Tout ça pour quoi ?
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Ahmed R. Benchemsi
(ALEX DUPEYRON)
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Comme le serpent Kaa du Livre de la jungle, El Himma nous fixe dans les yeux en répétant je nexiste pas, je nexiste pas
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Ainsi donc, Mohamed Cheikh Biadillah a été désigné secrétaire général du Parti authenticité et modernité (PAM). Il a même été reçu dans la foulée par Mohammed VI comme il est d'usage, a précisé la MAP sur un ton trop détaché pour être honnête. Dans tout ça, pas trace de Fouad Ali El Himma. Lami intime de Mohammed VI et ancien ministre de lIntérieur, autour duquel sest agrégé tout le PAM depuis le début,
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nest, nous dit-on, que membre du bureau politique du nouveau parti. Et en 18ème position, sil vous plaît ! Comme le serpent Kaa du Livre de la jungle, El Himma nous fixe dans les yeux en répétant je nexiste pas, je nexiste pas, je nexiste pas
A force, il espère que les médias finiront par y croire
Désolés, mais on ny croit pas du tout. Pas plus que les milliers de congressistes, tous ou presque des notables locaux, bourezza vétérans du circuit Basri, venus se presser au premier congrès du nouveau parti. Pour eux, pas de doute : le PAM nest que le dernier avatar dune monarchie qui naffiche son dédain de la politique que pour mieux la vampiriser. Ça tombe bien : eux aussi nont rien à faire de la politique. Ce quils veulent, en émargeant au parti de lami du roi autant dire au parti du roi cest des postes, des mandats et des honneurs. En échange, ils offrent des fiefs locaux. Un deal clair et net
et largement éprouvé avec lUC, le RNI, le MP, etc.
Il se trouve que le Makhzen a des coquetteries : pour des raisons qui échappent au commun des mortels, il tient à camoufler son champion. En plaçant son beau-frère à la tête du RNI, Hassan II ne faisait pas tant de manières ! Mais bon, lui cest lui, moi cest moi, comme dit Mohammed VI. Là où le père y allait cash, le fils préfère louvoyer, en cachant maladroitement son ami denfance derrière un Sahraoui (pauvre Biadillah, condamné à nexister quà travers son origine ethnique). Quà cela ne tienne ! Vive le Sahara marocain, puisque cest le message. Non, ce nest pas le message ? Alors dites-nous quoi acclamer, et nous lacclamerons. Tout ce que voudra Sidna
. Voilà comment raisonnent la plupart des militants du PAM.
Quand on lui rapporte ce type dattitude, El Himma semble très agacé. Mais au fond, ça arrange bien ses affaires. Si les notables locaux ne pensaient pas comme cela, ils ne viendraient pas à son parti, tout simplement. Or il a désespérément besoin deux. Fini le temps du Mouvement pour tous les démocrates, où lami du roi pensait changer la politique la fleur au fusil, la société civile en guise de guirlande hawaïenne autour du cou. Le désastre des législatives partielles est passé par là. Depuis, El Himma sait ce quil faut faire, sil veut durer au Palais : du chiffre, et rien que du chiffre. Tant délus locaux, tant de sièges au parlement
Lobjectif ultime : mettre le PAM en position de former un gouvernement en 2012. A ce moment-là, les ministres ne seront pas choisis parmi les bourezza. Un siège de député (et limmunité qui va avec) suffira amplement au bonheur de ces derniers le deal sarrête là, et ils nen demandent pas plus. Non, les ministres que Sa Majesté choisira seront des technocrates propres sur eux et formés dans les meilleures écoles qui, tout à coup, se découvriront une fibre PAM. Qui dirigera le gouvernement ? Si Fouad, enfin revenu à la lumière ? Peut-être pas, tout bien réfléchi. Le sérail ne tolère pas que les siens brillent trop
Peut-être que ce sera Biadillah, sil na pas sauté de la direction du PAM dici là. De toute façon, après Abbas El Fassi, ça pourra être nimporte qui. Et El Himma ? Le plus logique, finalement, serait quil se retrouve
ministre de lIntérieur. Retour à la case départ ? Pas du tout ! Pour la première fois depuis lindépendance, le ministère des ministères sera confié à un homme issu de la classe politique. Grande victoire de la démocratie en perspective !
On rigole, on rigole, mais si ça se trouve, ces gens ne se rendent pas compte de labsurdité du meccano quils sont en train de monter, dans la lumière tamisée de quelque salon royal. Quel est le but, finalement ? Installer un gouvernement de techniciens chargés dappliquer la vision M6, avec à leur tête un fidèle du Palais, auréolé en prime de la légitimité populaire ? Mais cest déjà le cas aujourdhui ! Alors
tout ça pour quoi ?! Il nest pas sûr que les initiateurs de ce jeu le sachent vraiment eux-mêmes. Plus quun jeu, cest un happening. Et au final, les pions, ce ne sont pas les amis dEl Himma. Cest nous, cest vous
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