N° 358
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Ecrivez-nous ! Faites-nous part de vos commentaires, critiques ou encouragements.

E-mail : (courrier@telquel.info). Fax (022 22 05 63). Lettres (28, avenue des FAR, Casablanca).



Le temps des marionnettes

Je voudrais revenir sur le cas de Abdelouahed Radi (TelQuel n°355). Entendons-nous bien : n'est avili qui, par intérêt et/ou par lâcheté, le veut bien. Pour sa part, le roi fait ce qu'il pense devoir faire, pour l'intérêt de la nation, qui peut se confondre avec le sien. Et sans que cela soit forcément antidémocratique. Alors voilà : que chacune de nos marionnettes qui “font” de la politique en fasse autant et commence, déjà, par redresser un peu l'échine en faisant passer l'intérêt général avant son intérêt propre, dans un semblant de dignité. Bien des choses iront pour le mieux. Je suis persuadé que le roi, homme esseulé au milieu d'un troupeau de limaces, serait le premier à en être ravi !

Mohamed El Baghdadi, Casablanca.



Marre de la propagande

L’interdiction faite aux journalistes occidentaux d’accéder à Gaza a laissé le champ libre aux chaînes arabes pour informer l’opinion mondiale, et surtout arabe, du drame et du massacre que subissaient les civils palestiniens. Si le professionnalisme d’une chaîne comme Al Jazeera (avec laquelle peut ne pas être d’accord) n’est plus à démontrer, la majorité des chaînes arabes, en ce qui les concerne, sont restées au stade “primitif” dans leur façon de traiter l’information.

Medi1sat, chaîne privée bilingue, est en cela l’exemple type : le journal arabe du soir commence avec un titre martial (“Du blocus à la destruction”) suivi d’un clip de quelques minutes qui fait appel aux ficelles les plus grossières du montage. On y voit à côté des images de civils morts, des images de foules en colère qui se terminent par le plan d’un petit enfant brandissant le V de la victoire, suivi en contre-champ par le plan d’un soldat israélien qui met un genou à terre, vise avec son arme et tire, puis l’image se fige. Deux plans qui n’ont rien avoir ensemble mais qui, grâce au montage, font sens. Vieux procédé acculé du montage. Quel est donc l’intérêt de ce genre de procédé ?

Cette démarche discrédite l’information, aussi juste et pertinente qu’elle puisse être. Les enfants, les femmes et les hommes de Gaza pris sous les bombes ont besoin de plus de respect de leur dignité, que d’un tel montage qui discrédite leur cause. On aurait voulu le faire exprès qu’on ne s’y serait pas pris autrement. Face à un certain partipris des médias occidentaux, les médias arabes se devaient d’être irréprochables, pour dénoncer la guerre faite aux Palestiniens et la barbarie de l’agression. Le rôle d’un journal télévisé est de donner l’information, d’analyser, de livrer des clés de lecture au téléspectateur. En un seul mot : informer. On en est loin.

L’information sur le drame de Gaza se suffisait à elle-même pour émouvoir et susciter la révolte et la condamnation. Elle n’a pas besoin d’être précédée d’un montage grossier de propagande (parce que c’est une forme de propagande) pour provoquer l’émotion chez le téléspectateur arabe, comme si ce dernier n’était qu’un “émotif” et qu’il ne pouvait réagir qu’à “l’émotion”. Quel est l’intérêt de ces cadavres de civils (surtout des enfants) montrés en boucle ? Je ne dis pas qu’il ne faut pas les montrer. Tant que ça reste de l’information oui, il faut montrer l’horreur dans ce qu’elle a d’abject.

Mais quel est l’intérêt, après, d’en faire un montage, une sélection, une sorte de best of de l’horreur et de le passer en boucle ? Sinon d’exacerber la haine, de catalyser une violence mal orientée, mal ciblée, qui fabrique au final des hommes et des femmes qui appartiennent à la famille du ressentiment. Ce genre de procédé participe dans la création de l’image d’un monde arabe qui ne sait pas argumenter, qui ne peut être que dans la vocifération, dans la réaction instinctive et affective. Et c’est révélateur d’un manque de respect pour la dignité de ces victimes et leurs familles. J’ai envie, pour finir, de citer cette phrase de Mahmoud Darwich parlant de son grand-père : “Il m’apprit à être digne avant d’apprendre à lire dans les livres”. Ayons l’élégance de Darwish et restons digne même dans nos malheurs.

Hassan Legzouli, cinéaste (“Tinja”).



Femmes arabes, où êtes-vous ?

Tout en regardant avec beaucoup d’intérêt ce qui se passe au Proche-Orient, je m’interroge sur un fait bien bizarre : l’absence totale de la femme arabe sur la scène politique. Tout ce qu’on voit à la télévision, c’est des hommes, des hommes, et encore des hommes… Ou alors des femmes musulmanes dans la rue, abattues, en train de pleurer, de taper des mains sur leurs cuisses, d’implorer l’aide de Dieu. Entre-temps, il y a la ministre des Affaires étrangères israélienne Livni et l’Américaine Condolezza Rice signant des accords, confiantes, sûres d’elles-mêmes, le tout sous des tonnerres d’applaudissements. Je vois toutes ces images défiler devant moi et je comprends alors que ces gens-là sont en train, hélas, de nous donner des leçons sur l’égalité des chances et des droits entre les deux sexes. Chose que malheureusement les pays arabes ne font pas car, pour eux, la femme a simplement le droit (le rôle) de crier, pleurer. Et de procréer, bien sûr. Un vrai “coffre à grossesse” comme a dit Driss Chraïbi dans son livre autobiographique Le passé simple.

Houda Shems, Agadir.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés