N° 363
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TelQuel : Le Maroc tel qu'il est

Par Karim Boukhari

E.T aime le Maroc

Karim Boukhari
k.boukhari@telquel.info
(DR)

Ian Gillan, chanteur de Deep Purple, celui qui a hurlé à la face du monde Smoke on the water, vient de publier un album au titre aussi appuyé qu’un clin d’œil?: One eye to Morocco. Il y a cinq, dix ans, on lui aurait dédié tout un article, quelque chose du style : “Un rocker anglais aime le Maroc”. Gillan se serait extasié sur la beauté du soleil et du ciel marocains, les décors naturels qui tuent from Tanger to Lagouira, peut-être aussi le thé à la menthe de chez maman ou les gâteaux garantis 100 % pur bled. Aujourd’hui, on s’en fout un peu. Même si on éprouve un petit pincement au cœur. Ian Gillan, ou n’importe qui d’autre, peut chanter le Maroc, ses dunes et ses métaphores, autant
qu’il veut, cela ne dépasse guère le stade de l’anecdotique. Un truc pour gratte-papier en mal d’inspiration. A ranger dans un coin de la tête et à oublier. Les plus intelligents secouent la tête et évitent tout bonnement d’en parler. Et vous savez quoi ? C’est tant mieux. Peut-être que cela parle à certains parmi vous. Ceux qui lisaient avec dégoût les longues, longues interviews consacrées à des starlettes blondes et bêtes, et à tous ces touristes lambda : “Oh, I love Morocco !”. Ceux qui ne comprenaient pas comment un film aussi inutile que L’Etalon noir (1980) soit, à l’époque de sa sortie, assimilé à un film “marocain” parce que le pauvre Larbi Doghmi y effectuait une fugitive apparition. Ceux qui en avaient marre de lire n’importe quoi sur le mythe un peu bidon de Jimi Hendrix à Essaouira. Bon, oui, on ne va pas en faire des tonnes, nous non plus, merci.


Au Tout va bien

A part la mort des sardines, l’absence de restaurant digne de ce nom, l’ennui mortel, le retour galopant de la criminalité, bref à part tout, Safi est une ville magnifique. Parfaite. C’est la mienne. Et aussi celle de quelque 300 000 personnes, dont Noureddine Lakhmari. Le cinéaste de Casanegra pourrait se voir confier l’organisation du festival de la ville. Le quoi ? Parce que Safi aussi tient son festival ? Oui. Des gnawa, de la poterie et du poisson frit à l’huile, au pétrole et au phosphate, il y en a à Safi aussi. Oui, tout ce que vous pouvez aimer sans oser l’imaginer ni le demander à personne. Je suis sûr que, dans la ville de Mohamed Mjid et Driss Benhima, une bande d’amis doit fêter la bonne nouvelle. Et au Tout va bien, SVP, là où, pour allonger la main jusqu’au verre de lait le plus proche, vous êtes dans l’obligation de cogner la tête d’un fidèle. C’est petit, c’est petit, mais c’est bien quand même.


Nos amis de la rose

Allez, on chute en politique. On n’a pas le choix de toute façon… Ceux qui ont suivi même de loin le nouveau feuilleton USFP – Istiqlal peuvent en témoigner : c’est stupéfiant. On va essayer de faire bref, pour éviter de vous ennuyer. Le gouvernement El Fassi a décidé depuis peu de ponctionner les salaires de plusieurs fonctionnaires grévistes. La mesure, évidemment très impopulaire, est discutable. Mais le gouvernement l’a discutée et adoptée. Ça sera oui. Le parti de la rose est, avec l’Istiqlal, le principal fournisseur (en ministres) du gouvernement. Il y détient même, avec le plutôt dynamique Jamal Rhmani, le portefeuille de l’Emploi. Plus que tout autre parti, la décision du gouvernement (de suspendre les salaires des grévistes) l’engage complètement. Logique.

Mais voilà que l’USFP, à la surprise générale, multiplie depuis les communiqués pour dénoncer ladite mesure. Qu’est-ce que cela veut dire : que ses ministres ne sont pas souverains ? Qu’ils ne font pas vraiment partie du gouvernement ? Ou alors qu’ils ne sont pas contrôlés par le parti ? En fait, rien de tout cela… Le Premier ministre Abbas El Fassi a déjà réagi en piquant logiquement ses “alliés” de l’USFP, dans une interview accordée à nos confrères de L’Economiste. Dans le landerneau politique, on se gargarise déjà de cette drôle de querelle, la énième à vrai dire, entre les deux partis fondateurs de la Koutla et du processus de l’Alternance. “C’est classique, un parti de droite comme l’Istiqlal et un parti de gauche comme l’USFP ne peuvent pas s’aimer, chacun tire la couverture à lui en cette période pré-électorale”, nous explique-t-on à droite et à gauche. On peut à notre tour deviser sur qui est de droite, de gauche, qui est à droite ou au centre de qui, et par rapport à quoi. C’est bien dérisoire, mais on s’interroge quand même : qu’est-ce que cela signifie, en 2009, de siéger au gouvernement ? Et qu’est-ce que c’est que ces partis qui, lorsqu’ils ne sont pas manipulés par le Pouvoir ou par le diable en personne, sont incapables de tenir leur rang ou leurs ministres ?

 
 
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