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Par Sonia Terrab
8 Mars. Combats de femmes
Les Marocaines ont mené beaucoup de batailles et en ont remporté certaines en 2003, avec le nouveau Code de la famille. Mais elles sont loin davoir gagné la guerre. Etat des lieux.
Comment espérer assurer progrès et prospérité à une société alors que ses femmes voient leurs droits bafoués et pâtissent d'injustice, de violence et de marginalisation ? (Extrait de discours royal). Cétait le 10 cctobre 2003. Plus quune réforme, Mohammed VI vient dannoncer une révolution : la nouvelle Moudawana. Les femmes obtiennent des |
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droits. Et quels droits ! La possibilité de divorcer, de dire non à la polygamie, dêtre responsable de la famille autant que le mari... Mais à loccasion du 8 mars, journée de la femme, la question royale se pose encore avec autant dacuité : dans un Maroc qui bouge sans cesse, qui se développe, où en sont les droits des femmes ? La fameuse Moudawana existe, certes, mais son application et les mentalités nont pas forcément suivi. Les femmes sont toujours victimes dune société patriarcale, mais aussi dune loi qui ne les protège pas autant quon le croit. Telle une trêve, la nouvelle Moudawana na fait quentrouvrir la brèche de légalité et beaucoup de points restent en suspens. En voilà, au moins, cinq.
Héritage. Fifty-fifty
Avant la révélation du Coran, les hommes de la famille avaient pour habitude dhériter des biens en même temps que les épouses du défunt. Lislam y a mis bon ordre, en garantissant légalité spirituelle des femmes et des hommes devant Dieu et en donnant aux femmes le droit dhériter et non plus de faire partie de lhéritage. Mais à une condition, clairement édictée dans le Coran : une sur nhérite que de la moitié de ce quhérite son frère. Un grand pas en avant pour lépoque, totalement anachronique de nos jours, mais très sacré. Réforme de la Moudawana ou pas, personne ne touche à lhéritage. Et ce nest pas au programme. Les féministes, prudentes, se concentrent sur un seul point, sur lequel le Coran est assez flou et qui est donc plus discutable : donner le droit aux femmes, si elles nont pas de frère, dhériter de la totalité des biens du défunt. Cest loin dêtre seulement une question de sexe, explique Fouzia Assouli, militante associative. Si le défunt na pas de frère, sa sur hérite au même titre que ses filles. Une seule alternative donc : faire une donation, de son vivant, à ses filles. Et nombreux sont les pères qui se prêtent à cette manuvre. Quand une loi est détournée par tous, il faut la changer, conclut Fouzia Assouli.
Avortement. Mon ventre mappartient !
Mon corps mappartient, mon ventre mappartient : ce célèbre slogan féministe français des années 1960 a été au cur du combat qui a conduit, en 1975, à la Loi Veil, légalisant lavortement. Au Maroc, on nen est même pas encore à louverture dun véritable débat. Lavortement se pratique beaucoup, mais de manière clandestine. Selon lestimation du Dr Chafik Chraïbi, gynécologue et fondateur de lAssociation marocaine contre lavortement clandestin (AMLAC), entre 500 et 600 femmes avortent chaque jour au Maroc et environ 150 autres le font de manière non médicalisée. Des chiffres alarmants malgré une loi qui prévoit des sanctions très dissuasives : deux mois à deux ans de prison, et une amende de 120 à 2000 DH. Lavortement nest autorisé que dans un seul cas, lorsquil constitue une mesure nécessaire pour sauvegarder la santé de la mère, selon larticle 453 du Code de la famille, revu
en 1967. Le seul pas en avant depuis 30 ans réside dans la commercialisation de la pilule du lendemain qui est seulement préventive et non pas abortive, précise Chafik Chraïbi. Pourtant, le problème est loin dêtre résolu. 13% de la mortalité maternelle est due à lavortement, et beaucoup de femmes préfèrent recourir au suicide plutôt que dassumer le déshonneur dune grossesse illégale. Il sagit de sauver des vies humaines, affirme-t-il. Le praticien, loin de vouloir révolutionner les murs, réclame juste un élargissement de la loi, que la femme soit autorisée à pratiquer lInterruption volontaire de grossesse en cas de viol, dinceste ou de malformation du ftus. Autant de demandes légitimes, autorisées en Iran, au Koweït, au Soudan, alors pourquoi pas au Maroc ?, sinterroge-t-il. Visiblement, les plus radicaux ne sont pas toujours ceux que lon croit. Pour preuve, seul le PJD a répondu à lappel de son Association et affirmé comprendre la nécessité du combat.
