avec ces militants de la marche verte.
Mohamed Benata
Président de lEspace de solidarité et de coopération de lOriental, Oujda
Mediterranea-Saïdia est un crime écologique
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Casquette vissée sur la tête et allure bonhomme, Mohamed Benata, 55 ans, na pas lair très dérangeant. Et pourtant. En deux ans, lui et son acolyte Najib Bachiri sont devenus les bêtes noires du mégaprojet touristique Mediterranea-Saïdia, fer de lance du Plan Azur et fossoyeur -?ils insistent?- de la biodiversité locale. Natif dOujda, ingénieur dEtat parti en retraite lors des départs volontaires de 2005 pour échapper à une administration étouffante, freinant toute initiative, Mohamed Benata est président de lEspace de solidarité et de coopération de lOriental (Esco) au sein de lEcolo-plateforme du Maroc du Nord. Inlassablement, il sillonne en 4L la route Oujda-Saïdia, pour inspecter les avancées de la citadelle balnéaire de luxe, quil nhésite pas à qualifier de crime écologique. Lex-chantier de Fadesa, passé aux mains dAddoha, est responsable de la destruction de 400 hectares de la forêt de Tazegraret, de la décimation du seul écosystème au Maroc dune
Juniperaie endémique (genévriers rouges et pistachiers de lAtlas), du rasage du cordon dunaire et de son couvert végétal qui stabilisait la zone dhabitat de tortues grecques, caméléons et chalcidès (lézards). A plus large échelle, lécosystème de lembouchure du fleuve Moulouya, classé site dintérêt biologique et écologique (SIBE) par lONU, est en danger. Plus de 600 espèces, dont 200 doiseaux, y vivent. Nombre dentre-elles sont menacées à léchelle mondiale, sémeut-il. Le prélèvement de leau en amont du fleuve va affecter le débit naturel de loued et, en aval, les eaux usées ne peuvent que polluer le site. Et tous ces golfs ne font quaccroître le stress hydrique dans une région déjà assoiffée !. Sa méthode dalerte, entre tables rondes et lettres ouvertes aux ministres : une flopée de mails collectifs et vidéos postées sur YouTube, aux accents souvent alarmistes. |
Najib Bachiri
Président de lassociation Homme et environnement, Berkane
On nous prend pour des fous anti-développement
Prof danglais au lycée côté cour, président de lassociation Homme et environnement hébergée dans lancienne église de Berkane, côté jardin, Najib Bachiri, silhouette élancée et moustache sympathique, est le fervent complice de Mohamed Benata dans la veille écologique de la région. Il y a six mois, lUnion internationale pour la conservation de la nature lui rendait visite pour compléter sa liste rouge sur la biodiversité des zones humides en Afrique. Agé de 53 ans, ce fils de fermier de Berkane et petit-fils dun chef de la tribu Béni Znassen, auquel Ben Barka a rendu visite, a appris très jeune à respecter ce qui nous entoure : cours deau, arbres, animaux, avec une fascination particulière pour les oiseaux. Ce sont des indicateurs incroyables. Sil ny en a pas autour dun point deau, celle-ci est sûrement sale ou contaminée. Ils renseignent aussi beaucoup sur le climat, illustre-t-il, en évoquant le départ de plus en plus tardif des cigognes de passage dans la région. Contrarié dentendre un peu partout que lenvironnement est une mode occidentale, Najib Bachiri aime évoquer La Mecque comme la première réserve naturelle de lhumanité, puisque le pèlerin y est interdit de tuer tout être ou organisme vivant. Najib Bachiri sest battu contre un projet de décharge publique en pleine ville. Berkane est la première ville à avoir une décharge contrôlée, assure-t-il, fatigué que les militants écolos soient vus comme des fous anti-développement. Il a ensuite pris fait et cause pour la biodiversité de la Moulouya, quil a contribué à faire classer par lONU, et pour les migrants subsahariens à labandon dans cette région frontalière. Pendant ce temps, lEtat na pas de politique environnementale claire. Par exemple, le pays a une loi Littoral, mais elle traîne depuis des mois, emprisonnée dans les tiroirs, conclut-il. |
