N° 359
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

COMMUNES. Accusés, levez-vous !
SYNDICAT. Hamid Chabat, la force fait l’union
POLITIQUE. Les camarades en campagne
L'ACTU MAROC



Par Amal Baba Ali

Communes. Accusés, levez-vous !

Aboubakr Belkora (d.)
fait parler (en mal) du PJD de
Abdelilah Benkirane. (TNIOUNI)

L’Intérieur a destitué, pour mauvaise gestion, des dizaines d’élus locaux dont le maire PJD de Meknès, Aboubakr Belkora. Réactif, le parti islamiste crie au complot. Eclairage.


C’est une bombe qu’a lâchée le ministère de l’Intérieur à quelques mois des élections communales. En rendant public son rapport sur les irrégularités au sein des communes, jeudi 29 janvier, Mohamed Fassi Fihri, wali inspecteur général de l’administration territoriale, a fait beaucoup de victimes : 18 révocations de présidents de commune, 20 révocations de vice-présidents et de conseillers, suspension d’un mois
de 5 présidents et vice-présidents, 18 mesures disciplinaires à l’encontre d’agents d’autorité. Le rapport épingle en tout 15 communes rurales et 3 communes urbaines.

Un parti comme les autres ?
Et il a fait une victime de taille : Aboubakr Belkora, maire vedette du PJD à Meknès. Une véritable estocade pour un parti qui a fait de sa probité un argument de campagne. D’ailleurs, le PJD a été le seul parti à s’insurger contre les révélations de l’Intérieur et à crier au complot, notamment lors d’une conférence de presse qui a affiché complet, samedi 31 janvier. Les disciples de Benkirane semblent croire dur comme fer que la destitution de Belkora n’est qu’un mauvais remake du scénario de 2003 : le ministère de l’Intérieur avait alors fait campagne pour que le PJD, considéré comme moralement responsable des attentats du 16 mai, revoie à la baisse ses ambitions communales. Du coup, le parti de la lampe avait décidé de se présenter uniquement dans certaines circonscriptions, afin d’éviter un raz-de-marée qui, paradoxalement, aurait pu lui être fatal.

Plus de cinq ans plus tard, le parti islamiste est à nouveau dans la tourmente à quelques mois des élections communales du 12 juin. Et sa décision de se présenter dans toutes les circonscriptions ne semble pas avoir joué en sa faveur. Une stratégie offensive mal ficelée et desservie par les premières réactions de Belkora. Car la ligne de défense du principal intéressé laisse pantois : il admet des irrégularités de gestion, mais récuse sa destitution tant que des gestionnaires véreux, connus de tous, restent en place.

Drôle de stratégie pour un parti qui a toujours argué de sa différence. En attendant, le Parquet a été saisi et Belkora, tout comme le président de la commune d’Oulmès et les deux vice-présidents de Aïn Chock à Casablanca, doivent rendre des comptes. Une source autorisée au ministère de l’Intérieur précise que seuls les cas d’infractions relevant du Code pénal seront transférés au Parquet pour déclencher une poursuite. Finie donc l’impunité dont ont bénéficié les communards pendant plusieurs décennies? Une chose est sûre, l’étau se resserre autour des élus locaux et l’Intérieur donne le la. “Les révocations sont des actes purement individuels et ne sont pas des attaques dirigées contre un parti”, a pourtant prévenu le wali inspecteur général Fassi Fihri.

L’Intérieur se défend
L’Inspection générale de l’administration territoriale (IGAT) n’en est pas à son premier fait d’armes. En 2000, Ahmed Midaoui, alors ministre de l’Intérieur, avait défrayé la chronique en épinglant le président de la commune de Casablanca, Abdelmoughit Slimani, encarté à l’Union constitutionnelle (UC). Aujourd’hui, le ministère de l’Intérieur présente les faits sous un emballage assez similaire. “La mission n’est qu’une réponse aux demandes incessantes des partis politiques pour plus de transparence dans la gestion publique”, explique Fassi Fihri. Concernant le timing, le patron des inspecteurs s’interdit de lier les destitutions à l’approche des élections, arguant que son rôle est purement administratif et ne répond à aucune considération politique ou calcul électoral.

Le wali préfère ainsi insister sur ses méthodes de transparence et la compétence de ses agents en mettant en exergue leur neutralité. “Nous travaillons selon les critères internationaux”, nous a t-il précisé. Avant d’ajouter : “L’urbanisme et l’habitat sont les deux dossiers sur lesquels nous avons relevé un grand nombre d’irrégularités.” Ces dossiers chauds seraient l’objet de manipulations et de malversations particulièrement visibles à l’approche des élections, essentiellement dans les communes rurales. Loin des centres de pouvoir, les élus monnayent plus facilement les “petits services” qu’ils peuvent rendre. “Le travail de l’Inspection est à saluer, mais cette volonté d’assainir en profondeur doit ratisser large car toutes les communes du Maroc ne sont pas un modèle de gestion”, pointe pour sa part le politologue Youssef Belal. Et de conclure : “Un travail de fond doit être mené par les partis politiques. Ils doivent nettoyer leurs écuries et trouver les bons porte-drapeaux pour les prochaines communales.”

[Voir l'infographie]



Zoom. Vous avez dit inspecteur ?

La révocation des élus locaux a mis sur le devant de la scène une entité jusqu’alors méconnue : l’IGAT, ou Inspection générale de l’administration territoriale, chargée de traquer les mauvais gestionnaires au sein des communes. L’IGAT est notamment chargée d’auditer et de contrôler la gestion administrative, technique et comptable du ministère de l’Intérieur et des collectivités locales. Depuis 2008, elle a effectué quelque 190 missions dont 61 dans les collectivités locales rurales et urbaines. Quand une irrégularité est avérée, l’éventail des sanctions est plutôt large, pouvant aller du blâme administratif aux poursuites judiciaires. Un détail intéressant : l’IGAT intervient après avoir été alertée par des réclamations des autorités administratives, des cours régionales des comptes ou des parlementaires. Un appel à peine voilé à une très saine délation.

 
 
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