N° 360
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Youssef Ziraoui

“Amour et voile sont compatibles”

Aziz Salmy, réalisateur
(TNIOUNI)

Antécédents

1955. Naissance à Meknès
1994. Doctorat de théâtre à l’université de la Sorbonne, Paris
1996. S’installe au Maroc
2006. Tourne le téléfilm Le manteau de mon père
2009. Réalise Amours voilés

Le PV
Heureux qui comme Aziz Salmy, 55 ans, et ses jambes de 20 ans pour courir faire la promo de son 1er long-métrage… 45 000 entrées ! Après deux semaines en salle, Amours voilées est parti sur des bases record. Dans le public : des jeunes, des moins jeunes, des célibataires, des couples, des cheveux-en-l’air et des voilées. La faute à qui ? D’abord, à un titre bien senti, à un ton général sympa et, surtout, à la pub (involontaire) du député et ex-imam Abdelbari Zemzmi, et de Abdelilah Benkirane, patron du PJD, qui ont appelé au boycott du film “subversif”. Tant mieux finalement puisque, dans les salles sombres, les franches rigolades couvrent les “Ouili ouili” et les “hchouma” de façade. Amours voilées vaut le détour, même s’il ne mérite pas forcément le 14 sur 20 décerné par Si Aziz, le plus heureux des cinéastes…


Smyet bak ?
Mohamed Ben Saleh.

Smyet mok ?
Kenza ben’t M’hamed Berrada

Nimirou d’la carte ?
B205590

Pour votre premier long-métrage, vous avez choisi la thématique du voile. Ce n’est pas un peu racoleur ?
Non, pour la simple raison que ce n’est pas le sujet central du film.

Oui, enfin, c’est un peu le titre du film quand même, non ?
Si, mais ça parle surtout de femmes indépendantes, qui ont une maison, un boulot, une voiture, qui sont émancipées, qui fréquentent les hommes comme elles veulent… Des femmes qui, passé un certain âge, décident de porter le voile, croyant que ça les aidera à trouver un mari.

A ce propos, on ne comprend pas pourquoi Batoul, l’héroïne du film, se met à porter le voile du jour au lendemain...
Chaque année, Batoul porte le foulard pendant ramadan. C’est un phénomène que j’ai observé étant gamin, ces femmes qui portent des mini-jupes pendant l’année, et qui se “mettent” au voile pendant ramadan. Ce qui ne les empêche pas d’aimer. Au final, amour et voile sont compatibles.

Abdelbari Zemzmi, député islamiste, a appelé au boycott du film. Et Abdelilah Benkirane, numéro 1 du PJD, a déclaré que votre film serait “d’influence sioniste”. Franchement, vous ne pouviez pas espérer meilleure pub…
C’est évident qu’Amours voilées cartonne grâce à la polémique. Maintenant, que ces gens critiquent le film sans l’avoir vu, c’est un peu problématique. Je les ai publiquement invités à visionner leur film, je leur payerai même le ticket (rires), mais je voudrais que le débat se situe sur le plan artistique, ce n’est pas trop demander.

On dit d’Amours voilées que c’est un téléfilm réalisé avec les moyens du cinéma. Vous êtes d’accord ?
Si c’est des confrères qui disent ça, j’aimerais bien voir leur film. Je fais juste un film populaire, visible par un maximum de monde, et apparemment, c’est bien parti.

Entre nous, vous estimez avoir fait un bon film ?
Je pense que le résultat est pas mal.

Vous vous donneriez combien sur 20 ?
Un bon petit 14 (rires).

Vous êtes sympa. Dites, si votre fille voulait porter le voile, vous accepteriez ?
Sans aucun doute, ce serait son droit le plus absolu. Mais peut-être qu’à 70 ans, je serai un vieux con aigri, on ne sait jamais.

Pourquoi ne pas avoir proposé le rôle de Batoul à votre épouse, qui, dans le film, campe le rôle d’une coiffeuse déjantée ?
Je lui ai fait lire le scénario, et je l’ai laissé choisir. Mais à vrai dire, elle ne collait pas vraiment au personnage.