Saïd Mouline
Ingénieur expert en développement durable, Rabat
Les économies dénergie sont rapidement rentabilisées
A 45 ans, ce Rbati expert en énergies renouvelables et développement durable cumule les statuts de président (du Centre marocain de production propre, de lAssociation marocaine des industries solaires et éoliennes, etc.) et de conseiller (pour la Fondation Mohammed VI, pour lOffice chérifien des phosphates
). Cheveux grisonnants, parka rouge, mains dans les poches et voix posée, cet ingénieur formé à lInstitut polytechnique de Grenoble et à lUniversité de Pennsylvanie enchaîne les conférences mondiales du Québec à lIndonésie, en passant par le Brésil. Aujourdhui, une entreprise qui respecte lenvironnement le fait aussi pour sa compétitivité. Les économies dénergies sont rapidement rentabilisées, rappelle Saïd Mouline. Atterré par le gaspillage industriel, il est convaincu par les efforts engagés par ce gros pollueur quest lOCP : décision de ne plus déverser en mer des rejets chimiques au niveau de Safi et El Jadida, vaste opération de reboisement ou encore le projet de nouveau pipeline qui permettra déconomiser de grandes quantités deau et dénergie tout en diminuant fortement les émissions de poussières. Quant à son centre de recherche Cerphos, il étudie la mise au point de technologies dagro-carburant alternatives (à base de déchets de bois, jatropha, algues), qui ne fassent pas flamber les cours des céréales. Le Maroc a une carte à jouer dans le développement durable, notamment la réduction de gaz à effet de serre, insiste Saïd Mouline. Sil salue les lois environnementales de 2003, le scientifique plaide pour une politique plus transversale, à linstar du Grenelle de lenvironnement en France. Ce nest pas logique de prévoir 150 000 nouveaux logements par an ou 10 millions de touristes sans miser sur le chauffe-eau solaire !. |
Moundir Zniber
Fondateur du festival Pour un Maroc vert, Casablanca
La seule trace quon a de Dieu aujourdhui, cest la nature
A 26 ans, ce Meknassi de naissance, promené de ville en ville par ses parents artistes, est le fondateur de Pour un Maroc vert, premier festival entièrement dédié à lenvironnement, dont lédition pilote sest déroulée au printemps 2008 sur les hauteurs des terres dAmanar, près de Marrakech. Touche-à-tout pendant ses études en France (physique, philo, sciences religieuses) tout en travaillant en parallèle dans la musique et lévènementiel, Moundir Zniber sest découvert assez tôt une solide conscience verte. Méfiant envers la société de consommation, il a été marqué par le documentaire visionnaire Baraka, de Ron Fricke (1993), qui confronte des modes de vie traditionnels et respectueux de lenvironnement et nos modes de vie urbains, agressifs. La seule trace de Dieu que lon a aujourdhui, cest la nature, lance-t-il, friand du poids des mots pour inculquer lurgence écologique : En 150 ans, on a massacré 3,5 millions dannées dévolution ! Selon lui, lAfrique, qui aborde son développement industriel, doit saisir cette opportunité pour passer dès maintenant à une économie verte. Pull en laine et longue chevelure brune nouée sur la nuque, Moundir Zniber nen a pas moins le sens entrepreneurial. Il est rentré au pays, à Casablanca, pour fonder et diriger Maroc Dômes (17 employés), une agence de com et dévénementiel dotée dune charte de développement durable et dont les tentes dexposition adoptent la technologie du dôme géodésique géant, structure defficience énergétique par excellence. Cest sous ces installations que se tiendra, en avril prochain, la deuxième édition de Pour un Maroc vert, dédiée au thème de leau, La priorité. Près de 80% de notre eau douce va à lagriculture, dont une majorité est, elle-même, exportée. Plus de la moitié de notre eau potable part donc à létranger !. |
