N° 360
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

WANA. Les mobiles d’une licence
L'ACTU ÉCONOMIE



Par Fahd Iraqi

Wana. Les mobiles d’une licence

Karim Zaz. (TNIOUNI)

Avec sa nouvelle licence GSM, la filiale télécoms de l’ONA donne une nouvelle tonalité à son approche stratégique. Serait-ce suffisant pour rassurer des actionnaires qui ont déjà vu des milliards de dirhams s’évaporer.


Désormais, c’est officiel ! Wana Corporation, la filiale des holdings royaux SNI – ONA, est l’attributaire de la troisième licence GSM. Depuis un mois déjà, les opérateurs ne se faisaient plus le moindre doute sur l’identité du bénéficiaire. Sur les 5 opérateurs qui avaient retiré le
cahier des charges, Wana a été le seul soumissionnaire à déposer une offre auprès de l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT). “Les candidats ne sont pas allés jusqu’au bout parce qu’ils se doutaient que la partie était jouée d’avance. C’est une licence taillée sur mesure pour les besoins de la filiale de l’ONA”, fulmine un observateur. Et à première vue, les conditions de cette licence rajoutent à la suspicion. En contrepartie de cette autorisation de déploiement et d’exploitation d’un réseau GSM, Wana reversera à l’Etat 1,5% du futur chiffre d’affaires généré par cette activité, en plus d’une contribution de 36 millions de dirhams pour le réaménagement du spectre des fréquences radio. On est donc bien loin des 11 milliards de dirhams payés par Méditel il y a dix ans. “Nuance !, s’insurge cette source autorisée de la filiale télécoms de l’ONA. En 1999, Méditelecom avait payé une licence GSM de 15 ans dans un marché où on comptait uniquement 160 000 utilisateurs (contre 23 millions aujourd’hui, ndlr). Et quand la société a eu à prolonger la durée de sa licence à 25 ans, elle aussi s’est engagée à verser 1,5% de son chiffre d’affaires sur les dix dernières années”. Mais bien plus que les termes financiers, c’est la chronologie et le contexte du lancement de cette 3ème licence GSM qui intriguent le plus. Petit rappel des faits.

Revirement technologique et stratégique
Le 12 avril 2007, un communiqué de l’ONA met à nu les déboires que vit sa filiale télécoms. On annonce publiquement que Wana a englouti quelque 7 milliards de dirhams et que les actionnaires devraient remiser 5 milliards supplémentaires pour poursuivre le plan d’affaires initial, constituant alors un gouffre financier pour la maison mère. Le communiqué pointe également les choix technologiques hasardeux opérés jusque-là et promet un nouveau business plan qui rectifie le tir dans un délai de trois mois. Mais en coulisses, on s’attelle à redonner à Wana une seconde vie. Par un tour de lobbying bien rodé par les gestionnaires des affaires royales, on arrive à convaincre l’ANRT de relancer l’idée d’attribuer une nouvelle licence GSM. Surtout que la parade juridique est toute trouvée. “Le plan d’orientation 2004 – 2008 que l’ANRT avait concocté pour le secteur des télécoms envisageait, certes, la possibilité de lancer une 3ème licence GSM, explique ce professionnel. Seulement, le lancement de l’appel d’offres était prévu pour 2007 et, passé ce délai, tout le monde pensait que cette idée était totalement écartée. L’ANRT ne l’aurait jamais remise sur le tapis si ça n’arrangeait pas les affaires de Wana”.

Et pour cause, une telle licence permet à la filiale télécoms de l’ONA d’opérer un revirement technologique et stratégique. Lors de son arrivée sur le marché, Wana s’est distinguée en optant pour une solution jusque-là méconnue au Maroc : Code Division Multiple Access, CDMA pour les intimes. “Le délai et le coût du déploiement d’un réseau en CDMA étaient nettement inférieurs à ceux de la technologie GSM”, ne cessaient de marteler les responsables de Wana à l’époque. Sauf que, depuis, ces derniers ont compris que ce choix technologique ne pouvait permettre d’aller chercher des parts de marché conséquentes dans la niche la plus lucrative du business des télécoms. Comprenez : l’activité de téléphonie mobile.

