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Par Karim Boukhari
A nos amours
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Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)
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| Le voile ne fait pas la nonne qui nattend plus rien des hommes. Cest un bout de tissu, blanc ou noir, uni comme le monde ne peut raisonnablement pas lêtre, et il se trouve que des femmes le portent et dautres pas. Al Mouhtajibates, comme on les appelle, ressemblent, sous leur voile, à la girls next door, ces femmes que vous connaissez très bien, capables daimer et davoir des relations sexuelles. Parfaitement. Les barbus aussi, ils peuvent faire de la mosquée leur résidence secondaire et vous promettre lenfer pour le moindre écart de langage, ce sont des gens normaux, capables de sourire à une blague ou dépouser une femme enceinte dun gosse qui nest pas le leur. Cest |
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un peu tout cela que le film Amours voilés essaie de nous raconter. A sa manière, sans génie mais avec une sorte de volontariat que lon ne peut que saluer. 45 000 spectateurs réunis en deux semaines dexploitation, avec un taux de remplissage avoisinant les 100%, voilà qui est très bien. Amours voilés enregistre un temps de passage record, il fait au moins aussi fort que Casanegra, Marock, Un Amour à Casablanca ou A la recherche du mari de ma femme. Tous ces films ont été dénoncés à leur sortie en salles, épinglés et pincés comme sils étaient le diable en personne. Parce quils sont mauvais ? Non, parce que jugés indécents. Les inquisiteurs sont toujours les mêmes : des gens généralement pieux et bien intentionnés qui nous prennent pour des enfants. Ils se substituent à nos pères pour nous défendre découter des vulgarités ou de voir un homme et une femme sembrasser. On connaît bien la chanson. En soutenant les films marocains (qui mettent de plus en plus le doigt sur les plaies de notre société), vous répondez à ces tontons flingueurs dun autre âge : Messieurs, merci de nous dispenser de vos précieux conseils.
Vices de forme
Ce qui vient de se passer avec Al Ayam, lun des tout premiers journaux marocains, nest pas normal. On vous résume laffaire : lhebdomadaire avait lintention de publier un dossier dédié à la mère du roi, Lalla Latifa. Avec, en prime, une photo inédite. Comme cela se passe généralement pour ce genre de dossier, le journal prend attache dune manière informelle avec un membre de lentourage royal pour solliciter une autorisation. Jusque-là, tout va bien, Al Ayam a lintention daborder un sujet sensible (la mère du roi), il est en possession dun scoop délicat (la photo inédite), et il prend les précautions dusage. La suite surprend et choque : lautorisation ne vient pas et, à la place, une trentaine dagents de police remuent ciel et terre pour dénicher et ramener (au poste) manu militari le directeur dAl Ayam et la rédactrice en chef. Il sensuit trois séances dinterrogatoires aussi longues que musclées, toujours de nuit, avec une durée moyenne de six heures. Les questions tournent autour de la fameuse photo (Qui vous la procuré, quand et comment ?), et débordent sur dautres sujets publiés par le journal, liés dune manière ou dune autre au roi et à la famille royale. Voilà de quoi il sagit. Maintenant, intéressons-nous à la forme : des moyens hollywoodiens (30 gaillards de la BNPJ conduit par le patron de la brigade himself, perquisitions, écoutes téléphoniques, détections par GPS, interrogatoires nocturnes, etc.) qui pourraient faire croire que le journal Al Ayam est un péril national qui menace la sécurité du royaume. A ce stade, et quels que soient les torts reprochés à nos confrères, cette façon de faire est à la fois grave et ridicule. Le déploiement de tous ces moyens est exagéré. Le message, qui revient à intimider Al Ayam et les autres titres qui pourraient être tentés de suivre son exemple, est aussi clair quinacceptable, nous résume parfaitement Said Essoulami, président dune ONG, le CMF MENA, dédiée à la liberté dexpression. Le syndicat de la presse (SNPM) comme la fédération des éditeurs (FMEJ) ont apporté leur soutien au journal. On soutient à notre tour Al Ayam, comme on comprend la réaction de son directeur, Noureddine Miftah, qui sest empressé de démissionner de cette même FMEJ dont il était le secrétaire général. Pour une question de forme. Et de (bon) sens. En tant que dirigeant dune entreprise de presse, je suis amené à négocier avec lEtat (notamment dans le cadre de la prochaine réforme du code de la presse) qui devient, de facto, un partenaire. Ce nest plus possible quand ce même Etat me traite de cette manière. En dautres termes, comment voulez-vous que le directeur dun journal prenne un café et devise tranquillement avec un ou plusieurs ministres sur un vague projet en commun, alors que la police vient de le traiter comme un dangereux malfrat ? Tout cela, on le voit, est dabord une terrible question de forme. Ceux qui ont déjà eu affaire aux rudesses de notre police, à ses vieilles méthodes dintimidation, à tout ce cirque indigne dun pays démocratique, le savent très bien : chez nous, les vices de forme tiennent lieu de fond. On ne vous respecte pas et on vous prive de vos droits pour vous faire renoncer et donner la leçon aux autres. Hier cétait courant, aujourdhui cest choquant. |
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