N° 359
Webmaster
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

COMMUNES. Accusés, levez-vous !
SYNDICAT. Hamid Chabat, la force fait l’union
POLITIQUE. Les camarades en campagne
L'ACTU MAROC



Par Rahim Sefrioui

Syndicat. Hamid Chabat, la force fait l’union

Hamid Chabat a été plébiscité
par les 6400 congressistes.
(TNIOUNI)

Tombé sous la coupe de l’enfant terrible de l’Istiqlal, l’UGTM vit depuis 40 ans une histoire écrite par des hommes à poigne. Au menu, potentats, coups d’Etat et coups bas.


L’Union générale des travailleurs du Maroc (UGTM) est l’une des plus anciennes centrales syndicales nationales, aux côtés de l’UMT de Mahjoub Benseddik. Officiellement, sa création remonte au 20 mars 1960, mais elle n’a été reconnue en tant qu’organisation légale que trois ans plus tard, jour pour jour. “L’Etat, à l’époque, n’a reconnu
l’UGTM que suite à une plainte que nous avons déposée auprès de l’Organisation internationale du travail qui nous avait donné raison”, se souvient Mohamed Larbi Kabbaj, l’un des vieux routiers de l’UGTM et actuel membre du bureau exécutif issu du 9ème congrès national, tenu les 30 et 31 janvier et 1er février 2009.

Un moyen de pression
Les vétérans de cette organisation se souviennent des fondateurs du syndicat, naturellement recrutés au sein de la hiérarchie et des cadres de l’Istiqlal. Le “Comité des 14” regroupait des noms aussi célèbres que M’hammed Douiri, Abderrazak Afilal, M’Hammed Khalifa, feus Gazoulit, Housseïni et Hachem Amine. Ce dernier présidera aux destinées de la centrale. “Un homme d’une classe inégalable”, confie un syndicaliste. Amine cédera la place, un an plus tard, à un homme dont le nom sera lié à l’UGTM pendant près de quatre décennies : Abderrazak Afilal. L’homme, issu des milieux de l’enseignement contribuera à tisser la toile de l’organisation. Des structures locales voient le jour aux quatre coins du royaume, et surtout là où le parti dispose de bases. “Il était presque mal vu d’être de l’Istiqlal et de ne pas rejoindre les rangs de son bras syndical”, affirme un dirigeant UGTM. “Nous sommes un syndicat autonome. Mais nous croyons et défendons les mêmes principes que le Parti de l’Istiqlal”, rectifie Mohamed Larbi Kabbaj.

L’UGTM est, du coup, au cœur de tous les conflits sociaux. Le syndicat est un vivier de voix et un moyen de pression face aux gouvernements successifs. Face à la seule UMT, et bien avant la création de la CDT, il a son mot à dire. Et son poids se renforce au fur et à mesure qu’Afilal gagne en puissance, jusqu’à se targuer, en 2006, d’aligner près de 53 000 adhérents, 48 unions provinciales, 19 unions locales et, surtout, 25 fédérations ou syndicats nationaux affiliés.

Afilal, la parenthèse qui a trop duré
Membre influent de l’Istiqlal, Afilal devient incontournable et marque de son empreinte l’UGTM. Il règne sur ce qui devient une sorte de petit empire : la commune de Aïn Sebaâ qui l’a toujours porté au Parlement. Les rangs de ce syndicat sont faits et défaits selon les humeurs du bonhomme, qui n’hésite pas à sacrifier toute une fédération ou se tailler des congrès nationaux sur mesure. Avec toujours le même résultat : garder son poste à l’issue de n’importe quelle échéance. “Avec Abderrazak Afilal, ceux qui ne la fermaient pas avaient le choix entre deux traitements?: se laisser acheter ou se faire massacrer, parfois au sens propre du terme”, raconte l’un des dirigeants qui ont orchestré la fronde contre l’ex-homme fort de l’UGTM.

Car, revirement inattendu, l’homme, vieillissant et affaibli par des démêlés avec la justice, est renversé par le bureau exécutif, dont les membres lui obéissaient au doigt et à l’œil. S’ensuit un long bras de fer, avec occupations de locaux et affrontements, qui débouche sur un congrès national extraordinaire, le 29 janvier 2006. Afilal est débarqué. Plutôt “remercié”, comme le précise la littérature officielle de l’UGTM. Les nouveaux patrons placent au poste le fidèle Mohamed Benjelloun Andaloussi, également issu du milieu de l’enseignement, mais finissent, fin 2008, par s’en débarrasser. Et le dégoûter, comme il l’affirme lui-même, au point qu’il a refusé d’assister au dernier congrès. Pour mieux enfoncer le clou, Andaloussi se voit reprocher une gestion financière hasardeuse et l’acquisition, entre autres, d’une voiture de luxe aux frais de l’UGTM.

Sans urnes ni bulletins de vote
La parenthèse Andaloussi refermée par les membres du bureau exécutif, Hamid Chabat mène désormais le jeu. Il se fait élire au comité exécutif de l’Istiqlal et prend la tête de la commission préparatoire du 9ème congrès du syndicat, pour déboucher sur un conclave sur mesure. Et surtout préparer un scénario identique, en tous points, à celui qui a permis à Abbas El Fassi de briguer un troisième mandat. Vendredi 30 janvier, le maire de Fès rameute pas moins de 6400 congressistes acquis à sa cause. Ils expédient une journée d’étude, mais votent surtout un remaniement très précieux?: le secrétaire général de l’UGTM ne pourra plus être démis par le bureau exécutif qui le désigne, mais par le congrès national. Passé ce cap, Hamid Chabat n’a nul besoin d’urnes ou de bulletins de vote.

Candidat unique, il est élu par acclamation. Mieux encore, les congressistes plébiscitent tout aussi chaleureusement les 32 membres du bureau exécutif sortant sur demande du même Chabat. Ce dernier, pour quatre ans de mandat (renouvelable une seule fois), sera entouré des fidèles : Mohamed Larbi Kabbaj, Mohamed Titna Alaoui ou encore Khadija Zoumi. Seule et unique nouvelle figure, un syndicaliste UGTM de la région Assa-Zag a été désigné pour remplacer Andaloussi. Et tout cela se passe devant la direction de l’Istiqlal, avec un Abbas El Fassi pour une fois face à un éventuel challenger de taille. Chabat, qui n’a presque pas dépensé un sou pour l’organisation de ce congrès, s’est même offert le luxe de réussir une autre opération de charme, en réunissant près de 200 000 DH, qui seront reversés aux efforts de solidarité avec Gaza.

La suite, messieurs ?
Hamid Chabat, en s’emparant de la direction de l’UGTM, a bouclé la boucle. Député, maire, patron de presse, dirigeant de l’Istiqlal et, enfin, patron de syndicat (à ce titre, Abbas El Fassi l’aura comme interlocuteur lors des rounds du dialogue social), il ne lui reste plus -on ne sait jamais où s’arrêtera son appétit- qu’à entrer en lice pour briguer, un de ces jours, le poste de chef de l’Istiqlal. “Il a envoyé un signal fort en véhiculant, il y a quelques semaines, la rumeur de sa candidature au poste de secrétaire général du parti”, affirme un jeune cadre du parti de la balance. Prendre la tête de l’UGTM ne serait donc que mettre le pied à l’étrier pour Chabat, afin d’asseoir son pouvoir pour mieux prendre la direction de l’Istiqlal. Premier chantier dans ce sens : la bataille des prochaines échéances électorales. La centrale, qui compte cinq parlementaires, noyés au sein d’une cinquantaine d’alliés de Abbas El Fassi, vise plus d’élus pour pouvoir constituer un groupe autonome au sein de la Chambre des conseillers. Devenir chef de groupe est peut-être la dernière carte qui manque à Chabat avant d’abattre son jeu.



Dates-clés

20 mars 1960. Création de la centrale syndicale.

20 mars 1963. Reconnaissance officielle de l’Etat. Hachem Amine prend la direction du syndicat.

1964. Abderazzak Afilal devient secrétaire général.

29 janvier 2006. Tenue d’un congrès national extraordinaire. Afilal est débarqué et remplacé par Mohamed Benjelloun Andaloussi.

Décembre 2008. Andaloussi est, à son tour, remercié.

30 janvier 2009. Hamid Chabat prend la tête du syndicat.

 
 
TelQuel : Le Maroc tel qu'il est © 2009 TelQuel Magazine. Maroc. Tous droits résérvés