N° 361
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Réda Allali

ZB pense qu’un dirigeant qui exhorte ses hommes à se marier avec des Africaines noires devrait être respecté.

Nom : Boualem
Prénom : Zakaria
Né en 1976 à Guercif
Signe particulier : Marocain à tendance paranoïaque



Zakaria Boualem, en cette belle semaine de février, souhaite rendre hommage à un homme exceptionnel. Un homme qui se dévoue depuis plusieurs décennies pour mettre un peu de panache, de fantaisie, dans un monde trop sérieux. Un dirigeant flamboyant, une rock star arabe, un héros capillaire et politique, un leader capable de tout et de son contraire à n’importe quel moment… Mouammar Kadhafi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, s’est réveillé un matin de janvier en se disant qu’il se verrait bien “roi des rois d’Afrique”. N’écoutant que son instinct, il a aussitôt convoqué quelques rois traditionnels et autre chefs de tribu à Tripoli, qui se sont empressés de lui décerner ce titre. Zakaria Boualem le félicite. Dans la foulée, le nouveau “roi des rois traditionnels d’Afrique” a
proposé une solution au conflit du Proche-Orient sous la forme d’un état unique appelé “Isratine”, et on se demande pourquoi personne n’y avait pensé plus tôt. Zakaria Boualem se rappelle très bien du jour où la RTM, que Dieu l’assiste, lui avait annoncé triomphalement que cet homme était devenu soudain notre meilleur ami. C’était dans les années 80 - l’époque où on regardait encore la RTM. Il n’y avait qu’elle, et nos télécommandes ne servaient qu’à augmenter ou baisser le volume. Toujours aussi soudainement, cette amitié a disparu. Zakaria Boualem considère qu’il est dommage de se priver d’un ami de cet acabit, toujours prêt à mettre un peu d’ambiance dans le club guindé des chefs d’Etat arabes. Un type qui déclare que Shakespeare est arabe et s’appelle Cheikh Zoubair ne peut pas être fondamentalement mauvais. Un dirigeant qui exhorte ses hommes à se marier avec des Africaines noires, se projetant de fait en première ligne dans la lutte contre le racisme, devrait être respecté.

On peut par contre déplorer le manque de créativité de son fils, Saadi de son prénom et footballeur de son état, qui s’est contenté, pour faire parler de lui, de se faire choper au contrôle anti-dopage alors qu’il était remplaçant dans le club italien de Pérouse. Il est ainsi devenu de fait le premier sportif à se doper pour s’asseoir sur le banc des remplaçants, on en conclut donc qu’il devait s’agir d’un banc qui sollicitait particulièrement les muscles. A moins que ce ne soient ses responsabilités de l’époque – il était vice président de la fédération libyenne de football- qui aient sollicité ses neurones au-delà de ses possibilités. Son frère Hannibal, dont on ne sait pas s’il se dope, a lui été interpellé à 140 km/h heures sur les Champs Elysées, à contre-sens, faut-il le préciser. Rien de bien flamboyant, donc, comparé au papa… Parce que Mouammar, c’est autre chose, c’est un bonhomme capable de refuser de parler dans un micro parce qu’il est américain, de renvoyer un avion parce que le pays qui l’envoie l’a énervé, ou encore de parader en plein Paris entouré d’amazones et distribuant du cash aux gueux locaux.

Encore une fois, Zakaria Boualem le félicite, et ça n’a rien d’ironique. S’il avait le pouvoir, le Guercifi ferait sans doute pire. Parce que le pouvoir, figurez-vous, ça pousse au délire, c’est mécanique. Tout comme le journaliste devient paresseux, le médecin arrogant, le leader absolu devient délirant. Il n’y a aucun système qui revient à la raison sans contre-pouvoir. S’il avait vécu sous Haroun Errachid, avec quatre femmes aux petits soins et la gestion exclusive de la télécommande, il ne serait jamais venu à l’esprit de notre héros de débarquer un matin en déclarant : “Mes femmes, vous m’avez l’air un peu exploitées, je vais partager le pouvoir parce que je suis bon, qu’est ce que vous diriez d’une sortie par an ?” ça n’existe pas. Pour la même raison, on n’imagine pas un patron marocain offrir à ses salariés des congés payés si, quelque part dans le monde, d’autres n’avaient arraché ce droit. C’est pour cette raison que Zakaria Boualem ouvre sa gueule, qu’il réclame ses droits. Parce qu’il sait que personne ne viendra les lui offrir. Il ne les aura pas, mais s’il se tait, ça va être pire…

 
 
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