Insérez carte SIM !
En fait, même si Wana commercialise des téléphones qui ont tout du portable, leurs cartes SIM sont incompatibles avec les terminaux GSM les plus répandus sur le marché. D’ailleurs, le produit “Bayn” commercialisé par la filiale de la SNI est considéré comme un service de “téléphonie fixe avec mobilité restreinte”. Pour bénéficier du service “mobile” de Wana (à peine 20% de sa clientèle actuelle), utilisant une technologie dite de 3ème génération, il faut nécessairement être équipé de portables 3G. Ce critère limite la cible de l’opérateur à une clientèle relativement haut de gamme. Problème : le gros des usagers du mobile, consommant à coups de cartes de recharges à partir de 5 dirhams, ne dispose pas forcément d’un tel équipement. Wana ne pouvait donc espérer percer dans le service “mobile” qu’en subventionnant massivement des portables de troisième génération. “ça aurait été un effort financier important à consentir, confirme Karim Zaz, Pdg de Wana. La licence GSM constituait donc une opportunité afin de compléter notre portfolio de licences et d’offrir des cartes SIM à nos futurs clients, sans passer nécessairement par l’équipement en terminal, à l’instar des deux autres opérateurs déjà présents sur le marché”.

Mais concurrencer deux mastodontes comme Maroc Telecom ou Méditel, déjà confortablement installés sur ce segment, ne sera pas chose aisée. D’autant que le marché arrive à saturation, avec 3 Marocains sur 4 (déjà) équipés d’un mobile. Pas de quoi décourager le Pdg de Wana : “Le Maroc est en retard en comparaison avec des pays comme la Tunisie, la Turquie ou l’Afrique du Sud, où le taux de pénétration atteint les 100%”. “Ce retard est encore plus frappant sur le plan de l’usage. Seulement 30 minutes par mois de communication moyenne au Maroc contre 60 minutes dans le reste des pays d’Afrique du Nord”, étaye Karim Zaz.

Du côté des concurrents, on affiche une sérénité imperturbable. “Nouveau concurrent pour nouveau concurrent, autant avoir affaire à un opérateur qu’on connaît déjà plutôt qu’à un nouvel entrant”, explique un responsable dans une société télécoms. Et de prévenir : “Wana doit redoubler de créativité pour espérer faire main basse sur les 25% de potentiel restant du marché, ou encore recruter nos clients. Surtout qu’elle ne peut engager une guerre des prix si elle veut rentabiliser son investissement”. D’autant que la situation financière de Wana est loin d’être reluisante. On ne compte plus les lignes de crédit mobilisées ou encore les émissions obligataires lancées pour financer cette filiale. Et la facture risque fort de gonfler : “Il faut compter au moins 3 à 4 milliards de dirhams pour assurer une couverture nationale d’un réseau de 2ème génération”, explique un professionnel.

Alors chez la maison mère, on rassure comme on peut : “Les actionnaires de Wana mettront tous les moyens financiers nécessaires pour déployer ce réseau selon les engagements vis-à-vis de l’ANRT”, promet Mohamed Lamrani, directeur à la SNI et administrateur de la filiale télécoms. Mais pour l’heure, pas question de révéler le moindre chiffre. “Nous sommes en train de travailler sur un nouveau business plan qui devrait être présenté au prochain conseil d’administration, prévu en mars”, ajoute-t-il. Encore quelques semaines donc avant d’être fixé sur le coût global de cette nouvelle approche stratégique. Et cette fois-ci, on joue gros : un nouveau faux pas de Wana et c’est tout le château SNI - ONA qui risquerait de s’écrouler.

 
 
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