N° 363
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

8 MARS. Combats de femmes
SAHARA. La face cachée du Corcas
SAMIR BERGACHI. La situation des homosexuels s’est améliorée
L'ACTU MAROC



Par Mohammed Boudarham

Sahara. La face cachée du Corcas

Mohammed VI recevant les deux
hommes forts du Corcas : Khalli
Henna Ould Errachid et
Mae El Aïnine Ben Khallihenna.
(TNIOUNI)

Le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes souffle sa troisième bougie. Alibi pour accompagner la proposition d’autonomie des provinces du Sud, son fonctionnement est loin d’être exemplaire. Enquête.


Samedi 25 mars 2006, l’aéroport de Rabat-Salé est assailli par des dizaines de personnalités. Dans la salle d’embarquement, d’anciens responsables du Front Polisario côtoient des officiels marocains. Le père de Mohamed Abdelaziz est de la partie pour ce voyage à Laâyoune, où
Mohammed VI, depuis la place du Méchouar, préside l’installation du Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes (Corcas). Un nouveau front avec les indépendantistes est ouvert par les “Sahraouis de Sidna”. Avec à leur tête, Khalli Henna Ould Errachid, nommé président de la nouvelle instance. Vendredi 27 février 2009, à Marrakech, sur invitation de l’Institut Amadeus, Ould Errachid a toujours la même verve pour fustiger les dirigeants du Polisario et, quelques secondes plus tard, leur “tendre la main”.

Il appelle Mohamed Abdelaziz à comprendre que l’ère de la torture était révolue, que le Maroc a changé et, surtout, que l’initiative marocaine vise à la réconciliation avec les Sahraouis et l’Algérie. Charge donc au chef du Polisario d’oublier qu’il a été torturé par un certain Mohamed Oufkir en 1972, à Tan Tan. “Khalli Henna Ould Errachid a choisi ce moment précis, à l’approche d’une éventuelle reprise des négociations directes et au lendemain de sa rencontre avec Christopher Ross, pour lancer un nouveau signal au Polisario”, note ce jeune membre du Corcas. Pour notre interlocuteur, Ould Errachid “dit vrai” quand il affirme avoir été en contact avec des membres du Polisario lors de l’élaboration de l’initiative d’autonomie proposée par Rabat. Mais il va trop loin quand il essaie de s’en attribuer la paternité. “Tout le monde sait que le texte final émane du premier cercle de Mohammed VI et que c’est le même cercle qui décide de tout”, rectifie notre interlocuteur.

Touche sociale
Qu’a alors gagné le Maroc en “déterrant” un telle structure, près de trente ans après la création, en 1979, d’un “Conseil spécial” par Hassan II ? Pour Mohamed Talib, membre du Corcas, les acquis accumulés par le Conseil sont “inestimables” sur les volets social et politique. “Pour ce qui est de la représentation des Sahraouis, le Polisario ne peut plus prétendre à une quelconque exclusivité : il y a désormais des unionistes acquis à une solution qui préserve l’intégrité territoriale du Maroc”, souligne notre interlocuteur. Le Maroc pousse d’ailleurs cette logique jusqu’au bout. Dernière illustration en date, Christopher Ross, le nouvel envoyé spécial du secrétaire général de l’ONU, a été “reçu” par Khalli Henna Ould Errachid avant de s’envoler à Alger pour rencontrer les responsables du Polisario.

Lors de la série des rounds de négociations, à Manhasset, le président du Corcas prend toujours la parole devant ses “cousins” et n’hésite pas à leur “rentrer dedans”. “Pendant le premier round, Khalli Henna Ould Errachid a sermonné, avec mépris, Mahfoud Ali Beiba, chef de la délégation des négociateurs du Polisario”, se souvient l’un des membres de la délégation marocaine. La raison ? Un des ancêtres de Mahfoud Ali Beiba était une sorte de domestique au service des aïeux de Ould Errachid.

Mais plus que politiquement et symboliquement, c’est socialement que le Corcas a tenté d’apporter sa touche à l’édifice d’un Sahara marocain. L’une de ses sessions extraordinaires (à Smara) a ainsi été exclusivement dédiée à l’emploi, la santé et l’habitat. Les ministres concernés ont dû exposer, chiffres à l’appui, ce que leurs départements avaient réalisé et surtout ce qu’ils comptaient faire. “Sur le terrain, le Conseil aurait pu faire beaucoup de choses, estime un membre du Corcas. Mais il a échoué à cause de son président, qui centralise tout”. Preuves en sont la mise en stand by des cinq commissions du Conseil et les démissions qui se succèdent, notamment celle d’un certain Husseïn Beïda, président de la commission des droits de l’homme.

Guerre médiatique
En attendant, le Conseil est impliqué à fond dans la guerre médiatique que se livrent le Maroc et le Polisario. Le portail du Corcas est disponible en huit langues dont l’allemand, le russe, le portugais et l’italien. Et au siège de l’instance, au quartier Hassan, une cellule veille jour et nuit à suivre ce qui se dit et s’écrit depuis le camp ennemi. Et surtout à y répondre. Au total, huit fonctionnaires sont affectés à ce travail de véritable propagande : trois journalistes et cinq traducteurs. Mieux encore, cette même cellule investit les forums de discussions pour “contrecarrer” la propagande du Polisario, et des blogs renvoyant au portail web du Corcas fleurissent.