Ali Agoumi
Ingénieur-chercheur expert en changement climatique, Casablanca
Les médias ne jouent pas leur rôle
Le spécialiste en changement climatique, cest lui. Ali Agoumi, 50 ans, né à Fès, a fait lEcole des Ponts et Chaussées à Paris parce quil aimait les maths. Mais le béton, jai trouvé ça lourd
, ironise cet ingénieur, davantage passionné par ses cours en hydraulique. Egalement docteur ès sciences en océanographie, cest au cours de sa thèse sur les effets des centrales thermiques dans la pollution de la Manche quil constate le réchauffement climatique, et que naît, dabord inconsciemment, sa fibre écolo. Rentré au Maroc, le scientifique modélise la pollution des eaux de barrage des grands oueds nationaux, avant de se climatiser, explique-t-il en agitant les mains, dans son bureau denseignant-chercheur à lEcole Hassania des travaux publics (EHTP) de Casa, rejointe en 1985. Entre deux conférences internationales, Ali Agoumi a été conseiller en environnement du ministère des Travaux publics, nommé coordinateur du programme du PNUD sur le changement climatique au Maroc en 2000. En 2004, il devient coordinateur du programme onusien sur la mise en place de la structure Mécanismes pour un développement propre (MDP), afin que des projets visant la réduction de gaz à effet de serre puissent être financés par la vente de leurs crédits carbone, dans le cadre du Protocole de Kyoto. Dans le même objectif, Ali Agoumi représente au Maroc la société Ecosecurities, qui conseille et accompagne les entreprises pour produire plus propre. Jai eu la chance de côtoyer deux milieux qui dhabitude sopposent : la recherche et la gouvernance, reconnaît-il. Et de constater : Un début de prise de conscience, mais pas encore une intégration de lexigence environnementale. En Conseil de gouvernement, le ministre de lEnvironnement est encore en bout de table, symbolique. Mais les médias, non plus, ne jouent pas leur rôle. |
Dhafer Hafidi
Organisateur du festival Eco-System H2O, Agadir
Avant, on apercevait des tortues, des baleines, des orques
Jai toujours entendu que les Espagnols venaient trop pêcher sur nos côtes, que le poisson risquait de ne pas se renouveler, raconte Dhafer Hafidi, 26 ans. Né à Meknès mais Gadiri dadoption, ce fils dagriculteurs et déleveurs de chevaux a grandi entre terre et mer, à deux pas de la réserve naturelle du Souss-Massa-Draâ, fief transitoire de flamands, de cygnes et dune espèce menacée, libis chauve. Peu à peu, il prend conscience de représenter une génération coincée entre culture baba cool et hyperconsommation. Choqué par chaque marée noire, il assure que le concept dadaptation à son environnement est dans chaque religion, chaque philosophie. Après des études de droit et danthropologie sociologique à Paris, ainsi quune brassée de petits boulots (vendeur de bonbons, livreur de fleurs, chargé de sécurité, manutentionnaire, épicier), le jeune homme est revenu au Maroc pour y être utile. Quelques années seulement ont passé, le temps de réaliser que des forêts avaient disparu, le climat avait changé. Et de se désoler : Avant, on apercevait souvent des baleines ou des orques. Plus maintenant. La dernière tortue quil a vue, cétait au mois de ramadan, échouée sur la plage, emprisonnée dans des filets. Adepte de capoeira et de bodyboard, Dhafer surfe sur ses passions pour sensibiliser, notamment à travers le festival Eco-System H2O dont il est, depuis deux ans, un des organisateurs via lassociation Synapse Crew. Entre tables rondes, pièces de théâtre et projections thématiques, concerts et initiations sportives, léquipe organise des campagnes de nettoyage des plages et rivières dans les communes dAgadir, Aourir, Taghazout et Anza. Malgré quelques soucis dorganisation lors des deux premières éditions, plus de 10 000 personnes ont répondu présent. |
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