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Par Souleiman Bencheikh
Le plus dur, cest la hogra
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Maria Moukrim, journaliste
(AIC PRESS)
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Antécédents
| 1976. |
Naissance à Casablanca |
| 1998. |
Diplômée de lInstitut supérieur de journalisme et de linformation |
| 2001. |
Rejoint Al Ayam après un passage par Assahifa |
| 2005. |
Publie une enquête sur les harems royaux qui lui vaut 4 mois de prison avec sursis et 100 000 DH damende |
| 2005. |
Remporte le prix Mohammed VI de la presse pour la meilleure enquête journalistique |
| 2009. |
Retenue dix heures par la BNPJ au sujet dune photo de la mère du roi |
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Le PV
Maria Moukrim nest pas une héroïne des temps modernes. En tout cas, elle ne veut pas lêtre. Véritable star du microcosme journalistique, la fouine, comme la surnomment quelques confrères sans doute jaloux, a le contact franc et souriant. Cest elle qui reçoit : un plateau propret, un bureau bien rangé, avec derrière, la même journaliste qui na pas perdu un zeste de passion après 10 ans de carrière. A Al Ayam, où elle est depuis peu rédactrice en chef, Elle gère ses bouclages dune main de maître : plus personne au bureau mercredi après 20h et, le lendemain, Al Ayam est en vente. Pour Maria, la difficulté est de concilier vie privée et vie professionnelle. Et à ce niveau, elle en connaît un rayon : son boss est son ancien professeur, quant à son mari, il bosse avec elle. Fonceuse et un brin garçonne, les esprits taquins la soupçonnent de porter la culotte.
Smyet bak ?
Mahjoub
Smyet mok ?
Zoubida
Nimirou dla carte ?
Je ne le connais pas.
Ce nest pourtant pas la première fois quon vous le demande
Attendez (elle fouille dans son sac), voilà : BH543265.
Vous nen avez pas marre de répondre à des questions de flics ?
Javoue que je suis fatiguée. Jen ai assez que mon travail dépende du bon vouloir de la police. En tant que journaliste, jai juste besoin davoir un minimum de liberté pour apporter de linfo et rentrer à la maison sans avoir à minquiéter. Sans, surtout, quon me menace et quon mhumilie, comme la semaine dernière.
Rappelez-nous ce qui sest passé
Cest très simple. Nous avons décidé de réaliser un dossier sur la mère du roi, Lalla Latifa, une dame à la fois importante et méconnue. Et je vous assure que nous avons respecté les règles qui stipulent que, pour toute photographie publiée de la famille royale, il faut demander une autorisation au Palais. Dailleurs, la réponse a été courtoise : notre intermédiaire nous a rapporté que ce nétait pas le bon moment pour publier un tel dossier et une telle photo.
Ok, et ensuite ?
Cétait comme dans un film de Hitchcock. Le même jour que nous avons reçu la réponse du Palais (que nous nous apprêtions à respecter), mon directeur, Noureddine Miftah, reçoit un coup de fil suspect : un homme se dit en danger de mort et affirme détenir des informations capitales sur un groupe terroriste.
Et après ?
Manque de chance, un de nos journalistes flaire le coup fumeux : il a entendu les policiers de la BNPJ, qui avaient passé leur coup de fil juste devant la porte du magazine. Il prévient aussitôt Miftah que quelque chose de louche est en train de se tramer. Du coup, Miftah, sur ses gardes, ne se rend pas au faux rendez-vous. Mais la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire) parvient quand même à le localiser grâce au système GPS de son téléphone portable. La suite, vous la connaissez.
Noureddine Miftah a été obligé de laisser une vingtaine de policiers fouiller vos locaux à la recherche dune photo de Lalla Latifa. Mais vous, où étiez-vous pendant tout ce temps ?
La BNPJ est venue me cueillir chez moi, à la maison. Mon frère était là, ils lont aussi embarqué. Ils ont confisqué tous nos téléphones portables. Ils étaient six, rien que pour moi. Trois voitures en tout. Vous voyez le film !
Vous avez eu peur ?
Peur, pas vraiment. Jai juste eu un vrai sentiment de hogra, cest indescriptible, une terrible injustice.
Vous avez répondu à toutes les questions de la police ?
Toutes, absolument, sauf celles qui mettaient en cause mon éthique professionnelle et, parfois, ma dignité. Je nai rien à cacher et je nai rien fait de mal.
Revenons au fond du problème : vous ne saviez pas que la maman de Sidna est le plus grand des tabous ?
(Rires) Ce nest pas ce qua répondu le Palais. On nous a juste dit clairement que ce nétait pas le bon moment pour évoquer le sujet.
Soit. Mais que représentait la photo en question ?
Cétait une très belle photo de Lalla Latifa, où elle a un vrai port de reine, déterminée. Rien de choquant, je vous assure. Cest même tout le contraire.
Que voulez-vous dire ?
Nous comptions prendre notre temps pour faire un dossier sérieux sur la mère du roi. Cest une personne très peu connue et, les rares fois où elle a été médiatisée, elle a donné delle une image très positive. Nous voulions juste creuser un peu plus. Mais, apparemment, le problème cest aussi que nous étions les premiers à nous intéresser à ce sujet.
Vos adversaires vous accusent de ne pas respecter lintimité de la famille royale. Que leur répondez-vous ?
Dabord, je répète que nous avons scrupuleusement observé les règles : si nous avons demandé lavis du Palais, cest que nous comptions nous y plier. Ensuite, je suis une fille du pays, une bent lblad, et je respecte lintimité telle que la conçoit la société marocaine. Mon seul objectif est dinformer et de comprendre.
Même si le prix à payer est, quelque part, de dépasser les fameuses lignes rouges ?
Il est normal, pour un pays comme le Maroc, davoir des lignes rouges, mais il est normal aussi que les journalistes cherchent à les repousser. Je ne suis pas une journaliste du tberguig, mais de lenquête. Il est important par exemple de faire des dossiers sur les loisirs du roi. Ça aide à mieux comprendre la personnalité du chef de lEtat. De la même manière, je pense quil y a un véritable intérêt à savoir qui est vraiment la mère du roi.
Avec un peu de recul, quavez-vous appris de votre mésaventure ?
Le chemin vers lEtat de droit et la liberté dexpression est encore long, en tout cas plus long que je ne le pensais.
Pessimiste ?
Pas du tout, sinon je ne serais pas là à boucler la nouvelle édition du journal, comme toutes les semaines. Jaurais rendu mon tablier si jétais réellement pessimiste. Je pense que le Maroc peut se permettre de faire parfois deux pas en avant puis un en arrière. En tout cas je suis prête, à laccepter, du moment que le pays va globalement dans la bonne direction.
Est-ce le cas ?
Nous ne sommes pas la Tunisie. Il ne faut pas loublier. Après tout, Mohammed VI lui-même a contribué à faire bouger les lignes rouges. Il a mis sa femme sur le devant de la scène, il a médiatisé sa fille
Cest assez pour me permettre de dire clairement : oui, nous sommes sur la bonne voie, malgré certaines forces rétrogrades.
Vous considérez-vous comme une combattante de la liberté de la presse ?
Franchement non. Je suis journaliste, je nai aucun objectif politique et je ne veux pas être un symbole. Mon but, cest linfo. Cest cela mon métier, cest ce que je sais faire. Tant mieux, du reste, si cela fait avancer la cause de la liberté, mais nous ne faisons que bénéficier des combats des journalistes et des gens qui nous ont précédés. Il ne faut pas cracher sur les acquis, ce nest pas mon genre.
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