N° 361
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

La preuve par le miel

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Rencontre avec une femme qui nous veut du bien. Salwa Al Neimi. Elle est syrienne, poétesse, elle bosse à l’Institut du monde arabe à Paris. Et elle a écrit un livre sur lequel TelQuel avait émis un certain nombre de réserves. La preuve par le miel (Ed. Robert Laffont, 2008) est un bel objet un peu décevant. Comme ce déjeuner avec madame et monsieur, Salwa Al Neimi et son mari, chirurgien et libre penseur à ses heures. On fraternise, on se tape sur l’épaule et on se quitte avec un goût d’inachevé dans la bouche. Voilà une femme arabe qui a l’audace de nous entretenir de sexualité, féminine et arabe. C’est bien. Le problème, c’est que le récit s’abrite derrière les citations, les
métaphores et les allégories. Le sexe est tellement bien caché qu’il n’existe plus. A la place on a du miel, de l’analyse, une approche clinique, objective, ça pense plus que ça ne raconte. Et c’est dommage. “Je ne voulais pas être vulgaire”, se défend l’auteur, aussi pudique que possible. Alors le livre n’est pas vulgaire, mais peut-être qu’il aurait gagné à l’être. Peut-être qu’il aurait gagné à crever l’abcès. Il ne l’a pas fait, et on n’en voudra pas à Salwa Al Neimi, toute paniquée à l’idée d’affronter le grand public, à l’occasion du Salon du livre de Casablanca. La preuve par le miel est interdit dans tout le monde arabe. Sauf au Liban, où on l’a estampillé interdit aux moins de 18 ans. Et au Maroc où on a invité l’auteur à s’exprimer avec tous les égards. Cela veut dire que ce pays est un peu moins en retard que les autres. Dans ce pays, le nôtre, un journaliste peut demander à Salwa Al Neimi si elle n’a pas honte de parler de sexe, et une jeune femme voilée peut simplement rêver d’être à la place de l’héroïne du livre, séduisant les hommes, en suçant la substance avant de les jeter comme des mouches mortes.


Prince charmant
Mercredi, le Salon du livre a été saisi d’un avis de tempête. Le prince Moulay Hassan a débarqué, sans papa ni maman, mais avec des copains de classe, une armée de bodyguards et tout le remue-ménage que l’on peut imaginer. On lui a offert des cadeaux, il a même dansé sur les rythmes d’un tam-tam africain. Tout cela, pour reprendre la formule d’un visiteur, est “trop sympa”. Et on n’a pas trop l’habitude. Alors des voitures ont été délogées du parking et tout un tas de conférences ont été annulées sans crier gare. Et le prince, royal avant l’heure, est arrivé avec un retard d’au moins quatre heures.


Qui joue gagne
Le bip du téléphone vous sort d’une douce rêverie comme seul un apéro on the rocks peut vous en procurer. “Ton numéro a été tiré au sort, tu peux gagner une voiture de marque (…) en répondant à ce message, prix ttc 24 dirhams”. Comme dans un jeu d’enfant, vous répondez : “Allez vous faire cuire un œuf”. Nouveau bip : “Bravo, vous avez gagné 7000 points, on m’ouvre et on me ferme et je n’ai ni fenêtre, ni porte. Je suis quoi : un livre ou une porte ?”. Vous ne répondez pas. Bip : “Jouez ! Je suis un animal qui pleure en digérant sa proie, répondez pour gagner 5000 points”. Rien. “ECNAHC, trouvez le mot, saisissez votre CHANCE, répondez et gagnez !”. Vous ne répondez toujours rien. “Bravo, 7000 nouveaux points viennent de s’ajouter à votre compte, la voiture vous attend, jouez ! Gagnez !”. A un moment, fatalement, vous en arrivez à vous demander : “Je n’ai ni queue ni tête, mais je ne suis pas une tête, qui suis-je : une queue ou une tête ?”. L’apéro n’y est pour rien, il est absolument étranger à ce royaume de l’absurde et de l’aliénation mentale. En secouant bien les glaçons pour vous remuer les neurones, vous pouvez marmonner, avant de fermer définitivement votre téléphone : messieurs les opérateurs télécoms, arrêtez de filer nos coordonnées aux tombolas bidons et aux champions des questions pour robots malades.


SOS pirates
La campagne anti-piratage est une blague. Je vais vous raconter une anecdote. Un jour, un cadre du CCM (Centre cinématographique marocain, qui mène toutes les campagnes anti-piratage) m’a demandé l’adresse de l’un des meilleurs “pirates” de Rabat, particulièrement apprécié pour la qualité de ses DVD. “C’est pour lui fermer boutique ?”. “Non, c’est pour acheter les derniers coffrets disponibles à la FNAC”. Vous voyez ? On est tous un peu comme ça, consommateurs et réprobateurs. On pense une chose, on fait son exact contraire. Et on n’a pas tout à fait tort. Parce que pirates dans l’âme. Combattre le piratage, c’est bien. Mais il faudrait en parallèle penser à remonter le niveau de nos QI, très dépendants de la marchandise achetée en noir. Pas de pirate, c’est pas de culture. C’est comme ça, c’est tout.

 
 
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