Polygamie. Quelle veuille ou pas
Depuis 2003, grâce à la Moudawana, un homme ne peut avoir une deuxième épouse sans lautorisation de la première et dun juge. Une manière non pas dinterdire la polygamie, mais plutôt de la compliquer. Ce qui ne marche pas à tous les coups puisque, en 2007, 85% des demandes de polygamie ont étés accordées par les tribunaux de Casablanca. Et si la femme refuse, et que le mari persiste à vouloir convoler, cest toujours au juge de trancher. Si ce dernier estime que lépoux est dans son droit, il applique doffice la procédure de discorde, selon larticle 45 du Code de la famille. Une femme qui refuse est donc contrainte daccepter un divorce sous la procédure de discorde, dite chiquaq, une nouveauté de la réforme. Elle est donc estimée autant responsable que son mari de leur séparation, puisquelle na pas voulu se plier à sa volonté. Et dans le cadre dun divorce chiquaq, rien noblige lépoux à se montrer généreux, sagissant de pension alimentaire. Résultat : plusieurs femmes préfèrent accepter linévitable, pour éviter de tout perdre. Dans le monde rural, cest encore pire. Les mariages sans actes sont légion et les hommes, après lecture de la Fatiha, collectionnent les épouses et les abandonnent en toute impunité. Dans la commune dAït Abbas, les hommes nhésitent pas à prendre plus de 4 femmes, et 99 % dentre elles sont abandonnées au final, nous dit Najat Ikhich, présidente de la Fondation Itto.
Violence. Frappe-moi si tes un homme !
Celles dont vous craignez linsoumission, admonestez-les, désertez leurs couches, frappez-les (Sourate des femmes, verset 34). Au 21ème siècle, certains Marocains nhésitent pas à prendre encore cette injonction au pied de la lettre, sans se référer à ce qui lentoure. Près de 5000 femmes recensées par la Ligue démocratique des droits de la femme (LDDF) ont étés victimes de violences en 2007. Et 82% dentre elles dans le cadre conjugal. La loi ne protège pas encore les femmes de la violence et lEtat ne fait rien, affirme Fouzia Assouli, présidente de la LDDF. Quand une femme est victime de brutalité, elle nest pas soutenue, elle na pas dabri où trouver refuge et il lui est difficile de trouver un emploi ou une formation. Une fois chez les policiers, elle est souvent priée
de retourner chez elle. Dans le meilleur des cas, un policier laccompagne pour remonter les bretelles à son époux. Dhomme à homme, laffaire est vite réglée. Et à la prochaine
Harcèlement Psst, Psst, azzine !
Loin de laspect juridique et de ses méandres, les femmes, au quotidien, se battent pour des droits encore plus élémentaires : se promener en paix, par exemple. Dans un pays où les femmes ont envahi lespace public, travaillent, sont parfois chefs de famille, il leur est impossible de faire deux pas sans être alpaguées. Car dans la rue, les hommes sont rois. Ils draguent, commentent la tenue, nhésitent pas à bloquer le passage, voire à laisser leurs mains se balader. La solution ? Une loi-cadre censée protéger les femmes, recommandée par le réseau des femmes solidaires qui regroupe 63 associations. Selon Fouzia Assouli, lobjectif est dagir contre la violence de genre, c'est-à-dire toute manifestation de la discrimination, de la situation dinégalité et des relations de pouvoir des hommes sur les femmes. Cette législation sinscrit autant dans la sanction que dans la prévention. Si on arrive à dire que le harcèlement est puni, à travers une campagne médiatisée, une communication dans les écoles, ça va davantage dissuader ceux qui sy prêtent, ajoute notre source. Mais cette proposition de loi, encouragée en 2007 par les ministères de lIntérieur et du Développement social, na toujours pas eu de suite. A ce propos, Nouzha Skalli, ministre du Développement social, nous a déclaré : Le projet est encore en phase de concertation. Les féministes simpatientent. Et les femmes dans la rue aussi.
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Zoom. Idées reçues sur la Moudawana
A sa sortie, la nouvelle Moudawana a délié les murs
et limagination. Entre blagues populaires et conversations de café, on entend, par exemple, que la femme, à son divorce, obtient automatiquement la moitié des biens. Cest faux. Selon larticle 49, cest valable seulement sous certaines conditions : un contrat de mariage préalable établissant une telle répartition ou le recours aux règles générales de preuves, qui obligent chacun davoir un document attestant quil sagit de son patrimoine propre, ou quil a participé à son acquisition. Autrement dit, la femme ne prend la moitié que si elle est capable de prouver que cette moitié lui appartient. Deuxième point, la répudiation. Nombreux sont ceux qui pensent quun homme ne peut plus répudier sa femme. Toujours faux. Aujourdhui encore, un homme est habilité à aller voir un juge et lui demander de divorcer pour différentes raisons, sans que cela soit valable et contre la volonté de son épouse. Cette dernière est seulement convoquée pour en être informée. La procédure a même un nom savant : le divorce sous contrôle judiciaire. Enfin, troisième idée reçue, la femme a maintenant le droit de répudier son mari. Encore faux. Elle ne peut exercer ce droit que lorsque cela a été stipulé dans le contrat de mariage. |
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