N° 358
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

Zakaria Boualem fait comme tout le monde, il reste sans voix devant le prodige réalisé par l’homme...

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Manifestement, il se passe quelque chose ici, se dit le Boualem. Il vient de surgir au croisement des Boulevard Roudani et Bir Anzarane, et il constate qu’il y a une foule de curieux agglutinés autour de quelque chose qui se passe en profondeur. Il s’approche de l’œil du cyclone en se demandant ce qui peut bien mobiliser pareille attention. Un accident de voiture ? Impossible, il y a trop de monde pour un spectacle finalement un peu banal. Une attraction de rue, genre spectacle pour enfants subventionné par la Mairie ? Impossible, on vient à peine de déployer une animation massive pour les citoyens marocains sous forme de clowns à moto. Zakaria Boualem veut parler de ces étranges individus qui circulent par deux, rôdent dans les rues avec une maîtrise très
sommaire de leurs engins, et regardent tout le monde d’un air louche. Il faut signaler qu’ils sont systématiquement dépourvus de casques. Un jour, Zakaria Boualem a demandé à l’un deux pourquoi il estimait cet étrange accessoire superflu. Le type à moto, qui a failli se casser la gueule en réfléchissant, a eu une étrange réponse : “Mais c’est parce que nous sommes des policiers” .

Zakaria Boualem s’est aussitôt demandé si ce statut lui conférait une tête suffisamment dure pour ne pas craindre de se fracasser sur un trottoir, puis il a compris ce que l’homme voulait dire : il n’a pas besoin de casque parce que, étant policier, aucun autre policier ne viendra l’embêter pour défaut de port, de casque bien sûr. Autrement dit, selon cet homme, un casque ne sert pas à se protéger des chutes, mais des contrôles policiers. C’est très bien. Zakaria Boualem, en s’approchant du carrefour cité plus haut, découvre l’objet de cette chronique. Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais ce récit est parti dans un style un peu administratif fin XXème siècle qu’on ne peut plus rattraper à ce niveau de la page. Les gens regardent… un trou ! Un tunnel creusé par l’homme, plus exactement une trémie. Wikipédia : “Une trémie désigne un tunnel court permettant à une voie de circulation de passer en dessous d'une autre”.

Zakaria Boualem fait comme tout le monde, il reste sans voix devant un tel prodige réalisé par l’homme… Il observe de longues minutes le trou, les gens qui travaillent dans le trou, les murs du trou et les barrières autour du trou. Il est fort possible que le métro parisien, à son inauguration, n’ait pas généré autant de stupéfaction. C’était en 1900, faut-il le rappeler. Il faut absolument que vous alliez là-bas pour comprendre de quoi Zakaria Boualem veut parler. Il y a deux options : soit vous serez sidéré, comme le Guercifi, par l’exploit de nos constructeurs, soit vous serez sidéré par le fait que de nombreux Casablancais trouvent cette trémie sidérante.

Parce qu’il faut être clair : la réaction des gens est vexante. Elle pourrait laisser penser que les aménagements sur le réseau casablancais sont rares. Elle pourrait laisser penser que rien n’est jamais fait pour soulager la circulation dans la ville, que le Maârif est saturé pour les voitures comme pour les piétons, que la route de Sidi Maârouf est un cauchemar absolu, que la file des gens qui attendent les taxis de Hay Mohammadi vient bientôt déborder les frontières de la ville, que l’air de Aïn Sebaâ est saturé de mazout et qu’on peut même en distinguer les gouttes en suspension, que les trottoirs n’existent pas dans cette ville, que les tobiss – ils ne méritent même pas une orthographe correcte – sont une insulte aux usagers et à l’environnement, que les motos chinoises devraient être abolies, etc. Tout ceci est bien entendu complètement faux, il suffit de lire le Matin du Sahara pour découvrir chaque jour des milliers de projets dédiés au citoyen marocain. On se demande alors pourquoi il reste la bouche ouverte lorsqu’il en découvre un au coin de sa rue. Pfff…

 
 
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