N° 358
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

Palme d’or

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Un seul regret pour la Semaine du film européen, qui illumine quatre villes du royaume : l’absence du cinéma turc, l’un des meilleurs à l’heure actuelle. Peut-être aussi celle du cinéma israélien (pour peu que l’on considère, comme en foot, qu’Israël est un pays “européen”). Sinon, comment résister au plaisir de vous entretenir d’un film, petit, petit, tout Palme d’or cannoise qu’il est. Entre les murs de Laurent Cantet. C’est l’histoire d’une classe de collégiens dans un quartier chaud à Paris. Un prof, des élèves. Et un proviseur, d’autres profs, les conseils de discipline, quelques parents d’élèves, la cour du collège. On aurait tort de baîller devant ce qui ressemble théoriquement à un pesant
reportage télé, à ingurgiter seulement si vous êtes un insomniaque chronique. Le film appartient à ce qu’on peut appeler la réalité “fictionnalisée”, c’est un genre difficile, compliqué, dans lequel les gens “réels” jouent leur propre rôle. Entre les murs est une vraie fiction (le scénario est adapté d’un roman) avec la charge d’un vrai documentaire.

Et elle est réussie. En une heure et demie, le réalisateur brosse finement le tableau d’une société, d’une époque, il nous prend la main pour nous parler, humblement, de démocratie, de violence, de racisme, et de mille et une choses de notre époque. Je dis bien notre époque. Le réalisateur filme ses personnages (des gens “réels”, donc) comme s’ils représentaient le centre du monde. Le gentil prof mal compris devient un héros shakespearien, plus fort que Bush et Ban Ki Moon réunis, les midinettes sont des vamps comme le vieux cinéma américain en crache depuis le cinéma muet, tout devient plus grand, plus beau. Et plus universel. C’est le miracle du cinéma, cette aptitude à toucher tout le monde en parlant de soi-même, saisir le sens des grandes choses en zoomant juste sur les petites histoires personnelles. Entre les murs, on vous le recommande, cinéastes, lecteurs, consommateurs de la vie quotidienne.


Tendance, tendance
Alors on s’aime, on se marie, on fait des enfants, on se dispute, on se bouffe, on se sépare. Et on fait la fête. C’est surtout ça. Dans un pays où l’on se marie plus vieux pour divorcer plus jeune, la fête devient un bon ami, un peu comme un chien, fidèle compagnon de tous les jours. Et tant pis si cela embarrasse au plus haut point maman et papa, plus vertueux, plus encaisseurs, capables d’endurer le calvaire d’une longue vie de couple en pensant tous les jours au mot “divorce”.

Question d’époque. Aujourd’hui, on divorce peut-être pour les mêmes raisons que l’on se marie : on aime la vie. Forcément, ça s’arrose. Ambiance : les femmes, c’est d’elles qu’il s’agit, peuvent s’offrir un sex toy pour enterrer leur vie de jeune fille, ou la déterrer après un long sommeil, en se mariant ou en divorçant. Pour le fun, only. Un homme peut arroser l’anniversaire de sa naissance ou le souvenir d’un infarctus. La nouvelle tendance n’a pas de quoi réveiller un poète mort, ce n’est pas plus intelligent que romantique. Les Marocains au-dessus du seuil de pauvreté aiment la fête, ils arrosent tout, même leurs divorces.


Coucou, les islamistes
Soyons sérieux : le PJD est un parti comme les autres. Avec un secrétaire général aux abois, une star qui jette l’éponge, et ce côté risible, hystérique, qui affecte tant la classe politique marocaine. Il a suffi d’une petite semaine pour nous le rappeler. A Meknès, Aboubakr Belkora, maire PJD de Meknès, a été licencié (c’est le mot) par le ministère de l’Intérieur, officiellement pour “irrégularités dans la gestion de sa commune”. Il est trop tôt pour en savoir plus, mais le coup est dur, dur, pour la star des maires, seul représentant islamiste dans une grande ville marocaine, déjà pointé par le passé pour un supposé voyage en Israël… On arrive au deuxième couac : la guéguerre entre Abdelilah Benkirane, numéro 1 du parti, et Abbas El Fassi, Premier ministre. Les deux hommes s’étripent depuis une semaine au sujet d’un compte ouvert par le roi pour venir en aide aux victimes de Gaza. “L’idée (d’un compte bancaire) nous appartient”, a plus ou moins signifié Benkirane. “L’idée appartient au roi et à personne d’autre”, a plus ou moins répondu Si Abbas, dans un communiqué vaguement menaçant.

Et Benkirane de se rétracter, craignant sans doute les foudres royales. “C’est un malentendu, Benkirane n’avait nullement l’intention de récupérer le bénéfice d’une action entreprise par le souverain”, se défendent aujourd’hui, tétanisés, paniqués, les amis de Si Abdelilah. Le PJD, qui a cru bon de convoquer son état-major pour tenir une conférence de presse aujourd’hui même à Rabat, peut crier au complot destiné à le “casser” auprès de son électorat (cas Belkora), ou à brouiller son rapport à la monarchie (cas Benkirane), à quelques mois des communales. Et…Stop, on ne vous embêtera pas plus longtemps avec toutes ces futilités dignes d’un parti redevenu comme les autres, au moins depuis que les bons docteurs Khatib et El Othmani ont passé la main.

 
 
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