|
Par Nina Hubinet
Venezuela. Comandante Chavez
|
Chavez, président à vie ?
(AFP)
|
Les Vénézuéliens ont approuvé dimanche une révision constitutionnelle qui autorise Hugo Chavez à se présenter indéfiniment aux présidentielles. Mais après le triomphe, Chavez doit faire face à la chute du prix du baril, qui compromet la politique sociale en cours.
Uh ah, Chavez no se va !. Non, Chavez ne sen va pas
Le cri de victoire a retenti dans les rues de Caracas, la capitale du Venezuela, dès la proclamation des premiers résultats dimanche soir. Plus de 54% |
|
des Vénézuéliens ont dit oui à une réforme constitutionnelle annulant la limitation du nombre de mandats des élus du pays. Au pouvoir depuis 1998, Hugo Chavez pourra donc à nouveau être candidat en 2012, pour un troisième mandat de six ans. Avec la victoire daujourdhui nous entrons dans le troisième cycle de la révolution bolivarienne, de 2009 à 2019, a-t-il lancé dimanche à ses partisans.
Du côté des opposants, on craint que la réforme constitutionnelle nouvre la voie à une présidence à vie. Le résultat de cette consultation nétait dailleurs pas joué davance : les Vénézuéliens avaient répondu non à un référendum similaire en décembre 2007. Mais depuis, Chavez a mis en place une machine de propagande. Les partisans du presidente ont fait du porte-à-porte jusquà la dernière minute pour convaincre leurs compatriotes de voter oui, tandis que toutes les institutions de lEtat, médias officiels en tête, ont été mobilisées par le pouvoir. C'était une campagne où David s'est mesuré à Goliath, mais Goliath a gagné, a écrit Leopoldo Lopez, un des dirigeants de l'opposition, dans le Financial Times au lendemain du référendum.
Ce référendum était aussi une course contre la montre, car ces derniers temps, les nuages samoncelaient au-dessus de la révolution bolivarienne, lancée il y a dix ans par Hugo Chavez. Sur le plan intérieur, la criminalité a explosé : 14 700 personnes ont été assassinées au Venezuela en 2008, contre 4 550 en 1998. Lannée dernière, Caracas a été élue ville la plus dangereuse du monde par la revue américaine Foreign Policy. Aucune politique spécifique de lutte contre la violence na été mise en place, le pouvoir chaviste restant persuadé que lélévation du niveau de vie entraînera inévitablement une baisse de la criminalité. Dans les sondages, linsécurité est devenue la première préoccupation des Vénézuéliens, devant le coût de la vie et le chômage. Et la violence touche surtout les plus pauvres, base électorale de Chavez.
Mais la principale menace est dordre économique : leffondrement des cours du pétrole risque de contraindre Chavez à un changement de cap. Les exportations de brut fournissent presque la moitié du budget de lEtat, calculé pour 2009 sur la base dun baril à 60 dollars. Or le prix du pétrole a plongé à 35 dollars le baril ces derniers jours, alors quil dépassait les 140 dollars il y a quelques mois. Certes, les missions, généreux programmes sociaux financés grâce à la flambée du pétrole, ont permis de faire reculer la proportion de pauvres de 42,8% de la population en 1999 à 26% en 2008. Cependant, les économistes prédisent maintenant des ajustements douloureux : le président vénézuélien va devoir réduire fortement les dépenses publiques et dévaluer la monnaie nationale, le bolivar, pour maintenir léconomie du pays à flot. Des mesures daustérité qui risquent dentamer la popularité du Comandante. |
|