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Par Fédoua Tounassi
Fisc. La chasse au fric
Ladministration fiscale est accusée dappliquer majoration et taxes supplémentaires pour combler les 20 milliards de dirhams de manque à gagner, dû à la baisse de lImpôt sur le revenu.
Mardi 29 janvier, 20h45, le journal de la deuxième chaîne nationale diffuse une annonce de la Direction des impôts qui provoque un vent de panique chez de nombreux contribuables : tous ceux qui ont réalisé une transaction immobilière en 2008 doivent obligatoirement déclarer ladite opération au fisc. Jusque-là rien dalarmant. Sauf que cette déclaration |
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doit être faite avant le 31 janvier et que les contrevenants devront sacquitter dune majoration de 15% sur la taxe urbaine. Mohamed Yahyaoui, citoyen lambda qui vient dacquérir un logement, se précipite dès le lendemain rue dAgadir à la délégation des impôts de Casablanca, pour sinformer sur cette nouvelle disposition et faire au plus vite sa déclaration. Mais surprise, lagent du fisc nest pas au courant des nouvelles dispositions : Nous navons pas encore reçu dinformations, je vais me renseigner auprès de mon supérieur, sentend répondre Yahyaoui. Quelques minutes plus tard, lagent explique : Vous devez remplir un formulaire avec une copie de votre carte didentité nationale et une copie du contrat de vente ou dachat. Yahyaoui lui réclame ledit formulaire et, surprise à nouveau, la délégation nen dispose pas, il lui faut revenir le lendemain. La Direction des impôts prend des décisions à la hâte et nen informe les citoyens que peu de temps avant de les mettre en application. Cest déplorable, sinsurge lintéressé, qui réussira à se procurer le fameux formulaire grâce à un parent qui travaille à la Direction des impôts de Rabat. Nous avons été pris de court, tentera de justifier lagent, plusieurs dizaines de fois au long de la journée. Le délai sera finalement prolongé au 2 février 2009. Une faveur aux contribuables, selon le fisc. Mais il nen est rien, le 31 janvier tombait un dimanche.
Piège à contribuable ?
Cafouillage, manque de professionnalisme
comment expliquer tant damateurisme de la part dun département tenu dune poigne de fer par Noureddine Bensouda ? Ce nest pas délibéré. La Direction des impôts est pleine de bonne volonté, mais nous manquons cruellement de ressources humaines, confie un responsable au sein dune délégation régionale. Pour les nombreux détracteurs du fisc, cet épisode relève de la mauvaise foi caractérisée. La Direction des impôts use de stratagèmes pour piéger les contribuables et leur faire payer des majorations, déplore un expert comptable sous couvert danonymat. Et de citer en exemple la taxe professionnelle qui devait être déclarée dans les mêmes délais, sachant quils sont insuffisants. Cette déclaration demande des semaines de travail. Nous avons fait plusieurs nuits blanches pour arriver dans les temps et cela na pas été possible, témoigne Samir Ahamrouch, directeur financier dune société de textile. Son patron espère une entrevue avec la délégation régionale du fisc pour négocier un délai supplémentaire.
Des recettes record
Les recettes fiscales ont enregistré une progression de 29%, selon les résultats provisoires de l'année 2008, totalisant plus de 116 milliards de dirhams contre 90,3 milliards de dirhams en 2007. Un record. Le taux de croissance na cessé daugmenter ces dernières années, enregistrant 14,9% en 2005, 18,8% en 2006 et 21,4 en 2007. Et pourtant, ces bons résultats ne sont pas satisfaisants au regard de la Direction générale des impôts. Nous irons chercher largent là où il se trouve, avait lancé Noureddine Bensouda. Et pour cause, le Trésor a un gap de 20 milliards de dirhams à combler cette année, creusé par la baisse de 2 points de lImpôt sur le revenu consentie par le gouvernement dans le cadre des négociations du dialogue social. Cela signifie-t-il pour autant piéger le contribuable en lastreignant à des deadlines impossibles à respecter pour ensuite lui faire payer son retard, sindigne Mohamed Yahyaoui. Laccusation est à peine voilée : la Direction des impôts est accusée de vouloir reprendre dune main ce que lEtat a lâché de lautre. Le Maroc ne met pas en balance différents types dimpôts en finançant lallègement de la charge fiscale par lalourdissement de la fiscalité sur la consommation, se défend un responsable au sein de la Direction générale des impôts.
Et pourtant, on serait tenté de le croire. 2009 a vu laugmentation de la TVA sur plusieurs produits de première nécessité. Il sagit dune uniformisation de la taxe sur la valeur ajoutée, pas dune hausse, justifie notre source. Quoi quil en soit, ce nest pas dans les poches des classes moyennes quil faut chercher des ressources, cest plutôt au niveau des entreprises, rétorque cet acteur social. Il est vrai (même ladministration fiscale le reconnaît) que seule une minorité de sociétés paye vraiment ses impôts. Si depuis 2007, les contributions des sociétés ont dépassé celles des personnes physiques, lévasion fiscale perdure. Seules 50 sociétés ont contribué à hauteur de 56% aux recettes totales de lImpôt sur les sociétés (IS). Et sur ces 56% de recettes, la part du secteur public représente 17,5% et celle du secteur des télécommunications 17,4%. Idem pour la TVA : en 2007, sur les 50 sociétés qui ont versé 56% des recettes totales de lIS, 32 se sont acquittées de 48% des recettes totales de la TVA. A cela, il faut ajouter les nombreuses exonérations fiscales qui profitent à des secteurs en pleine forme et qui occasionnent un manque à gagner estimé à 21,5 milliards de dirhams.
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[Voir infographie]
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