Et pour ces “guerriers de l’information”, les grandes batailles se jouent au lendemain des manifestations dans les villes du Sahara ou à l’approche d’un nouveau round de négociations. Autre axe développé par le Corcas : préparer le retour de plusieurs “ralliés”. Selon les dispositions du Dahir l’instituant, le Conseil a pour mission d’organiser et faciliter le retour des Sahraouis des camps et d’ailleurs. Dans la majorité des cas, de jeunes membres de l’instance font des va-et-vient entre le Maroc et des pays voisins (l’Algérie exceptée) pour rencontrer des responsables du Polisario, voire des notables sahraouis installés dans les camps de Tindouf. D’autres négociations ont été menées en Mauritanie, et notamment à Nouadhibou. “En 2006 déjà, nous avons été à la rencontre d’un haut responsable du Polisario, mais nous ne voulions pas qu’il rentre seul pour se retrouver dans une villa de l’Agdal. Nous avions besoin d’un mouvement de masse”, confie un membre du Corcas. Si l’opération a capoté, celle de Gjijimat a marché à merveille : juste après ce conclave du Polisario, 160 ralliés ont rejoint le royaume, en décembre 2007. Plus d’un an plus tard, le Maroc les nourrit et les héberge toujours à Laâyoune.

Des déplacements coûteux
Les membres du Corcas, qui trustent quelques ONG anonymes, sillonnent les cinq continents pour exposer “les horreurs des geôliers du Polisario”. Saâdani Mae El Aïnine a ainsi parcouru le monde pour parler de son expérience de déporté sur l’île de la Jeunesse à Cuba. En matière de propagande anti-Polisario, des délégations du Corcas sont souvent envoyées pour assister aux activités organisées par le Polisario, notamment en Europe. Et cela ne rate jamais : les membres du Corcas se voient opposer une interdiction d’accès aux lieux, rapidement relayée par la MAP. C’est au moins une petite victoire (médiatique) sur l’ennemi.

Si la propagande du Corcas est parfois efficace, le Conseil n’en est pas moins très critiqué en interne, accusé d’être devenu “une sorte d’agence de voyages”, où les déplacements dépendent de la proximité avec le président. “Ce sont des mécontents qui n’ont pas encore eu l’occasion de voyager aux frais du Corcas”, tempère une source proche de Khalli Henna Ould Errachid qui, lui, ne se prive pas d’effectuer plusieurs allers-retours entre Rabat, Madrid et Marbella où il dispose de résidences. Etre membre du Conseil n’est pas une activité rémunérée, mais des indemnisations très avantageuses sont prévues pour ceux qui sont envoyés en mission à l’étranger. Et le top reste d’avoir “gagné” un séjour aux Etats-Unis pour les rounds de négociations à Manhasset ou un billet pour les tournées diplomatiques internationales. Qui paie pour tout cela ? Motus et bouche cousue. Les crédits du Conseil sont inscrits au budget de la Cour royale, et personne n’est en mesure d’avancer le moindre chiffre. Quand on aime (et veut le Sahara), on ne compte pas.



Histoire. Les ancêtres du Corcas

La première structure dédiée au Sahara a été installée, en 1979, par Hassan II et s’appelait tout simplement “Conseil spécial”. Mais elle sera sans lendemain et il faudra attendre 1981 pour voir naître le Conseil consultatif chargé des affaires sahariennes, qui connaîtra finalement le même sort. Dernière initiative du genre : le défunt monarque crée, en 1999, la Commission royale de suivi des affaires sahariennes. Cela ne donnera rien non plus et c’est finalement le 25 mars 2006 que naît le Conseil royal consultatif pour les affaires sahariennes avec à sa tête Khalli Henna Ould Errachid flanqué de l’ex-gouverneur Mae El Aïnine Ben Khallihenna au poste de secrétaire général et de neuf vice-présidents sans réels pouvoirs.



Personnalité. Un président controversé

Khalli Henna Ould Errachid n’est pas né de la dernière pluie. En 1974, il crée le PUNS (Parti unioniste national sahraoui), qui disparaît un an plus tard. Mais il est surtout connu pour avoir été ministre des Affaires sahariennes dans les gouvernements qui se sont succédé entre 1977 et 1995. Depuis le début des années 1980, il occupe aussi le poste de président du conseil municipal de Laâyoune, mais c’est son frère qui en assure l’intérim. Les mauvaises langues affirment que Ould Errachid a été mis à l’écart à la fin des années 1990, n’étant plus dans les petits papiers du Palais, et qu’il aurait été “déterré” par Fouad Ali El Himma un peu avant 2006. Comme Abbas El Fassi qui dit disposer d’un numéro spécial pour ses communications avec Mohammed VI, Ould Errachid ne jure que par des “le roi m’a dit”. Une manière de clouer le bec à ses rivaux et détracteurs. A ses côtés, son fils Omar, issu d’une fratrie de quatre enfants, dirige son cabinet. “L’homme a sa propre perception pour rendre service au pays et à sa cause et cela ne plaît pas à tout le monde”, confie un membre du Conseil.

 
 
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