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Par Youssef Ziraoui
Je ne suis pas fan de darija
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Taoufiq Bouachrine, Journaliste
(TNIOUNI)
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Antécédents
| 1969. |
Naissance à Meknès. |
| 1996. |
Diplôme de sciences politiques à lUniversité Mohammed V, à Rabat |
| 1998. |
Rejoint Al Ahdat Al Maghribia. |
| 2002. |
Intègre la rédaction et l'actionnariat dAl Ayam. |
| 2005. |
Cofonde l'hebdomadaire Al Jarida Al Oukhra. |
| 2006. |
Rejoint la chaîne qatarie Al Jazeera. |
| 2006. |
Cofonde le quotidien Al Massae. |
| 2009. |
Lance Akhbar Al Yawm. |
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Le PV
La mine réjouie, Taoufik Bouachrine est tout fier de faire visiter les locaux flambant neuf d'Akhbar Al Yawm. S'étendant sur 500 mètres carrés, le siège du nouveau quotidien arabophone lui offre une vue imprenable sur le port de Casablanca, mais aussi sur la tour qui abrite son ancien bureau, celui de rédacteur en chef d'Al Massae. Si Rachid Niny était (et reste) la vitrine, le produit d'appel du titre de presse le plus vendu au Maroc, Taoufik Bouachrine en était le vrai chef d'orchestre. Même si, diplomate, il ne le formulera jamais en ces termes. Maintenant qu'il vole de ses propres ailes, le directeur de la publication d'Akhbar Al Yawm dit avoir tourné la page Al Massae : il cherche d'ailleurs acquéreur pour les 20% du capital qu'il y détient encore. Une façon de passer définitivement à autre chose.
Smyet bak ?
Abdelkrim Bouachrine.
Smyet mok ?
Zoubida bent Tata.
Nimirou dla carte ?
D333235.
Monsieur Bouachrine, comment expliquez-vous votre fulgurante ascension ?
Si vous saviez
(Rires)
Eh bien, dites-nous !
Sérieusement, je ne suis pas venu au journalisme du jour au lendemain. Tout petit déjà, je préférais lire des livres plutôt que faire mes devoirs. Et quand je me posais devant la télé, ce nétait pas pour regarder un dessin animé, mais pour suivre les infos.
Dès quun journal voit le jour, il y a des chances de vous trouver parmi ses actionnaires
Cest juste une impression. Et puis, après tout, cest une bonne chose que les journalistes soient dans le tour de table des journaux, plutôt que des maline chkara, comme on dit.
On vous dit également proche du prince Moulay Hicham
Nous sommes effectivement amis. Je lai connu au Kosovo, en 2001, dans le cadre dune visite organisée par lOTAN. Mais jai toujours évité décrire à son sujet, car je n'aime pas mêler relations personnelles et professionnelles.
On dit aussi que vous êtes un ami de Fouad Ali El Himma, et que ce dernier est un des actionnaires de Akhbar Al Yawm...
Chaque fois quune nouvelle publication voit le jour, El Himma est cité parmi ses actionnaires. Mais je vous assure que ce nest pas le cas pour Akhbar Al Yawm. Quant à notre prétendue amitié, je pense que le terme est exagéré. Nous nous sommes rencontrés une ou deux fois, à l'occasion d'événements publics. Nos rapports sarrêtent là.
Et les banquiers, ils vous ouvrent facilement le robinet ?
Ça dépend des jours. Mais, généralement, ils sont frileux. Au mieux, ils ne comprennent pas le modèle économique, au pire, ils pensent que cest une entreprise vouée à léchec. Ils savent quun journal peut écoper damendes allant jusquà 6 millions de dirhams, et réfléchissent donc à deux fois avant de lui prêter de l'argent.
Votre consur Maria Moukrim dAl Ayam vient de subir un interrogatoire pour avoir demandé lautorisation de publier une photo de la mère du roi. Vous en pensez quoi ?
Cest grave, très grave. Cest un dérapage comme on nen a plus vu depuis longtemps, qui me fait dire que la profession est en danger. On ne peut pas punir un journaliste pour ses intentions, on ne peut pas interroger Maria Moukrim parce quelle allait publier la photo de la mère du roi.
