N° 357
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

CINEMA. Nouveaux films du Vieux continent
PORTRAIT. Le cinéma dans la peau
ARTS PLASTIQUES. Appâter la galerie
LE MAG CULTURE



Par Abdellah Tourabi

Cinéma. Nouveaux films du Vieux continent

(DR)

Dans sa diversité, le 7ème art européen offre des œuvres de grande qualité, sensibles, engagées et proches de leur temps. Florilège de quelques opus à découvrir lors des 18èmes Semaines du film européen.


Entre les murs

Ami-chemin entre la fiction et le documentaire, ce film est un véritable objet cinématographique non identifié. Le réalisateur Laurent Cantet a
planté sa caméra au milieu d’une classe de 4ème dans un collège réputé “difficile” de Paris, et l’alchimie a pris. Adapté d’un roman éponyme de François Bégaudeau, Entre les murs est une chronique décapante et touchante sur l’école comme lieu de tension et de domination, mais aussi d’espoir et de réussite. À travers le personnage de François Marin (interprété par l’écrivain F. Bégaudeau), professeur de français au collège, on pénètre au cœur de ces liens paradoxaux qui se trament au sein de l’école. François a des manières parfois perturbantes pour secouer ses élèves et les pousser à se surpasser : il se moque d’un tel pour une conjugaison hasardeuse, charrie un autre pour une rédaction où seul le nom de l’élève a échappé aux fautes d’orthographe, tutoie ses élèves et exige d’eux le vouvoiement… Sauf que parfois, le risque de dérapage devient inévitable et le clash avec les élèves, soutenus par leurs parents, doit être subi.

Entre les murs est également un kaléidoscope de la société française actuelle : métissée, multiraciale et multiculturelle. Les élèves de cette classe de 4ème représentent ce métissage culturel et social qui s’effectue parfois dans la douleur, le déchirement et les conflits d’identité. Les jeunes acteurs sont surprenants de fraîcheur et de spontanéité ainsi que dans leur capacité à restituer la nature complexe de leurs rapports avec la société française. Ces qualités ont séduit le jury de la dernière édition du Festival de Cannes qui a decerné la Palme d’or à ce film drôle et émouvant.


Gomorra

Ce film sur la mafia napolitaine déconstruit la vision romantique et glamour qui a toujours entouré le mythe de la mafia dans le cinéma. Dans Gomorra, les affaires ne sont pas traitées entre bonnes gens qui respectent les valeurs de l’honneur et de la parole donnée comme dans Le Parrain de Coppola. Quant aux gangsters, ils sont loin des types gominés, raffinés et flamboyants des Affranchis de Martin Scorsese par exemple. Les personnages de Gomorra sont vraiment affreux, sales et méchants. Le titre de ce film italien éclaire son objet et son message : contraction de Gomorrhe, la ville biblique anéantie par la colère divine à cause de sa corruption, et de Camorra, la célèbre mafia de Naples. Gomorra décrit les rouages et le fonctionnement de cette organisation tentaculaire dont les activités dépassent le trafic de drogues et la contrebande.

La Camorra est à la fois un holding économique, un lobby politique et un solide filet de sécurité sociale pour ses membres et leurs familles. C’est une institution sociale, historiquement ancrée dans cette région de l’Italie. Mais c’est surtout une organisation criminelle, où tout se règle dans le sang et par la violence. Les premières scènes du film, sanguinolentes et insoutenables, illustrent la cruauté et les manières brutales de cette mafia. A l’origine de ce film réalisé par Matteo Garrone, il y a le best-seller planétaire du journaliste italien Roberto Saviano. Résultat de plusieurs enquêtes sur la mafia napolitaine, le roman de ce jeune écrivain et journaliste s’est imposé comme un véritable phénomène en Italie. Le film a rencontré également un grand succès auprès du public et de la critique. Il a remporté de nombreux prix dans le monde, comme le Grand prix du jury au Festival de Cannes et le prix du meilleur film européen de l’année en 2008.


Le silence de Lorna

Si les frères Coen sont passés maîtres dans la confection de films peuplés de personnages loufoques, azimutés et invraisemblables, les frères Dardenne n’ont pas leur égal dans la description des gens de tous les jours, dans leur grandeur et leur décadence. Les deux réalisateurs belges excellent dans l’analyse du comportement de l’être humain placé dans une situation de dilemme moral, où les frontières qui séparent le bien du mal ne sont pas si évidentes. Dans ce film, les frères Dardenne abordent la question du mariage blanc et les interrogations morales suscitées par ce genre d’arrangement. Pour obtenir la nationalité belge, Lorna (Arta Dobroshi ), jeune immigrée albanaise, contracte un mariage blanc avec Claudy (l’excellent Jérémie Renier), un toxicomane fragile et constamment en manque d’argent. Lorna souhaite obtenir un divorce rapidement de Claudy, qui sombre de plus en plus dans la drogue et la dépendance.

Sauf qu’il y a la menace de Fabio, un mafieux qui veut exploiter Lorna dans son commerce de mariages blancs et provoquer la mort de Claudy par overdose afin d’accélérer les choses. Lorna va-t-elle accepter ce sort réservé à son “mari” ? Son intérêt personnel et le profit matériel seront-ils considérés comme supérieurs à la vie d’un autre être humain ? Les frères Dardenne reviennent, avec Le silence de Lorna, à leurs thèmes de prédilection : la misère économique et sociale comme matrice de la misère morale, l’aliénation et la déshumanisation produites par la recherche effrénée du profit et la rédemption par la redécouverte du lien social et familial.


Moi qui ai servi le roi d’Angleterre

Au début il y a le roman. Un récit drolatique, enlevé et captivant du romancier tchèque Bouhmil Hrabal, dont la lecture est fortement recommandée. Ensuite, il y a son adaptation par son compatriote, le réalisateur Jiri Menzel, qui a su rendre à l’image le caractère caustique et pétillant du roman. Dans ce film, on découvre tout un pan de l’histoire tchèque à travers les yeux de Dite, un serveur complexé par sa petite taille et dont le rêve est de devenir millionnaire. Les tribulations de Dite permettent au spectateur de revisiter la Seconde guerre mondiale, le nazisme, le communisme, l’Europe des aristocrates et des rois, dont celui d’Angleterre, servi par le jeune Dite lors d’une réception à Prague. Avec humour et délicatesse, ce film revient sur ces moments sombres et peu glorieux de l’histoire européenne.

Les scènes des sublimes naïades, blondes et plantureuses, réservées aux soldats nazis pour la perpétuation de la race aryenne, sont belles et hilarantes à la fois. A l’instar du roman, ce film raconte l’ascension et le déclin d’un opportuniste qu’on n’arrive pas à détester tellement il est désarmant de naïveté et d’humour. Moi qui ai servi le roi d’Angleterre marque une seconde collaboration fructueuse entre le réalisateur Jiri Menzel et le romancier Bouhmil Hrabal. La première remonte à 1966, avec Trains étroitement surveillés, qui avait obtenu à l’époque l’Oscar du meilleur film étranger.

A l’Avenida de Tétouan jusqu’au 31 janvier, au
Théâtre Mohammed V de Rabat du 24 janvier au 2 février),
au Lynx de Casablanca du 26 janvier au 4 février,
au Colisée de Marrakech du 28 janvier au 6 février.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés