N° 359
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB voudrait proposer à nos responsables de bien vouloir procéder à leurs élections discrètement.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Exceptionnellement, Zakaria Boualem a lu la presse nationale cette semaine. D'ordinaire, il commence par les dernières pages - il n'y a que le sport qui l'intéresse. Cette habitude le force à ouvrir les journaux arabophones comme s'ils étaient écrits en français et vice versa, ce qui est un bon résumé de son état de confusion identitaire. Mais cette semaine, notre homme a commencé par le début, et il a découvert un point qui vous a peut-être échappé, et qu'il va sans plus attendre vous livrer, c'est une partie de sa noble mission dans ce journal. Il y aura des élections communales en 2009. Voilà, c'est dit, c'est important. Il a également appris qu'il y avait toute une série de réunions un peu partout, tenues par des mas2ouline dans des lajnate comme il se
doit, pour se poser la question de la mobilisation des électeurs. Ces gens intelligents semblent avoir noté, sans doute au prix d'un effort considérable, que tout le monde se foutait de ces élections comme des concours hippiques des années 80. Petite parenthèse nostalgique pour se remémorer ensemble les heures héroïques de la RTM, qui a longtemps jugé utile de nous infliger les résultats détaillés du moindre concours de saut d'obstacles avec des colonels Hamid Abdelhamid, qui était systématiquement moumtati Canelle. Les plus jeunes lecteurs ne savent pas que cette punition collective nous était infligée invariablement avant tout extrait de foot européen, qui, lorsqu'il était enfin diffusé, nous faisait l'effet d'une datte à la rupture du jeûne… Que sont devenus ces gens et leurs chevaux ? Comment avons-nous fait pour nous sortir d'un pareil marasme ? Au moment où j'écris ces lignes, un voisin bien intentionné me signale qu'on continue de diffuser des concours hippiques sur la RTM. On avait l'impression qu'ils avaient disparu parce qu'on ne regarde plus la RTM, je présente donc mes excuses à tout le monde. Revenons aux élections communales. Elles présentent, disions-nous, de nombreuses similitudes avec les concours hippiques.

Outre le fait qu'on se foute de l'un comme de l'autre dans les mêmes proportions et que les deux événements fassent intervenir des animaux emblématiques, il s'agit dans les deux cas d'une cérémonie présentée comme obligatoire, voire importante, un peu complexe et réservée aux initiés, et où il y aurait apparemment des trucs à gagner. Plus clairement, c'est un truc auquel on veut nous forcer à nous intéresser alors qu'il est fondamentalement inintéressant. ça n'a jamais marché, de forcer un Zakaria Boualem a s'intéresser à quelque chose, je peux vous le garantir. On a déjà essayé de lui faire le coup avec l'arabe classique, le golf, les accords avec l'Union Européenne, Facebook, et je vous laisse continuer tout seuls, on commence à se connaître.

Il faut donc s'attendre à voir surgir sur nos écrans une flopée de videoclips très réussis qui vont nous expliquer qu'il faut absolument aller voter, que hchouma pour une fois qu'on vous demande votre avis, qu'il n'y a pas de démocratie sans vote, que vous êtes des impatients ou des enfants gâtés, et que yallah, on y croit et on y va, etc. Il faut s'attendre à voir ressurgir ces abominables animaux, lanternes, plantes et autres voitures avec leurs slogans moisis. Il faut se farcir ce cinéma une fois encore, avec en filigrane la question suprême : les Marocains vont-ils voter ? Vont-ils enfin se montrer à la hauteur de leur démocratie, et s'exprimer massivement pour les ridicules icônes Windows citées plus haut ? Zakaria Boualem peut déjà répondre à cette question : non. Du coup, il voudrait proposer à nos responsables d'économiser leurs budgets communication et de bien vouloir procéder à leurs élections discrètement, sans déranger tout le monde. Et merci.

 
 
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