En cas de procès, pensez-vous quil est plus opportun de négocier avec la justice ?
Négocier ? Je veux bien. Mais négocier avec qui ? Certains juges ne font pas la différence entre une chronique, un reportage et un portrait. Comment peuvent-ils statuer sur un délit de presse ?
Vous ne vous en voulez pas davoir quitté le navire Al Massae en pleine tempête ?
Si, un peu. Mais cela faisait 6 mois quAl Massae était en procès. Jaurais pu partir plus tôt
Vous êtes toujours actionnaire dAl Massae ?
Oui, je le suis toujours à hauteur de 20%. Dailleurs, je cherche à revendre mes parts, si vous connaissez quelquun (Rires).
Comment expliquez-vous le succès commercial de ce quotidien ?
On a fait un très bon travail déquipe, et jespère que ça durera encore longtemps.
Vous créez votre journal aujourd'hui parce que vous avez toujours voulu devenir le boss à la place du boss ?
Loin de là. Au sein d'Al Massae, je nétais ni le numéro 2, ni le numéro 3.
Numéro 1, alors ?
Vous auriez quand même pu vous abstenir de piller la rédaction d'Al Massae...
Toutes les personnes dAl Massae que jai contactées avaient déjà déposé leur démission. Les journalistes sont des nomades professionnels.
Si on doit définir la ligne éditoriale dAkhbar Al Yawm...
Indépendante, sans lignes rouges, ni lignes vertes. Nous avons mis en place une charte éditoriale qui figure dans les contrats des journalistes. Et nous traiterons tous les sujets avec professionnalisme.
Vraiment tous ?
Oui monsieur, qu'il s'agisse de Fouad Ali El Himma, de Abdelilah Benkirane (secrétaire général du PJD, ndlr) ou de Mohammed VI. Akhbar Al Yawm sera indépendant du Pouvoir, mais aussi du lectorat.
Comment ça, indépendant du lectorat ?
Je mexplique. La presse arabophone a toujours eu tendance à caresser le lectorat dans le sens du poil. Nous avons hérité cela dune certaine culture de gauche, qui sen prenait à lEtat de manière manichéenne, sans jamais oser critiquer le peuple. Nous réfléchissons à une nouvelle culture médiatique qui ne soit pas une culture du populisme.
Vous êtes de quelle tendance ? Islamiste caviar ?
Pardon ?
Oui, un peu bourgeois sur les bords, plutôt conservateur au fond
Du tout. Je mestime libéral et je me retrouve davantage dans la pensée occidentale. Pour autant, je saisis l'importance de la religion et son rôle dans la société marocaine.
Il paraît que vous êtes un opposant farouche à lutilisation de la darija dans lécriture
Je trouve que la darija peut encore passer dans les chroniques. Mais je ne pense pas qu'elle puisse remplacer larabe classique dans le reste des articles.
Pourquoi cette moustache ? Cest pour vous donner un look à l'égyptienne ?
Cest bizarre, je narrive pas à men défaire. Chaque fois que je tente de men débarrasser, ma femme s'y oppose. Un jour, en voyage avec mon épouse à Paris, jai rasé ma moustache et elle ma fait la tête pendant trois jours. Dans cette histoire de moustache, je ne suis qu'une victime
(Rires)
On vous reconnaît dans la rue ?
Oui, il arrive dêtre reconnu et sollicité, mais ça me met plus mal à laise qu'autre chose. Un jour, un détenu m'a téléphoné à minuit pour se plaindre de ses conditions de détention. Je suis resté poli, mais jai quand même répondu : Rappelez-moi à une heure plus raisonnable.
Dans l'avenir, vous comptez lancer un canard en langue française ?
Pourquoi pas ? Jaimerais aussi lancer une station radio. En tout cas, je suis persuadé que le marché existe. Reste à trouver le bon produit.
Vous vous donnez combien de temps pour voir si votre journal marche ?
Un an me paraît raisonnable. Si, à la fin de lannée 2009, nous arrivons à une diffusion quotidienne de 30 000 exemplaires, nous serons satisfaits.
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