Zakaria Boualem est coincé, pouvez-vous sil vous plaît encore une fois léclairer sur cette histoire de valeurs.
Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque
Si Zakaria Boualem a bien compris ce qui sest passé ce mardi, tout est devenu possible. Yes he can ! Cest une très bonne nouvelle pour le monde. Un président américain qui sappelle Hussein ? Yes he can ! Un Zakaria Boualem citoyen exemplaire, qui marche sur les trottoirs, qui fait la queue, et qui va voter pour les poulets et des lanternes quand on le lui demande ? Yes he can ! Un Etat marocain rendant justice de façon équitable, formant ses enfants dans des écoles décentes et les soignant si besoin ? Yes, he can ! Au moment où jécris cette ligne, Microsoft vient de mafficher un message stipulant quil nétait pas responsable des délires formulés en utilisant ses produits. Assez rigolé. Zakaria Boualem a compris quelque chose. Il était temps, oui, vous avez raison. |
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Il a compris que les Etats-Unis dAmérique étaient construits autour de valeurs très claires. Le culte de la réussite, le goût du risque, le refus de la fatalité, le pays où tout est possible
Du coup, les mirikanes placent en haut de laffiche des gens dont le parcours porte ces valeurs, comme Bill Gates ou Hussein justement. Tout nest pas rose, bien sûr. On peut disserter à linfini sur larrogance américaine, sur le manque de curiosité du peuple, sur le mépris de lintellectuel, sur la vacuité de considérer la réussite matérielle comme une fin en soi, mais là nest pas le propos.
Limportant, cest que les valeurs américaines sont claires, et quelles sont portées par tout le monde. Le dernier des émigrés sait ce quil va chercher là-bas, dans le pays où tout est possible. Doù la question : quelles sont les valeurs marocaines ? Autour de quel projet sommes-nous rassemblés ? Quelquun peut-il sil lui plaît expliquer à Zakaria Boualem, cest un peu urgent
Par contre, le premier qui lui répond des trucs du genre modernité et tradition risque de se prendre en retour un sérieux coup de chergui verbal. Outre le fait quelle ne veuille rien dire, cette expression est devenue le symbole même de la langue de bois dans laquelle on nous enferme pour justifier nimporte quoi et son contraire.
Donc, les valeurs marocaines ? Zakaria Boualem a bien pensé à la tolérance. Cest cool, la tolérance, on nous en parle souvent dans les brochures touristiques sauf quil sest souvenu quon avait enfermé 14 musiciens en 2003 à cause de leur goût pour le hard rock, quon embarque régulièrement des gens au poste à cause de leur coupe de cheveux et il ne se passe pas une semaine sans que des esprits respectables ne nous expliquent que tel ou tel film ne devrait pas exister ou que telle ou telle population ne devrait pas exister. Zakaria Boualem a pensé à la liberté. Mais à chaque fois quil a parlé à quelquun de liberté, lautre lui a répondu «?oui, mais avec le respect, quand même, hein, on est des Marocains ».
Cet ajout est un problème puisque le respect est quelque chose de très subjectif : certains considèrent quune femme est en soi un manque de respect. Vous imaginez un slogan du style : Le maroc, pays de liberté oui, mais dans le respect, cest presque aussi débile que la tradition et la modernité. Zakaria Boualem a cherché une autre piste, quelque chose que tous les Marocains aiment, capable de les fédérer. Il a pensé aux grillades de kefta, oui oui, parfaitement, le chwa pour les amateurs. Cest inattaquable, ça ne vexe personne et on nest pas obligé dajouter après oui, mais sans sel parce que cest mauvais pour le cur. Cest donc une valeur absolue. Il sest ensuite ressaisi : un pays mobilisé autour dune viande hachée, fût-elle épicée, naurait pas lair très sérieux. Donc Zakaria Boualem est coincé, pouvez-vous sil vous plaît encore une fois léclairer sur cette histoire de valeurs. Sans être un grand penseur, il a létrange impression quil va devenir de plus en plus difficile de vivre ensemble sans prendre le soin de préciser ce point. Et merci. |