Campagne
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Ahmed R. Benchemsi
(ALEX DUPEYRON)
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Plutôt queffrayer les trafiquants, lEtat devrait les concurrencer
La problématique a déjà été traitée maintes fois, mais remettons-la quand même à plat : cest entendu, le produit est illicite et son trafic, illégal. Quant aux autorités, elles sont corrompues et ferment les yeux parce quau fond, ça arrange tout le monde. Même illégal, le trafic nourrit des centaines de milliers de familles ce qui est toujours bon à prendre, dans un pays pauvre comme le Maroc. Quant au produit, même illicite, il permet au peuple de se détendre et Dieu sait sil en a
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besoin. Cela dit, aussi justifié soit le laxisme, il ne faut pas que ça finisse par décrédibiliser lEtat. Alors parfois, sans crier gare, une campagne est lancée. Une vague darrestations sabat arbitrairement sur le milieu, quelques (plus ou moins) gros bonnets tombent avec fracas et à grands renforts de dépêches MAP. Boucs émissaires ? Bien sûr ! Il ne manquerait plus que des trafiquants protestent contre linjustice ! Après 10 jours, 15 jours, parfois un mois, la tempête finit par se calmer. Peu à peu, les beznassa reprennent leur bout de trottoir habituel, baissent la garde, hésitent moins à montrer le produit
Jusquà ce que les affaires reprennent comme si rien ne sétait passé.
Ainsi, chez nous, va le trafic
de DVD piratés. Eh non, ce nest pas de haschich quil sagissait. Avouez quand même que la similitude est troublante. Cela va jusquau code éthique des trafiquants : de même quune barrette de cannabis sera vendue 4 fois plus cher à un étranger quà un Marocain, les graveurs de DVD illégaux piratent à cur joie les films étrangers, mais laissent les nationaux à lécart de leur business
pour que nos frères mangent un bout de pain avec le public, sans interférence. Ce patriotisme de bon aloi fonctionnait tant que les films des frères nétaient pas trop demandés. Mais ces derniers temps, la donne a changé. Casanegra et Whatever Lola Wants, par exemple, marchent tellement fort en salles que les pirates nont pas su résister, et en ont fait circuler des copies. Les producteurs marocains ont immédiatement déposé plainte, ce qui a eu pour effet de déclencher une hamla impromptue. Depuis le week-end dernier, plus de 150 000 DVD piratés ont été saisis, et une dizaine de revendeurs interpellés, puis inculpés. Peut-être que les milliers dautres qui, pour linstant, se terrent encore comprendront la leçon et ne lorgneront plus le bout de pain de leurs frères. Ou peut-être pas. En tout cas, ce nest pas ça qui arrêtera le trafic.
Au fond, est-ce souhaitable ? Posez-vous la question, chère lectrice, cher lecteur, vous, consommateurs réguliers (tout comme moi) de DVD piratés : voulez-vous vraiment que ça sarrête ? Vu la rareté des salles de cinéma confortables à un prix abordable, vu que les DVD légaux, ça nexiste tout simplement pas
arrêter le trafic naurait quun seul effet : vous priver de films, sans contrepartie. Oui, ça permettrait à nos producteurs de respirer et de continuer à investir
mais le maintien du code éthique des pirates aurait le même effet. Sans mettre à bas toute une industrie, aussi dérangeante soit-elle pour les légalistes convaincus qui, pour rien au monde, ne consommeraient du piraté. Existent-ils, dailleurs ? En connaissez-vous un seul dans votre entourage ?
Contrairement au cannabis, la solution au piratage nest pas la légalisation. LEtat doit plutôt se concentrer sur lalternative. Que des incitations fiscales sérieuses soient accordées à ceux qui veulent investir dans les salles de cinéma, baisser le prix des tickets, importer des DVD légalement pour les vendre à un tarif raisonnable
Peut-être, quand tout cela sera fait, serez-vous prêt à faire un effort et à respecter la loi. Mais dici là, quon cesse de se moquer du monde
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