Vous n’auriez pas été un tantinet jaloux de la voir embrasser le bouillant Younès Megri ?
C’est clair que ce n’aurait pas été évident, du coup, ça m’a bien arrangé qu’elle choisisse un autre rôle (rires).

Vous avez finalement pris Hayet Belhalloufi, une Franco-algérienne. Est-ce parce qu’aucune Marocaine n’a accepté le rôle ?
Il y a un peu de ça, oui. Vous remarquerez que la plupart des Marocaines qui ont tourné des scènes un peu osées résident à l’étranger. Comme quoi, il existe des artistes audacieuses, mais celles qui habitent le Maroc appréhendent les réactions de leur entourage…

Hayet Belhalloufi a un accent pas franchement de chez nous, vous n’avez pas pensé à doubler sa voix ?
Si si, mais ce n’était pas évident. Ca aurait mobilisé beaucoup trop de moyens. Et puis, au final, on s’est dit que Batoul pourrait tout aussi bien venir d’Oujda, ce qui expliquerait son accent (rires).

Vous tournez votre premier long métrage à 55 ans. Vous aimez prendre votre temps apparemment …
Disons que je faisais autre chose avant. Mais je ne regrette pas ma période théâtrale…

Il paraît que vous faites partie de ceux qui huaient Marock de Leïla Marrakchi à sa sortie…
Du tout. C’est juste que je n’ai pas très bien compris où elle voulait en venir dans son film. Peut-être devrais-je le revoir, ou en parler avec elle.

On dit que dans le showbiz, on se fait la bise devant, et on taille derrière. Qu’en est-il ?
Oui, c’est vrai, mais ce n’est pas propre à notre milieu. Il y a un peu d’hypocrisie dans l’air, un peu d’aigreur. Cela dit, quand on critique un cinéaste, au fond, c’est parce qu’il est le miroir de notre propre insuffisance.

Parlons technique Monsieur Freud, et de raccord plus précisément. Dans une des scènes du film, Batoul mange des tagliatelles, et dans la scène suivante, elle dévore un plat de spaghetti. Pourquoi pas de la bastella bel hout ?
(rires) Oui, oui, c’est un problème d’organisation. On s’est rendu compte de l’erreur au montage, du coup, il fallait arbitrer. Mais on avait tellement galéré pour tourner cette scène… On avait même mis des mégots dans le plat pour donner l’illusion de la vapeur qui sort du plat.

Mmmm, c’était des effets spéciaux ?
(rires) Oui, à la marocaine. Amours voilées est un film artisanal.

Mouais… Vous faites une (longue) apparition dans le film. Un peu narcissique, Si Aziz ?
(rires) ça aurait pu être pire, mon directeur photo voulait me filmer en gros plan, j’ai refusé.

Il paraît qu’à une époque, vous écriviez des articles sur vous-même, et que vous les remettiez à des journalistes.
Noooon. Par contre, j’ai déjà écrit des articles à la place de certains journalistes, sur des pièces de théâtre, mais ça ne parlait pas de moi.

Votre queue de cheval, c’est pour faire in ?
Non, non, j’ai perdu mon coiffeur…

Il est mort ?
Oui, c’est ça.

Lbaraka frassek. Dites-nous, vous ne buvez pas, vous ne fumez pas, vous êtes un faux rebelle ?
ça doit être ça, oui.

Il paraît qu’à chaque fois que vous percevez un gros cachet, vous mettez tout sur votre compte bancaire, et vous vous reversez un petit salaire au compte- gouttes. Vous vous préparez pour les mauvais jours ?
C’est juste que je crois qu’il ne faut pas tout cramer en trois jours. Je connais des gens qui font ça, et qui empruntent le reste du temps.

Vous êtes plutôt Faouzi Bensaïdi ou Hakim Noury ?
Ni l’un, ni l’autre.

PJD ou PSU ?
Tout sauf le PJD, je pense que religion et politique ne font pas bon ménage.

 
 
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